IMéRA séminaire : Pratiques de l'écoute, écoute des pratiques - Séance 3 : Écoutes incarnées

Objectifs

Développer une réflexion sur l'épistémologie des pratiques et l'interdisciplinarité, en particulier sur les relations arts-sciences à partir des situations d'écoute. Nous partons de l'idée qu'il n'y a d'écoute que par une pratique, et que l'écoute permet le dialogue et la confrontation des pratiques.

Programme

Écoutes incarnées

Avec :

- Sylvain Brétéché (Docteur en musicologie, enseignant à l'Université d'Aix-Marseille, chercheur au laboratoire PRISM-AMU/CNRS)
- Natacha Muslera (Musicienne, poète, improvisatrice et compositrice)


Cette séance explore la dimension sensible, tactile, vibratoire du son et l'écoute comme pratique incarnée et corporelle, en se focalisant sur l'expérience musicale et vocale aveugle.



Sylvain Brétéché, « L'écoute extra-ordinaire ». Sentir le sonore, voir le musical : l'expérience musicale sourde

Dans sa conception ordinaire, l'écoute se trouve prioritairement associée à l'oreille qui semble seule à même de rapporter les événements sonores et les réalités sonnantes qui animent le réel. Cependant, que devient l'écoute lorsque l'oreille « dysfonctionne » ? Lorsque le rapport privilégié au monde ne repose plus sur l'auralité ? Dépassant le voile opaque de l'oreille, les conditions de surdité tendent à révéler une facette singulière de l'écoute qui, dans un silence prétendu, se présente produit du corps et de l'œil, réalité asonore incarnée, visuelle et mouvante. Cette intervention s'attachera à présenter les facettes extra-ordinaires de l'écoute que nous dévoilent les pratiques musicales des Sourds qui, au-delà du paradoxe, nous donnent à entendre la complexité du sonore dans ses qualités sensibles, vibrantes et visuelles.


Natacha Muslera, « Ecoutes possédées ».

Le choeur offre un potentiel inouï et constitue un outil adéquat pour interroger, pratiquer, expérimenter des rapports d'écoutes multiples, mais surtout il ouvre à l'écoute possédée. Proche de la transe, cette écoute dissout l'opposition entre sujet et monde. Dans un premier temps, geste : s'affranchir de l'écoute prépondérante-passive, afin d'inclure ce qui habituellement est exclu dans nos rapports d'écoutes.
Le choeur suscite des tentatives d'écoutes allant de l'expérience individuelle à celle du commun, oscillant sans cesse et se faisant cabane d'écho du réel, mouvement de va et vient constant, désordonné (non systématisé), entre le dehors et le dedans.
Danse et transe des écoutes sans hiérarchie, celle des espaces, des biotopes, des écosystèmes, des langues, des chants, des molécules, des os, des organes, des températures, des flux, des ondes, des langues, des chants, des ambiances, des luttes. Ecoutes sauvages, incandescentes et abandonnées, écho actif du choeur dithyrambique.


Le séminaire intitulé « Pratiques de l'écoute, écoute des pratiques » définit clairement son projet dans l'énoncé de son titre : il s'agit d'abord de s'intéresser à l'écoute et aux pratiques de l'écoute, c'est à dire aux pratiques qui à la fois supposent, engagent et déterminent des formes d'écoute. Ces pratiques sont nombreuses et très différentes les unes des autres. Elles appartiennent à des domaines de la connaissance infiniment variés. Toutes supposent une relation au son ou au moins à des phénomènes ondulatoires qui sont de l'ordre du sonore - même s'ils défient les limites de la perception humaine et qu'ils impliquent la mise en œuvre de technologies qui étendent, déplacent et transposent les potentialités du sensible. Toutes aussi impliquent de mettre en place une logique dans laquelle la réception, la sensibilité et l'attention sont mobilisées comme des formes essentielles de l'expérience et de la connaissance, comme des moments qui déterminent et structurent notre relation à notre environnement, comme des vecteurs de notre capacité d'action, de représentation et d'invention.
Bien sûr, la musique et plus généralement les pratiques sonores en art sont essentielles à notre réflexion et nous nous sentons héritiers du tournant qui a consisté, par exemple avec John Cage, à placer l'écoute au cœur d'une pensée de l'esthétique comme expérience. Mais bien au-delà de la musique ou des arts du son et de l'audio, il existe de nombreuses pratiques, qu'elles soient empiriques ou expérimentales et rationnellement formalisées, qui mettent en jeu de façon déterminante la question de l'écoute. L'acoustique est évidemment la première d'entre elles et elle se trouve chaque fois impliquée d'une façon ou d'une autre.
Mais notre énoncé suggère aussi que l'écoute n'existe vraiment que dans et par une pratique. De ce point de vue là, l'écoute s'apprend, se développe, s'affine et s'oriente dans la relation à un ensemble organique où l'expérience et la théorie doivent trouver les modalités de leur dialectique. Toute écoute prend sens dans le contexte d'une situation qui engage la relation entre des acteurs et le milieu mouvant dans lequel ils évoluent. Elle contribue à donner sens à ce milieu et elle présuppose l'orientation d'une perception qui ne reçoit que parce qu'elle attend et s'interroge. L'écoute est éveil, exercice, pensée, mouvement, relation aux autres et au monde. Elle mobilise du savoir et le met à l'épreuve d'une situation signifiante. Elle s'inscrit dans une histoire qui est aussi l'histoire des disciplines qui la mettent en œuvre.
L'écoute est donc une notion à la fois transversale et toujours inscrite dans des pratiques spécifiques, qu'elles soient scientifiques ou artistiques, formalisées ou empiriques. Si elle engage des pratiques déterminées et multiples, elle ouvre aussi un espace de discussion, de partage et d'échange entre ces pratiques et ces savoirs, entre les arts et les sciences.

Le séminaire « Pratiques de l'écoute, écoute des pratiques » est co-organisé par le laboratoire PRISM (AMU/CNRS) et par l'IMéRA.

Responsables du séminaire : Jean Cristofol (ESAAix, PRISM AMU/CNRS), Elena Biserna (ESAAix, PRISM AMU/CNRS), Christine Esclapez (AMU, PRISM AMU/CNRS), Peter Sinclair (ESAAix, PRISM AMU/CNRS)

Pré requis

Aucun pré-requis spécifique n'est requis pour ce séminaire. En revanche, une curiosité pour l'interdisciplinarité et les interactions entre théorie et pratique est conseillée comme condition préalable à l'échange et à la discussion-débat.

Compétences acquises à l'issue de la formation

- Développement d'un regard critique sur l'interdisciplinarité et les relations arts/sciences à travers le croisement entre plusieurs perspectives différentes.
- Capacité de situer la création sonore et musicale dans le champ plus large des pratiques liées à l'écoute
- Acquisitions de notions de base dans le domaine des « sound studies »
Début du module
17/01/2018
Date limite d'inscription
15/01/2018
Modalité d'inscription
ADUM.
Lieu
IMéRA, Institut d'études avancées d'Aix-Marseille, Maison des Astronomes, 2 place Le Verrier
Catégorie
Séminaires transversaux
Domaine
Culture et approfondissement scientifique interdisciplinaires
Mots clés
son, musique, épistémologie, interdisciplinarité, art/science
Organisation des sessions
Nombre d'heures : 3
Participants
Inscrits : 2
Min participants : 5
Max participants : 20
Public
Public prioritaire : Aucun
Public concerné : Tout doctorant de Aix-Marseille
Proposé par
Collège doctoral
Contact
Direction de la Formation Doctorale AMU
Emploi du temps
  • 17-01-2018
    9h30 à 12h30
    Séance n° 1
    Intervenant : Sylvain BRETECHE et Natacha MUSLERA
    Lieu : IMéRA, 2 place Le Verrier, 13004 Marseille
    Intitulé du cours : IMéRA séminaire : Pratiques de l'écoute, écoute des pratiques - Séance 3 : Écoutes incarnées
    Infos diverses :