Soutenance de thèse de MICHARI Dylan
Titre de thèse
Étude phonologique, historique et sociolinguistique des variétés d'anglais oral enseignées en France
Teaching Spoken English Varieties in France: A Phonological, Historical and Sociolinguistic Study
Résumé de la thèse
L'anglais est aujourd'hui une lingua franca mondiale, parlée sur tous les continents et omniprésente dans le cyberespace. Elle est, de ce fait, la langue la plus convoitée dans les systèmes scolaires, en France notamment. Toutefois, enseigner une langue vivante étrangère implique de choisir un modèle oral à transmettre, partant un accent à véhiculer.
Aussi notre thèse poursuit-elle un double objectif. D'une part, elle analyse le traitement des variétés orales dans les documents institutionnels et para-institutionnels du XVIIe siècle à nos jours. D'autre part, elle examine la mesure dans laquelle ce traitement se reflète dans les représentations, dans les préférences, et dans les productions orales des apprenants français.
Pour répondre au premier objectif, nous avons analysé les orientations qui nous ont été transmises au cours des siècles. Nous avons procédé à un dépouillement systématique de chacun des programmes scolaires d'anglais, notes et circulaires (de 1802 à 2025), de 262 rapports de jury des concours du CAPES et de l'agrégation (de 1842 à 2024), et de 62 manuels français de prononciation anglaise (de 1685 à 2025). Toutes les références, indications, recommandations et prescriptions variétales y ont été relevées.
Pour répondre au second objectif, deux études complémentaires, menées sur des échantillons distincts, ont été conduites. La première est une enquête attitudinale auprès de 359 étudiants de l'enseignement supérieur français, destinée à recueillir leurs représentations et leurs préférences variétales. La seconde est une étude de perception portant sur les productions orales en continu de 25 apprenants, évaluées par huit juges-experts, dans le but de brosser le portrait variétal des apprenants, à mesurer la cohérence de leur accent, et à apprécier leur degré d'authenticité.
Les corpus documentaires mettent en lumière une longue période de Pax Receiva, c'est-à-dire la prédominance exclusive de la Received Pronunciation dans la sphère éducative française. Il faut attendre la seconde moitié du XXe siècle pour voir émerger d'autres variétés, au premier rang desquelles le General American. Les rapports de jury, longtemps acquis au King's English, affichent, à partir de la fin du XXe siècle, une apparente neutralité à condition que la cohérence soit respectée. Les programmes du secondaire, plus prudents, ne se sont presque jamais risqués à imposer une variété d'anglais, quoiqu'ils recourent systématiquement à la RP — conservatrice — dans leurs transcriptions phonologiques. Quant aux manuels français de prononciation anglaise, la RP y a été, et y est toujours, la variété de référence pour la quasi-totalité d'entre eux.
Les deux expériences convergent dans leurs résultats. L'enquête attitudinale confirme une domination des variétés britannique et américaine, la première l'emportant dans la quasi-totalité des préférences déclarées, tandis que les résultats de l'étude de perception montrent que la RP demeure la variété la plus présente dans les productions orales des apprenants, et tout particulièrement chez les futurs enseignants.
Nos résultats permettent de combler un vide scientifique en documentant l'évolution du traitement des variétés d'anglais oral dans les documents institutionnels et para-institutionnels français. Ils démontrent que la Received Pronunciation, omniprésente dans la sphère éducative, y apparaît le plus souvent sous une forme conservatrice, éloignée des réalités sociophonétiques contemporaines. De même, un fort décalage se dessine entre les orientations institutionnelles et les aspirations des apprenants français, de plus en plus exposés à une diversité d'accents dans leurs pratiques extrascolaires. Plus largement, notre thèse contribue à l'histoire de l'enseignement de la prononciation de l'anglais en France et ouvre des pistes de réflexion sur la place des variétés orales dans les textes officiels et dans la formation des enseignants.
Thesis resume
English now serves as the world's lingua franca, spoken across all continents and pervasive throughout the digital sphere. It has therefore become the most sought-after foreign language in educational systems, particularly in France. Yet teaching a foreign language inevitably requires choosing which oral model to transmit, in other words, which accent to teach.
This PhD thesis pursues two primary objectives. First, it examines how spoken varieties have been treated in institutional and para-institutional documents from the seventeenth century to the present. Second, it investigates the extent to which this treatment is reflected in French learners' perceptions, preferences, and oral productions.
To address the first objective, a systematic review was conducted of all English core curricula, ministerial orders, and circulars issued between 1802 and 2025, along with 262 examiners' reports for the CAPES and agrégation (1842-2024) and 62 French learner-oriented pronunciation textbooks published between 1685 and 2025. Every reference, indication, recommendation, and prescription concerning spoken varieties was identified and catalogued.
To address the second objective, two complementary studies were undertaken on separate samples. The first was an attitudinal survey of 359 French university students designed to elicit their perceptions and preferences. The second was a perception study where eight expert judges evaluated speech samples from 25 learners, with the aim of mapping learners' accent profiles, measuring accent consistency, and evaluating authenticity.
The corpus analysis reveals a long period of Pax Receiva, that is, the exclusive predominance of Received Pronunciation (RP) within the French educational sphere. Only in the latter half of the twentieth century did alternative varieties, particularly General American, begin to gain recognition. Examiners' reports, traditionally committed to “the King's English,” adopted a stance of apparent neutrality from the late twentieth century onwards, provided that consistency is maintained. Secondary school curricula, which by their very nature must remain non-committal, rarely prescribed a specific variety of English, yet systematically relied on RP — in its conservative form — for their phonological transcriptions. As for the pronunciation textbooks, RP has long been, and still remains in the vast majority of them, the reference variety.
Both studies converge in their findings. The attitudinal survey confirms the dominance of British and American varieties, with the former prevailing in most declared preferences, while the perception study shows that RP continues to feature most prominently in learners' oral productions, particularly among future teachers.
These results fill a significant gap in the literature by documenting how spoken English varieties have been historically treated within French institutional and para-institutional contexts. They demonstrate that Received Pronunciation, ubiquitous in the educational sphere, is most often presented in a conservative form, at odds with contemporary sociophonetic realities. At the same time, a marked discrepancy emerges between institutional orientations and learners' aspirations, as the latter are increasingly exposed to a wide range of accents in their extracurricular practices. More broadly, this PhD thesis contributes to the historiography of English pronunciation teaching in France and invites reflection on the role of spoken varieties in official texts and in the training of prospective teachers.