Soutenance de thèse de FAUVIAUX Tifenn


Titre de thèse

Exploration des dynamiques verbales et non verbales dans les interactions sociales : une étude auprès d'individus neurotypiques et d'individus diagnostiqués de schizophrénie

Exploring verbal and non-verbal dynamics in social interactions: a study of neurotypical individuals and individuals diagnosed with schizophrenia

Date

3 novembre 2025 à 14h00

Adresse

700 avenue du Pic Saint-Loup, Bâtiment A, 34090, Montpellier, Amphithéâtre A

Ecole doctorale

Sciences du Mouvement Humain

Specialité

Sciences du Mouvement Humain - MPL

Etablissement

Aix-Marseille Université

Mots clés

Coordination interpersonnelle,Tour de parole,Schizophrénie,Communication non verbale,Interaction sociale,

Keywords

Interpersonal coordination,Turn-taking,Schizophrenia,Non-verbal communication,Social interaction,

Jury

Jury de thèse
Qualité Nom Etablissement
Professeur des universités M. MARIN Ludovic Université de Montpellier
Directeur de recherche Mme GIERSCH Anne Université de Strasbourg
Professeur des universités Mme DODANE Christelle Université Sorbonne Nouvelle
Professeur des universités M. MOSTAFAOUI Ghilès Cergy Paris Université
Professeur des universités Mme SIEGLER Isabelle Université Paris-Saclay
Professeur des universités praticien hospitalier M. COHEN David Sorbonne Université

Résumé de la thèse

La communication, au cœur de l'interaction sociale, est un processus dynamique et multimodal où les individus construisent du sens, expriment leurs intentions et interprètent les signaux. Les indices verbaux et non verbaux assurent cette dynamique en soutenant deux mécanismes essentiels : la coordination et l'alternance des tours de parole. La coordination renvoie à l'ajustement global des comportements entre partenaires, au sein duquel la prise de tour occupe une place cruciale en organisant l'alternance des rôles. Ces mécanismes permettent une adaptation en temps réel et favorisent les liens sociaux. Ils reposent sur des compétences sociales telles que la production de comportements expressifs et la perception des signaux pertinents. Lorsque ces compétences sont altérées, comme dans la schizophrénie, la communication se fragilise : une expressivité réduite peut influencer défavorablement les premières impressions et entraver la coordination, rendant les échanges moins fluides.
Cette thèse a exploré les dynamiques conversationnelles chez des individus neurotypiques et chez des individus diagnostiqués de schizophrénie (ISZ) à travers cinq études expérimentales. La coordination a été examinée à un niveau global grâce aux analyses en ondelettes croisées, et de manière plus fine à travers les indicateurs de prise de tour de parole.
Lors de conversations entre partenaires neurotypiques, une première étude a mis en évidence une synchronisation intrapersonnelle entre voix et gestes, ainsi qu'une coordination interpersonnelle unimodale (voix–voix, geste–geste) et multimodale (voix–geste) significativement supérieure à celle attendue par hasard, à des échelles temporelles spécifiques. Le rythme vocal, et notamment la gestion des tours de parole, a semblé jouer un rôle déterminant dans ces coordinations. Une seconde étude a manipulé la visibilité corporelle pour évaluer son rôle dans la fluidité des tours de parole. Les résultats ont montré que les délais entre les tours de parole des partenaires augmentaient lorsque le visage était masqué. À l'inverse, l'absence de support visuel réduisait ces délais, suggérant une attention accrue aux indices verbaux. Enfin, les silences prolongés entre les tours étaient associés à une perception moindre de la qualité de la conversation.
Les études cliniques ont porté sur deux aspects des interactions sociales. La première a examiné les premières impressions formées dès les premiers instants d'une rencontre, montrant que les ISZ étaient évalués plus négativement que les participants contrôles. Ces évaluations ont prédit la volonté d'interagir, sans toutefois rendre entièrement compte des différences entre groupes. Deux autres études ont ensuite analysé les dynamiques de conversations non structurées. Les dyades incluant un ISZ ont présenté une coordination interpersonnelle supérieure au hasard, mais à des échelles temporelles plus lentes que les dyades témoins, traduisant certainement des pauses plus longues et des rythmes conversationnels plus irréguliers. Les analyses des tours de parole ont confirmé une fluidité réduite, marquée par des silences fréquents et prolongés, entre et à l'intérieur des tours. Les silences entre les tours ont également influencé directement la volonté d'interagir. La sévérité des symptômes a aussi contribué à ces perturbations, illustrant leur impact sur la communication.
En étudiant à la fois des populations neurotypiques et cliniques dans des contextes conversationnels peu structuré, cette thèse a apporté des éclairages théoriques, méthodologiques et cliniques sur la manière dont la coordination et la prise de tour de parole soutiennent la fluidité conversationnelle. Dans l'ensemble, les résultats souligne l'importance du timing pour le flux conversationnel et enrichissent la compréhension des défis interactionnels propres à la schizophrénie.


Thesis resume

Communication, at the heart of social interaction, is a dynamic and multimodal process through which individuals construct meaning, express intentions, and interpret signals. Verbal and nonverbal cues sustain this dynamic by supporting two essential mechanisms: coordination and turn-taking. Coordination refers to the overall adjustment of behaviors between partners, within which turn-taking plays a crucial role in organizing rapid exchanges and role alternation. These mechanisms enable real-time adaptation and foster social bonding. They rely on social skills such as producing expressive behaviors and perceiving relevant cues. When these skills are impaired, as in schizophrenia, communication often becomes disrupted. For example, reduced expressivity can undermine first impressions and make it more difficult to manage conversational timing, coordination, and the smooth flow of turns.
This dissertation drew on five experimental studies to examine conversational dynamics in both neurotypical individuals and individuals diagnosed with schizophrenia (ISZ). Broader processes of coordination were assessed using cross-wavelet analyses, while finer-grained mechanisms of turn-taking were captured through specific conversational metrics.
In conversations between neurotypical partners, a first study revealed intrapersonal synchronization between voice and gestures, as well as unimodal (voice–voice, gesture–gesture) and multimodal (voice–gesture) interpersonal coordination, which occurred significantly above chance at specific timescales. Vocal rhythm, and particularly the management of turn-taking, seemed to play a decisive role in this coordination. A second study manipulated bodily visibility to assess its role in turn-taking fluency. The results showed that turn-taking delays between partners increased when the face was masked. Conversely, the absence of visual support reduced these delays, suggesting greater reliance on verbal cues. Finally, prolonged silences between turns were associated with lower perceived quality of the exchange.
The clinical studies focused on two aspects of social interactions. The first examined first impressions formed in the very first moments of an encounter, showing that ISZ were evaluated more negatively than control participants. These evaluations predicted the willingness to interact, though they did not fully account for group differences. Two further studies analyzed the dynamics of free conversation. Dyads including an ISZ displayed interpersonal coordination above chance, but at slower timescales than control dyads, likely reflecting longer pauses and more irregular conversational rhythms. Turn-taking analyses confirmed reduced fluency, characterized by frequent and prolonged silences both between and within turns. Silence between turns directly influenced the willingness to interact, highlighting the crucial role of social timing. Symptom severity also contributed to these disruptions, illustrating their impact on communication.
By studying both neurotypical and clinical populations in naturalistic conversational settings, this dissertation offered theoretical, methodological, and clinical insights into how coordination and turn-taking sustain conversational fluency. Overall, the results highlight the importance of timing for conversational flow and provide new insights into the interactional difficulties linked to schizophrenia.