Soutenance de thèse de HENRY Nastasia


Titre de thèse

Trois essais en macroéconomie internationale: hétérogénéité, politiques commerciales et monétaires

Three Essays in International Macroeconomics: Heterogeneity, Trade and Monetary Policies

Date

13 novembre 2026 à 14h00

Adresse

3-5 Boulevard Maurice Bourdet, Amphitéâtre

Ecole doctorale

Sciences Economiques et de Gestion d'Aix-Marseille

Specialité

Sciences Economiques - Aix-Marseille

Etablissement

Aix-Marseille Université

Mots clés

Politique commerciale,Politique monétaire,hétérogénéité,instabilité macroéconomique,inégalités,zone euro

Keywords

Trade policies,Monetary policies,heterogeneity,macroeconomic instability,inequalities,Eurozone

Jury

Jury de thèse
Qualité Nom Etablissement
Professor Mme GIMET Céline Sciences Po Aix
Associate Professor M. EYQUEM Aurélien HEC Lausanne
Senior Research economist M. LEVIEUGE Grégory Banque de France
Professor Mme POILLY Céline Aix-Marseille université
Professor M. VENDITTI Alain Aix-Marseille université
Professor Mme ROMEI Federica University of Oxford

Résumé de la thèse

Cette thèse analyse pourquoi une même intervention de politique économique internationale peut produire des effets macroéconomiques et distributifs différents selon les économies. Elle montre que leur transmission dépend des caractéristiques structurelles des pays, notamment le niveau de dette publique, les frictions financières, la composition des ménages et l'exposition au commerce, qui déterminent l'ampleur, voire le signe, de leurs effets. Ces politiques s'appliquent à des économies hétérogènes : les droits de douane concernent des partenaires commerciaux dont les structures de consommation diffèrent fortement, tandis que les programmes d'achats d'actifs s'adressent à des États membres aux marchés de dette souveraine très contrastés.

Le premier chapitre étudie les interactions entre protectionnisme, dette publique et stabilité macroéconomique dans un modèle de croissance endogène d'une petite économie ouverte intégrant une dette publique et des contraintes d'emprunt. Il met en évidence leur interdépendance. Les droits de douane modifient le prix relatif des biens importés et leur effet sur la croissance dépend du niveau d'endettement et de la nature de la contrainte d'emprunt. Lorsque cette contrainte est active et que la dette est élevée, l'économie peut être caractérisée par plusieurs équilibres : les anticipations de croissance influencent la valeur du collatéral et rétroagissent sur la contrainte financière, générant des fluctuations auto-réalisatrices lorsque les droits de douane favoriseraient autrement la croissance. Il apparaît ainsi qu'il est impossible de concilier simultanément protectionnisme, croissance et unicité de l'équilibre.

Le deuxième chapitre s'intéresse aux effets des guerres commerciales. La littérature récente porte principalement sur les droits de douane américains, tandis que les mesures de rétorsion des économies émergentes restent peu étudiées, bien que ces pays soient plus dépendants des importations. Ce chapitre construit une mesure d'exposition combinant les variations des droits de douane de rétorsion au niveau des produits, les parts d'importation prédéterminées et les pondérations de consommation des ménages. À partir d'estimations par Projections Locales sur un panel de quatre économies émergentes entre 2015 et 2022, les résultats montrent que les mesures de rétorsion sont récessives à court terme et accroissent les inégalités de revenu. Ces effets dépendent de la structure de consommation et de la dépendance aux importations de chaque pays, soulignant le rôle central de l'hétérogénéité de l'exposition dans la transmission des politiques commerciales.

Le troisième chapitre analyse la transmission de l'assouplissement quantitatif (Quantitative Easing, QE) au sein de la zone euro. Il développe un modèle néokeynésien à deux pays et deux types de ménages intégrant des structures de dette souveraine et des degrés de participation financière hétérogènes, complété par une analyse empirique fondée sur des Projections Locales. Les résultats montrent qu'une politique monétaire commune produit des effets hétérogènes entre États membres. Les pays disposant de marchés de dette souveraine plus liquides et d'accès aux marchés financiers différents connaissent des réponses macroéconomiques plus marquées ainsi que des effets distributifs distincts, confirmant que l'hétérogénéité structurelle est un déterminant essentiel de l'efficacité des politiques monétaires non conventionnelles en zone monétaire hétérogène.

Ces trois essais montrent que les effets des politiques économiques ne peuvent être compris sans tenir compte de l'hétérogénéité structurelle des économies. Qu'il s'agisse de politique commerciale ou de politique monétaire non conventionnelle, les différences de systèmes financiers, de structures de dette et de comportements de consommation et de participation des ménages façonnent les impacts macroéconomiques et leur répartition.


Thesis resume

This dissertation investigates why identical international policy interventions produce different macroeconomic and distributional outcomes across economies. It shows that policy transmission depends on structural characteristics, including public debt positions, financial frictions, household composition, and trade exposure, which determine not only the magnitude but sometimes even the sign of policy effects. Although these policies are decided centrally, they are implemented across heterogeneous economies: tariffs affect trading partners with different consumption structures, while asset purchase programmes target member states with different sovereign debt markets.

Chapter 1 studies the interaction between protectionism, public debt, and macroeconomic stability in an endogenous growth model of a small open economy with public debt and borrowing constraints. Unlike the existing literature, which generally abstracts from sovereign debt, this chapter highlights their interdependence. Tariffs affect the relative price of imported goods, and their growth effects depend on debt levels and borrowing constraints. When constraints bind and debt is high, the economy may exhibit multiple equilibria: growth expectations influence collateral values and feed back into financial constraints, generating self-fulfilling fluctuations precisely when tariffs would otherwise raise growth. Protectionism, growth, and equilibrium uniqueness cannot be achieved simultaneously.

Chapter 2 examines the effects of trade retaliation. While recent research has focused mainly on US tariffs, the consequences of retaliatory measures imposed by emerging economies remain less explored, despite their greater dependence on imports. This chapter develops a novel exposure measure combining product-level retaliatory tariff changes, predetermined import shares, and household consumption weights. Using panel Local Projections for four emerging economies between 2015 and 2022, it shows that retaliatory tariffs are contractionary in the short run and increase income inequality. More broadly, their effects depend on countries' consumption structures and import dependence, highlighting the role of heterogeneous exposure in the transmission of trade policies.

Chapter 3 investigates the transmission of Quantitative Easing (QE) within the European Monetary Union. It develops a two-country, two-agent New Keynesian model with heterogeneous sovereign debt structures and household financial participation, complemented by an empirical analysis based on panel Local Projections. The results show that a common monetary policy generates heterogeneous effects across member states. Countries with more liquid sovereign debt markets and different household financial structures experience stronger macroeconomic responses and distinct distributional effects, confirming that structural heterogeneity is a key determinant of unconventional monetary policy effectiveness in a monetary union.

Taken together, these three essays show that international economic policies cannot be fully understood without accounting for structural heterogeneity across economies. Differences in financial systems, debt structures, and household consumption and participation patterns shape both aggregate outcomes and their distribution. By combining theoretical and empirical approaches, this dissertation explains why identical policy interventions can generate markedly different macroeconomic and distributional consequences.