Soutenance de thèse de MEURIOT Jean-François


Titre de thèse

De la ruée rebutan sur les offrandes et de leur dispersion lors des cérémonies villageoises et palatines : Réinterprétation des dimensions commensale et oblative des rituels javanais, région de Yogyakarta, Indonésie.

Competition rebutan over offerings and their scattering during village and palace ceremonies : Reinterpretation of the commensal and oblative dimensions of Javanese rituals, Yogyakarta region, Indonesia.

Date

14 avril 2026 à 13h30

Adresse

Aix-Marseille Université - Campus Saint-Charles - Maison Asie Pacifique - 3, place Victor Hugo - CS 80249 - 13003 Marseille, Salle des Voûtes

Ecole doctorale

Espaces, Cultures, Sociétés - Aix-Marseille

Specialité

Anthropologie

Etablissement

Aix-Marseille Université

Mots clés

Royauté sacrée,Sacrifice,Don,Hiérogamie sacrée,Rites,Java

Keywords

Sacred kingship,Sacrifice,Gift,Sacred marriage,Rituals,Java

Jury

Jury de thèse
Qualité Nom Etablissement
Professeur émérite M. DE GRAVE Jean-Marc Université de Tours, Labo CITERES
Directeur de recherche Mme RAPPOPORT Dana Centre Asie du Sud-Est UMR 8170, EHESS
Professeur M. HEFNER Robert W. Université de Boston
Directeur de recherche M. BERTRAND Romain CERI, Sciences-Po Paris
Directrice de recherche émérite Mme DEHOUVE Danièle LESC Université Nanterre
Docteur M. GUERREIRO Antonio IRASIA UMR 7306, Aix-Marseille Université

Résumé de la thèse

Palatins ou villageois, la plupart des grands rites « publics » de la province de Yogyakarta en Indonésie, comportent un moment d'effervescence collective qui constitue l'acmé de ces cérémonies annuelles.

En effet, en cours de célébration, les participants se précipitent sur les artefacts qui viennent d'être apportés et s'en disputent si véhémentement des fragments qu'appropriation et destruction vont souvent de pair.

Ces très brefs instants d'effervescence collective, que le quasi-silence des acteurs à leur sujet éclaire peu, n'ont pu éveiller l'intérêt des ethnologues et des chercheurs en général dont l'attention s'est focalisée sur les rites domestiques (« privés ») qui accompagnent les grands moments de la vie. Et à de rares exceptions près, ces moments de haute intensité n'ont jamais été analysés en eux-mêmes, restant un point aveugle des monographies javanaises.

Qu'est-ce qui motive une telle « ruée » (j. rebutan) ? Pourquoi reprendre, et de manière aussi brutale, ce qui vient à peine d'être offert ?

C'est ce double mouvement de destruction-appropriation, d'expulsion-obtention, caractéristique de l'ensemble des rites javanais, qui constitue le point de départ de ma recherche, l'angle de vue à partir duquel réinterpréter la signification usuellement apportée à ces rites, en dégager la polysémie.

Ces instants d'effervescence collective apparaissent comme des brèches par lesquelles entrevoir des significations cachées, de prime abord contre-intuitives. Le lien entre les rites javanais et la violence, souvent tue ou dissimulée, amène à reconsidérer l'articulation entre pratiques et discours, actions et représentations, sacrifice et don, et à revisiter les grands débats qui ont jalonné l'histoire de l'anthropologie à ce sujet.

Ces grands rites « publics » sont également indissociables d'un « personnage central » et ont pour but la quête d'une prospérité collective : deux aspects qui renvoient aux théories anthropologiques sur la « royauté sacrée », auxquelles je me réfèrerai pour examiner l'organisation politico-rituelle de la société javanaise et les évolutions de son système rituel.


Thesis resume

Most of the major “public” rituals in Indonesia's Yogyakarta province, whether they be royal or rural, have brief moments of collective effervescence. They seem to constitute the peak moments of annual ceremonies.

During these celebrations the participants surge towards the artefacts that have been brought in, fighting for them. The obtention of even a piece of these objects goes hand in hand with its destruction.

Ethnologists and researchers in general have shown very little interest in these moments of collective effervescence. Their attention is focused on domestic rituals (“private”), that accompany key life cycle events. The fleetingness of collective effervescence, the quasi-silence of the participants on their behavior during this time, could partially explain why these moments of great intensity have remained (with few exceptions), a weak spot of Javanese monographs, and have never been the subject of intensive study.

What triggers this “stampede” (j. rebutan)? Why take back what has just been offered?

This is the starting point of my research. The double movement of expulsion-obtention, or destruction-appropriation, traverses all Javanese rituals, in some form of euphemism. This perspective allows us to reinterpret the traditional meaning given to these rituals, and in the process expose its polysemy.

These moments of collective effervescence appear as gaps through which one glimpses hidden meanings, often counter-intuitive at first sight. The link between Javanese rituals and violence, quite often hushed or concealed, leads to reconsider the articulation between discourses and practices, actions and representations, sacrifice and gift, as well as to revisit the great debates that have marked the history of anthropology on this subject.

These great “public” rituals are also inseparable from a “central figure” and aim at collective prosperity – two aspects that remind us of the anthropological theories of “sacred kingship”. I will draw on this thought in order to examine the politico-ritual organization of the Javanese society, and the evolutions of its ritual system.