Soutenance de thèse de HOUPERT Remi
Titre de thèse
Facteurs sociaux, culturels et économiques associés au recours au dépistage organisé du cancer du col de l'utérus chez les femmes des territoires d'outre-mer : freins et leviers
Social, cultural and economic factors associated with cervical cancer screening among women from overseas territories: barriers and facilitators
Résumé de la thèse
Le cancer du col de l'utérus (CCU) est un problème majeur de santé publique dans les départements français d'Outre-mer, où son incidence est encore élevée et la participation au dépistage par frottis cervico-utérin (FCU) souvent insuffisante (par exemple 40 % en Martinique contre 59,5% au niveau national). Les travaux de cette thèse s'inscrivent dans le cadre du programme de recherche FOSFO (Freins et leviers au dépiStage par Frottis cervico-utérin du cancer du cOl de l'utérus), basé sur les modèles comportementaux en santé. L'objectif principal était de rendre compte de l'impact des facteurs sociaux, culturels et économiques dans le recours au dépistage du CCU chez les femmes vivant les départements français d'Outre-mer, à la Réunion et en Martinique.
A la Réunion, une enquête transversale de type CAP (Connaissances, Attitudes et Pratiques) a été réalisée sur un échantillon représentatif de la population cible du dépistage. Les participantes ont été recrutées par composition aléatoire de numéros de téléphone, et les données ont été collectées par entretiens téléphoniques assistés par ordinateur. En Martinique, afin d'adapter les outils de collecte de données au contexte des Antilles françaises, nous avons utilisé une méthode mixte séquentielle exploratoire, combinant une étude qualitative (entretiens individuels et collectifs) et quantitative (enquête téléphonique similaire à celle menée à la Réunion). Nous avons également réalisé une étude épidémiologique descriptive des CCU à la Martinique qui a permis de confirmer l'intérêt majeur d'une prise en charge précoce des CCU, compte tenu des données de survie nettement moins favorables pour les formes diagnostiquées à un stade avancé ou métastatique.
Nos enquêtes ont mis en évidence une diversité de freins au dépistage : sociodémographiques (précarité, isolement, faible niveau d'études), cognitifs (méconnaissance du CCU et du rôle du dépistage), psychosociaux (peur, gêne, normes sociales) et structurels (accès aux soins, disponibilité des professionnels).
En Martinique, 78,7 % des femmes déclaraient être à jour de leur dépistage par FCU, avec un taux élevé comme à la Réunion (88,1 %). Par ailleurs, les données qualitatives recueillies ont mis en évidence que la vulnérabilité sociale, l'accès limité au système de soins et les violences subies interagissent et influencent le comportement vis-à-vis du dépistage.
Cette étude combinée originale a permis de mieux comprendre les composantes ethnoculturelles dans le recours au dépistage par FCU dans les départements français d'Outre-mer. Elle a également mis en évidence plusieurs leviers d'action prioritaires : la prise en compte de la littératie en santé, et la mobilisation des médecins généralistes pour augmenter la participation des femmes ultramarines.
Thesis resume
Cervical cancer (CC) remains a major public health issue in the French overseas departments, where its incidence is still high and participation in cervical smear screening (Pap test) often remains insufficient (e.g. 40% in Martinique compared to 59.5% at the national level).
This doctoral research is part of the FOSFO program (Freins et leviers au dépiStage par Frottis cervico-utérin du cancer du cOl de l'utérus), which is based on behavioral health models. The main objective was to assess the impact of social, cultural, and economic factors on cervical cancer screening uptake among women living in the French overseas departments, particularly in La Réunion and Martinique.
A different methodological approach was used for each territory. In La Réunion, a cross-sectional KAP (Knowledge, Attitudes, and Practices) survey was conducted on a representative sample of the target population for CC screening. Participants were recruited using Random Digit Dialing, and data were collected through computer-assisted telephone interviews. In Martinique, to adapt data collection tools to the local Caribbean context, we employed an exploratory sequential mixed-method design, combining qualitative (individual and group interviews) and quantitative (telephone survey) approaches, along with a descriptive epidemiological study of cervical cancer. This complementary analysis confirmed the major importance of early detection, given the markedly poorer survival outcomes for cancers diagnosed at advanced or metastatic stages.
Our findings highlighted multiple barriers to screening: sociodemographic (precariousness, isolation, low educational level), cognitive (lack of knowledge about CC and screening), psychosocial (fear, embarrassment, social norms), and structural (limited access to care and healthcare professionals). In Martinique, 78.7% of women reported being up to date with Pap smear screening, a level similar to 88.1% in La Réunion. Moreover, qualitative data showed that social vulnerability, restricted access to healthcare, and exposure to violence interact and influence screening behavior.
This original combined study provided a deeper understanding of ethnocultural determinants of cervical screening in the French overseas departments. It also identified key levers for action, including the need to enhance health literacy and engage general practitioners to increase participation among women in these territories.