Soutenance de thèse de CHANE-SIT-SANG Camille
Titre de thèse
Représenter l'Extrême-Oriental dans le dessin animé états-unien : yellowface, yellowvoice et construction du stéréotype racial est-asiatique (1915-1973)
Representing the Oriental in American cartoons: yellowface, yellowvoice, and the construction of the East Asian racial stereotype (1915-1973)
Résumé de la thèse
À partir de l'analyse quantitative et qualitative d'un corpus de 216 dessins animés (cartoons) filmiques et télévisuels, cette thèse retrace les processus à l'origine de la consolidation d'un stéréotype racial est-asiatique dans la culture de masse états-unienne entre 1915 et 1973. Les spécificités des conventions de la racialisation des Asiatiques dans le dessin animé sont étudiées à l'aune de travaux récents sur la pratique yellowface et sur les rémanences du ménestrélat (minstrelsy) dans le dessin animé américain.
La racialisation des corps par des signifiants visuels (couleur jaune, yeux en fente) explique en partie comment le dessin animé énonce l'altérité et l'infériorité raciale de l'Extrême-Oriental. Outre la dimension visuelle de la racialisation, cette thèse porte une attention particulière à la représentation des comportements linguistiques et à la production de l'altérité raciale par l'accent et l'(im)politesse. Si plusieurs spécialistes ont déjà fait remarquer l'importance de l'accent étranger dans le stéréotype asiatique à l'écran, cette thèse se penche sur la dimension pragmatique de la parole racialisée, encore peu étudiée à ce jour. Les Asiatiques sont caractérisés par l' hyperpolitesse, un recours excessif et déraisonné à la politesse. Dans le dessin animé, la politesse asiatique est le pivot de l'expression d'un fossé culturel entre Orient et Occident. Mais derrière l'idée d'une antinomie culturelle se décèle la rémanence d'un discours de la race biologique.
Cette thèse s'intéresse à l'émergence et à la circulation de ces conventions stylistiques et narratives. La construction du stéréotype s'y envisage comme un dialogue où s'affrontent plusieurs perspectives quant à l'Extrême-Orient, les Extrême-Orientaux, et leur place dans le paradigme ethnoracial états-unien.
Thesis resume
This dissertation, based on a quantitative and qualitative analysis of 216 theatrical and television cartoons, investigates the development of an East Asian racial stereotype in American popular culture between 1915 and 1973.
Animated cartoons racialize Asian bodies through visual signifiers, such as yellow-colored skin or the use of single strokes to suggest narrow eyes. This constructs the Oriental, a fictional representation of East Asians, as a racial Other and an inferior race. In addition to considering the visual aspect of fictional representation, as is done in recent scholarship on the topic of Black caricatures in cartoons and that of yellowface minstrelsy, this research focuses on the representation of speech and language in visual media, in particular accents and linguistic im/politeness. The role of accented speech in the Asian (American) stereotype has been observed and examined from a variety of perspectives in recent decades. However, this study explores an overlooked dimension of racialized Asian speech in media, i.e., its pragmatics. Indeed, Asian and Asian American characters are often characterized by their excessive and disorderly use of politesse. In cartoon narratives, oriental over-politeness becomes the crux of an irreconcilable East/West cultural divide. However, what appears at first to be a representation of culture clash hides a deep-rooted belief in scientific racism.
Thus, this dissertation investigates the emergence and circulation of the stylistic and narrative tropes used to portray Asians and Asian Americans in animation. It considers the construction of stereotypes as a multifaceted dialogue, shaped by conflicting views on East Asia(n)s, Asian Americans, and their place in the American racial paradigm.