Soutenance de thèse de DIDU Noemi
Titre de thèse
Nous avons traversé la forêt. Une ethnographie audiovisuelle entre France et Cambodge.
We Crossed the Forest: An Audiovisual Ethnography Between France and Cambodia.
Résumé de la thèse
S'inscrivant dans le champ de l'anthropologie audiovisuelle, cette thèse explore l'expérience migratoire des Cambodgiens ayant fui le régime des Khmers rouges en 1975 pour s'établir à Marseille et dans la région Sud, après un passage par les camps de réfugiés thaïlandais, et de leurs descendants. À travers une approche à la fois synchronique diachronique et une ethnographie multi-située de dix-huit mois, menée entre 2021 et 2024, ce travail examine le vécu social des réfugiés de première génération et de leurs descendants, en se concentrant sur deux lieux pivots : un vatt (monastère bouddhique) en diaspora et une forêt frontalière avec la Thaïlande. La recherche met en exergue la manière dont ces espaces — le monastère fondé en exil et la forêt traversée lors de la fuite — participent à la construction d'un imaginaire collectif, à l'élaboration d'un récit fondateur et au maintien des liens avec le pays d'origine et ses structures sociales. Par ailleurs, elle souligne le rôle déterminant des diverses formes de mobilité dans la structuration et la pérennisation de cet espace social en exil. Enfin, l'articulation entre l'ethnographie multi-située et la réalisation d'œuvres audiovisuelles révèle une multiplicité de rapports au passé et de mises en récit mémorielles, tout en mettant en lumière des stratégies de résistance et de réappropriation face aux récits dominants.
Mots clés : migration, Cambodge, France, Khmers rouges, anthropologie audiovisuelle, mémoire collective, film ethnographique, ethnographie multi-située, ethnographie sensorielle, mobilités
Thesis resume
In an audiovisual anthropology approach, this thesis explores the migration experience of Cambodians who fled the Khmer Rouge regime in 1975 and settled in Marseille and the South of France, after spending time in Thai refugee camps, and their descendants. Through a synchronic and diachronic approach, combined with an eighteen-month multi-sited ethnographic fieldwork conducted between 2021 and 2024, this research examines the social experiences of first-generation refugees and their descendants, focusing on two key locations: a vatt (Buddhist monastery) in the diaspora and a forest on the border with Thailand. The research highlights how both of these spaces—the monastery they founded in exile and the forest they fled through into Thailand—contribute to building their collective imagination, establishing a common founding narrative, and maintaining the relationships with their country of origin and its social structures. Furthermore, it emphasises on the decisive role played by various forms of mobility in the way they shape and sustain the social space in exile. Finally, the interplay between multi-sited ethnography and the production of audiovisual works reveals a great diversity of relations to the past and ways of narrating memory, whilst highlighting strategies of resistance and reappropriation in the face of dominant narratives.
Keywords: migration, Cambodia, France, the Khmer Rouge, audiovisual anthropology, collective memory, ethnographic film, multi-sited ethnography, sensory ethnography, mobility