Soutenance de thèse de CANTINELLI Lucas


Titre de thèse

« The blueprint to a life » : silence, (dis)continuité narrative et potentiel autobiographique dans les écrits de Zora Neale Hurston, Maya Angelou et Toni Morrison

"The blueprint to a life:" silence, narrative (dis)continuity and autobiographical potential in the works of Zora Neale Hurston, Maya Angelou and Toni Morrison

Date

26 June 2025 à 14h00

Adresse

29 avenue Robert Schuman, Bâtiment multimédia, 13628 Aix-en-Provence, Salle de colloque 1

Ecole doctorale

Langues Lettres et Arts

Specialité

ETUDES ANGLOPHONES

Etablissement

Aix-Marseille Université

Mots clés

récit de soi,autobiographie,littérature afro-américaine,Maya Angelou,Toni Morrison,Zora Neale Hurston,

Keywords

self-writing,autobiography,Afro-American literature,Maya Angelou,Toni Morrison,Zora Neale Hurston,

Jury

Jury de thèse
Qualité Nom Etablissement
Professeure des universités Mme VALLAS Sophie Aix Marseille Université
Professeure des universités Mme COTTENET Cécile Aix-Marseille Université
Professeur des universités M. FEITH Michel Université de Nantes
Professeure émérite Mme RAYNAUD Claudine Université Paul Valéry Montpellier 3
Professeur des universités M. SCHMITT Arnaud Université de Pau et des Pays de l'Adour

Résumé de la thèse

Cette thèse formule l'hypothèse qu'un corpus à dimension autobiographique, incluant mais ne se limitant pas à des ouvrages autobiographiques au sens strict, permet de retracer la façon dont des auteures afro-américaines réinvestissent un silence qui a été historiquement imposé aux voix noires, et développent une écriture de soi intégrant le silence, la discontinuité et la fragmentation comme éléments structurels et stylistiques essentiels, en rupture avec le modèle de l'autobiographie classique. Elle vise à comprendre dans quelle mesure le développement de cette écriture témoigne de l'émergence d'un récit de soi authentique, protéiforme et libéré des conceptions qui en niaient la possibilité.
En étudiant un corpus composé des écrits de Zora Neale Hurston, Maya Angelou et Toni Morrison, trois écrivaines afro-américaines majeures du XXe siècle, ce travail analyse les différents vecteurs par lesquels la voix féminine noire représente et communique son expérience. Le geste narratif en tant que tel, étudié à travers le double prisme de la mise en scène et de la transmission, y occupe une place cruciale. Ces deux objectifs narratifs, représentation et communication, s'inscrivent dans le développement d'une écriture de la fragmentation, de la discontinuité et de la rupture dont les modalités sont analysées. Hurston, Angelou et Morrison repoussent les frontières des genres littéraires pour réhabiliter et mettre en valeur une expérience dans toute sa spécificité. Le paradigme d'expression développé par la voix féminine noire s'affranchit du carcan d'un discours oppressif pour gagner légitimité et agentivité ontologiques. Cette thèse développe également un prisme d'analyse soulignant le potentiel autobiographique du texte—un prisme appliqué non pas au contenu factuel, mais au geste narratif lui-même, et à ses modalités, notamment le rapport qu'il entretient avec le silence, à la mise en scène, l'oralité, la picturalité et la fictionnalité.
S'intéresser au récit de soi, plus particulièrement à un récit lié à toute une communauté, implique d'analyser les frontières fluctuantes du « je » et du « nous » ainsi que les instants où se confondent expérience individuelle et histoire collective. L'analyse des enjeux liés à la littérarité, à la fictionnalité ainsi qu'à la zone interface entre réalité objective et ressenti de l'expérience vécue, permet d'interroger la limite définitionnelle entre récit autobiographique et discours historique, non pour abolir toute frontière épistémologique, mais afin de dépasser une dichotomie paralysant d'avance toute réflexion. Étudier le geste autobiographique à travers le prisme de l'Histoire interroge également l'existence d'une identité collective transcendant celles des auteures du corpus : un récit de soi délaissant le « je » pour le « nous » pose la question de l'autonomie du sujet et de son autorité sur le texte. Cette thèse étudie la possibilité du récit autobiographique comme œuvre collaborative, notamment en ce qui concerne la forme de l'entretien, ainsi que comme catalyseur d'une forme de communion. Si l'autobiographie implique une fracture entre « je » narrant et « je » narré, elle implique aussi une mutilation ontologique pour toute voix minoritaire n'ayant pu construire son identité en termes d'individualité. On se trouve ainsi confronté à une voix ne pouvant pleinement exister indépendamment d'une identité commune, mais qui ne disparaît jamais totalement derrière cette dernière. Enfin, le lien entre la notion d'identité et celle de transmission par la narration dans les pratiques pédagogiques de Morrison et Angelou, toutes deux enseignantes, est envisagé puisque leur enseignement ne se limite pas au texte littéraire, ni à l'amphithéâtre de faculté : avec elles, c'est son rapport à son identité que l'étudiant/le lecteur apprend à construire.


Thesis resume

This thesis argues that a corpus composed of texts with an autobiographical scope, but not strictly limited to the genre of autobiography, allows to highlight the way black female US authors have overcome an historically enforced silence and reached a form of self-writing in which discontinuity and fragmentation are key elements both culturally and stylistically. Their life narratives break free from the traditional autobiographical model, centered around the unity of the self, and this thesis explores the ways in which the development of their original writings underlies the existence of multiform, autobiographical narratives free from the paradigmatic conceptions that negated their very possibility.
By studying writings by Zora Neale Hurston, Maya Angelou and Toni Morrison – three prominent Afro-American writers of the 20th century – this work analyzes the various means through which the black female voice represents and communicates its experience in US literature. The narrative act itself, observed through the double lens of dramatization and transmission, is crucial. The writer's two narrative goals – representation and communication – are made visible in their writings characterized by discontinuity and fragmentation. Hurston, Angelou and Morrison push back the boundaries of established literary genres to reinstate and showcase a life experience in all its specificity. The prism of expression developed by the black female voice allows it to take its independence from an oppressive paradigm and to claim ontological legitimacy and agency. This study also draws on a prism of analysis focusing on the autobiographical potential of a text: both the narrative act itself and its modes of expression (including the way this act is built on silence, dramatization, orality, picturality and fictionality) are examined, beyond the purely factual content of the texts.
Studying self-writing, and more specifically narratives that are linked to a whole community, calls for an analysis of the shifting boundaries between the autobiographical “I” and the presence of a “we,” as well as of the moments when personal experience and collective history collide. Considering what makes a text literature, what makes it fictional, and reflecting on the contact zone between objective reality and the subjective perception derived from lived experience, also leads to questioning the definitional frontier between autobiographical and historical narratives not to abolish necessary epistemological bearings, but in order to move past a paralyzing dichotomy.
Observing the autobiographical act through an historical lens leads to the study of a collective identity that transcends the individual writer. A form of self-writing moving from “I” to “we” also raises the question of the autonomy and authority of the autobiographical subject on its text. This study considers the possibility of self-writing as a collaborative work – especially when it comes to the form of the conversation – and as a catalyst for collective experience. If autobiography implies a fracture between the narrating and narrated “I's,” it also implies an ontological mutilation for any minority voice unable to build its identity around the notion of individuality. While such a voice cannot fully exist outside of a collective identity, it never fully disappears behind it either. Lastly, The link between identity and narrative transmission in Morrison and Angelou's pedagogical practices (both being faculty members as well as writers) is eventually discussed, as their teaching is never limited to the literary text nor to the lecture hall: with them, their students/readers learn to build their own identity, as well as to reflect on the notion of identity itself.