Soutenance de thèse de PLUTA Audrey
Titre de thèse
L'ordre de la démocratie : syndicats policiers et professionnels de la « réforme » sécuritaire en Tunisie (2011-2021)
The order of democracy
Police unions and security "reform" professionals in Tunisia (2011-2021)
Résumé de la thèse
Pilier du régime autoritaire de Ben Ali, l9institution policière en Tunisie a été travaillée par des vents à priori contraires à partir de janvier 2011 : revendications sociales et luttes syndicales par les bases et injonctions à la réforme portées par les acteurs extérieurs. Cette thèse éclaire les manières dont les modes de domination se recomposent dans un contexte où ceux-ci ont été mis à l9index, où leur légitimité a été contestée. A l9encontre d9une entreprise classificatrice des régimes politiques, elle montre les hybridations et les adaptations des rapports sociaux de coercition en contexte de sortie d9autoritarisme au sein desquels la police demeure centrale. Ma démarche a été celle d9un décloisonnement entre sociologie des institutions, de l9action publique et de la police, en suivant les acteur.ices, à travers des entretiens, répétés, entre 2017 et 2021 avec des syndicalistes policiers, des passeurs de la réforme du secteur de la sécurité ou encore des cadres du ministère de l9Intérieur. Les usages locaux des mots d9ordre participatifs au travail de police, les possibles non advenus d9une refonte du contrôle politique des forces de sécurité et les mutations des conditions socioprofessionnelles policières sont autant d9espaces d9investigation des modifications des arrangements sectoriels propres à la sécurité. "L'ordre de la démocratie" le titre de cette thèse incarne cette pratique du pouvoir propre aux situations de « restauration autoritaire », faite de composition avec des forces centrifuges, entre demande de changement des modes de faire policiers et des demandes sociales de retour à l9ordre. En ce sens, politiques de la réforme du secteur de la sécurité et colères policières convergent vers un renforcement de l9institution sécuritaire, soit en participant à ses entreprises de relégitimation, ou bien en obtenant des espaces d9autonomie socioprofessionnelle pour les agents. Cette thèse contribue ainsi à la réflexion autour des usages de la coercition et leur insertion dans la fabrique des ordres publics, politiques et sociaux.
Thesis resume
A backbone of Ben Ali's authoritarian regime, the police institution in Tunisia has been buffeted by seemingly opposing winds since January 2011: social demands and union struggles from below, and injunctions for reform from outside. This thesis sheds light on the ways in which modes of domination are recomposed in a context where they have been blacklisted and their legitimacy challenged. Rather than classifying political regimes, it shows the hybridizations and adaptations of social relations of coercion in a context of emerging authoritarianism, in which the police remain central. My approach was to decompartmentalize the sociology of institutions, public action and the police, by following the actors through repeated interviews between 2017 and 2021 with police trade unionists, security sector reformers and Ministry of the Interior executives. The local uses of participatory watchwords in police work, the possible non-happenings of an overhaul of political control of the security forces and changes in police socio- professional conditions are all areas of investigation into changes in sectoral arrangements specific to security. The title of this thesis, "The Order of Democracy", embodies the practice of power in situations of "authoritarian restoration", a composition of centrifugal forces, between demands for change in police methods and social demands for a return to order. In this sense, security sector reform policies and police anger converge to reinforce the security institution, either by participating in its relegitimization, or by obtaining spaces of socio-professional autonomy for officers. This thesis thus contributes to reflection on the uses of coercion and their insertion in the making of public, political and social orders.