Soutenance de thèse de BAH MAÏMOUNA
Titre de thèse
La prise en charge des déchets à N'Djamena : entre normes officielles, pratiques sociales et conflits de gouvernance
Waste management in N'Djamena: between official norms, social practices, and governance conflicts.
Résumé de la thèse
A N'Djamena, la capitale du Tchad, la gestion des déchets constitue un problème majeur pour les autorités municipales. Dans cette ville de plus de 2 000 000 habitants (RGPH2, 2009), l'insalubrité est perceptible partout dans les arrondissements et quartiers de la place. Selon les chiffres officiels, 1200 tonnes de déchets sont quotidiennement produites dans la capitale tchadienne. De cette quantité, seulement 30% sont évacués par les responsables des communes décentralisées de la ville. A cela s'ajoute l'absence de décharges contrôlées faisant des carrières et des espaces publics des dépotoirs officiels de la municipalité.
De nombreuses études ont été menées pour comprendre la question de la gestion des déchets au Tchad. Ces études purement techniques réalisées par divers chercheurs et même des politiques, mettent en avant les insuffisances en ressources et les impacts sanitaires et environnementaux liés à l'insalubrité. La présente étude adopte une autre approche en analysant la gestion des déchets comme un fait social et politique. Elle interroge « les écarts entre normes officielles et normes pratiques » (Blundo 2002,2009 ; Olivier de Sardan 2010), les logiques clientélistes qui régissent le fonctionnement des communes et des comités d'assainissement, mais aussi les stratégies d'adaptation développées par les habitants pour faire face à l'irrégularité de la collecte. Les représentations sociales de la propreté et de la saleté (Douglas 2001 ; Bouju 2002) les rapports conflictuels entre les acteurs impliqués dans la prise en charge de déchets, la multiplication des opérateurs privés et trieurs dans la collecte et traitement des déchets sont les centres d'intérêt de cette recherche. Il s'agit d'une étude anthropologique qui se base sur une démarche qualitative avec des observations, des entretiens et des focus groupe.
Les résultats montrent que la prise en charge des déchets impacte la vie de la population n'djamenoise. Elle oblige les habitants à développer des stratégies d'adaptation face à l'insalubrité, tout en alimentant des rapports conflictuels et des tensions entre acteurs institutionnels, comités d'assainissement, opérateurs privés et populations.
Thesis resume
In N'Djamena, the capital of Chad, waste management is a major challenge for the municipal authorities. In this city of more than 2 000 000 inhabitants, uncleanliness is visible throughout the districts and neighborhoods. According to official figures, 1,200 tons of waste are produced daily in the capital, of which only 30% are removed by the decentralized communes. In addition, the absence of controlled landfills has turned quarries and public spaces into official dumping grounds for the municipality.
Several studies have addressed the issue of waste management in Chad. These works, mostly technical in nature and conducted by researchers as well as policymakers, highlight resource shortages and the health and environmental impacts of uncleanliness. This study adopts a different perspective by analyzing waste management as a social and political phenomenon. It examines the gaps between official norms and practical norms, the clientelist logics that shape the functioning of communes and sanitation committees, as well as the adaptive practices developed by residents in response to irregular waste collection. It also explores social representations of cleanliness and dirt, the conflicts between sanitation actors, and the growing role of private and informal operators in waste collection.
This is a long-term anthropological study, based on a qualitative approach combining observations, individual interviews, focus groups, and discourse analysis.
The findings show that waste management in Chad's capital has a significant impact on everyday life. It forces residents to develop adaptive strategies in the face of uncleanliness, while also fueling conflicts and tensions among institutional actors, sanitation committees, private operators, and the population.