Soutenance de thèse de LI Jian
Titre de thèse
L'écriture du mal dans les romans de Boris Vian
The depiction of evil in the novels of Boris Vian
Résumé de la thèse
Cette recherche, ancrée dans le contexte historique et intellectuel de l'après - guerre (la banalité du mal chez Hannah Arendt, la honte rivée à l'être selon Emmanuel Lévinas, la pensée sur le mal métaphysique - l'angoisse, la honte... chez Sartre), révèle comment Boris Vian transpose les maux du XXe siècle : la guerre, le totalitarisme du XXe siècle, la crise existentielle après la guerre, la ségrégation raciale etc. en une poétique singulière qui oscille entre la pataphysique, le fantastique, le roman noir et la science-fiction etc. En croisant les approches littéraire, psychanalytique, socio-politique, cette étude retrace le paysage du mal concret et métaphysique en œuvre dans le monde imaginaire de Vian.
Se référant à trois émotions centrales : l'angoisse, la honte et la vengeance, cette thèse explore l'écriture du mal dans les romans de Boris Vian. Tout d'abord, l'angoisse est l'émotion la plus constante chez Vian, liée à la conscience aiguë du mal. À travers les métamorphoses vianesques littéraires de l'angoisse, nous traitons du mal contextuel chez Vian que constituent l'incurabilité de la maladie, la cruauté de la guerre, le non-sens du travail, l'effondrement de la foi. La honte est l'émotion la plus représentée sous la plume de Boris Vian. Elle mène le plus souvent à l'autodestruction, tandis que la coutume sociale de l'éhontement conduit au désordre moral et social. De ce fait, cette écriture antinomique de la honte rend témoignage du mal-être humain et de la douleur métaphysique. Finalement, la vengeance serait l'unique voie salvatrice permettant de se débarrasser des entraves sociales, voie cependant illusoire. Aussi, cette quête de la dignité individuelle prend la forme d'une défaite programmée qui replonge le sujet dans l'abîme de l'angoisse. De ce fait, l'angoisse, la honte, la vengeance constituent un cercle vicieux reflétant l'aliénation moderne.
En recourant à une imagination débordante, à des éléments fantastiques, à des événements antilogiques, à des jeux avec les mots, Vian crée des effets de rupture qui témoignent de la modernité de son œuvre ; L'ironie acerbe trahit la vérité : toutes les déformations verbales révèlent les aliénations humaines du réel et le mal de la modernité.
Cette recherche étudie l'élaboration de la figure circulaire, close sur elle-même, que forment l'angoisse, la honte et la vengeance. Fondée sur l'analyse de l'esthétique romanesque et des représentations concrètes du mal dans l'œuvre de Vian, elle établit l'intention subversive de l'auteur : la déconstruction esthétisée de la banalité du mal.
Thesis resume
This research is based on the historical and ideological context after the war (Arendt's “banality of evil”, Levinas' “riveted” sense of shame and Sartre's thinking on metaphysical evil, such as anxiety and shame), revealing how Boris Vian transformed the evil of the 20th century's wars, totalitarianism, post-war existential crisis and racial segregation into a unique aesthetic that straddles fantasy, absurd metaphysics, noir fiction and science fiction. This research employs methods from literary criticism, psychoanalysis and social politics to analyze and explore the picture of evil that is both concrete and metaphysical presented in Vian's fictional world.
Referring to three central emotions: anxiety, shame and revenge, this thesis explores the writing of evil in the novels of Boris Vian. First of all, anxiety is the most constant emotion in Vian, linked to the acute awareness of evil. By analyzing the literary transformations of Weir's anxiety, the text dissects the contextual evils within his works: the incurability of disease, the brutal savagery of war, the absurdity and meaninglessness of labor, and the complete collapse of faith. Shame is the emotion most represented in the world of Vian's imagination. It most often leads to self-destruction, while the social custom of shamelessness leads to moral and social disorder. Therefore, this antinomic writing of shame bears witness to human discomfort and metaphysical pain. Finally, revenge would be the only saving way to get rid of social obstacles, an illusory path however. Also, this quest for individual dignity takes the form of a programmed defeat that plunges the subject back into the abyss of anxiety. Therefore, anxiety, shame, revenge constitute a vicious circle reflecting modern alienation.
Unbridled imagination, fantastical elements, illogical plots, and wordplay transport readers to a strange world, creating a sense of modernity's rupture; sharp satire pierces through the truth: all linguistic distortions reveal the alienation and evil of modernity in reality.
This study examines the formation process of a self-enclosed cyclical mechanism involving anxiety, shame, and vengeance. Through an analysis of the aesthetics of evil and its concrete manifestations in Vian's works, it reveals the author's subversive creative intent: to deconstruct the banality of evil through aesthetic strategies.