Soutenance de thèse de DEMETRIOU Eleni
Titre de thèse
des objets indivisibles pour des dettes irréparables : la constitution d'une économie symbolique par la requalification des "valeurs monumentales"
indivisible objects for irreparable debts : the making of a symbolic economy by the requaification of "monumental values"
Résumé de la thèse
Créés hors des enceintes des villes pendant la première moitié du XIXe siècle, le Premier cimetière d'Athènes et le cimetière Saint-Pierre d'Aix-en-Provence ont été les premiers cimetières contemporains de leurs villes respectives. Suite à plusieurs extensions des cimetières et des villes, ils ont été insérés dans le tissu urbain. Un certain nombre de sépultures, constitutives de leur morphologie, ont disparu lors d'opérations de reprise. L'enjeu de la régulation de leur « esthétique » apparait à différents moments de leur histoire et donne lieu à des débats qui articulent l'esthétique avec l'historique et le politique. En effet, ces cimetières sont traités soit comme des « paysages », soit comme des « sites archéologiques » ou des « musées à l'air ouvert ».
Ces multiples traitements donnent à voir la constitution d'une économie symbolique de la requalification, qui actualise différentes visions de l'histoire des espaces et des groupes sociaux et professionnels concernés. Cette économie symbolique procède par des épreuves plus ou moins instituées, ayant des effets matériels et symboliques sur les artefacts marqués comme remarquables ainsi que sur les artefacts les plus ordinaires. En suivant les catégories de jugement de ces acteurs (formés principalement en archéologie, en histoire et en architecture), cette thèse reconstitue des débats autour de la valeur des artefacts et les ressources de légitimation qui sont produites le long de ces processus. Un espace hétéronome se constitue à l'intersection de différents champs (patrimoine, intellectuel, politique) et de marchés (funéraire, conservation, art, tourisme).
Pour saisir cet objet émergeant et complexe, la thèse restitue les différents degrés de cristallisation de la catégorie de « patrimoine funéraire » en combinant la sociologie de la connaissance et de la valeur avec les apports de l'histoire, de l'anthropologie sociale et de la philosophie. Les résultats sont d'ordre empirique (1) et métathéorique (2). Des entretiens et des observations sont mis en perspective avec un large corpus hétérogène de textes à partir desquels la thèse reconstruit différents indicateurs de l'économie symbolique et avance le concept de requalification personnaliste (1). Les allers-retours entre les matériaux d'analyse et la littérature ont aussi donné lieu à une réflexion métathéorique portant sur les concepts d'analyse sociologiques de la mise en valeur et le présupposé homoarchique que ceux-ci peuvent véhiculer. Cela révèle un impensé sociologique donnant lieu à la proposition d'outils d'analyse alternatifs, à l'aune du concept de hétérarchie sociale (2).
Thesis resume
Built outside the city walls during the first half of the 19th century, the First Cemetery of Athens and the Saint-Pierre Cemetery in Aix-en-Provence were the first modern cemeteries of their respective cities. Following several expansions of the cemeteries and cities, they were integrated into the urbain fabric. A number of graves, constitutive of their morphology, disappeared eversince. The issue of regulating their “aesthetic dimension” arises at different times in their history and gives rise to debates that relate aesthetics to history and politics. Indeed, these cemeteries are treated either as “landscapes”, “archaeological sites” or “open-air museums”.
These multiple treatments reveal the formation of a symbolic economy of requalification, which updates different visions of the history of the spaces and the social and professional groups involved. This symbolic economy proceeds through more or less institutionalized tests, having material and symbolic effects on artifacts marked as “remarkable” as well as on the most ordinary artifacts. By following the categories of judgment of these actors (trained mainly in archaeology, history, and architecture), this thesis reconstructs debates around the value of artifacts and the legitimizing resources that are produced throughout these processes. A heteronomous space is formed at the intersection of different fields (heritage, intellectual, political) and markets (funeral, conservation, tourism).
To grasp this emerging and complex object, the thesis reconstructs the different degrees of crystallization of the category of “funerary heritage” by combining the sociology of knowledge and value with the contributions of history, social anthropology, and philosophy. The results are both empirical (1) and mÉtatheoretical (2). Interviews and observations are put into perspective with a large heterogeneous corpus of texts from which the thesis reconstructs different indicators of the symbolic economy and advances the concept of personalist requalification (1). The back and forth between the analytical materials and the literature gave rise to a mÉtatheoretical reflection on the concepts of sociological analysis of enhancement and the homoarchic presupposition that these can convey. This reveals sociological unthoughts and gives rise to the proposal of alternative analytical tools in the light of the concept of social heterarchy (2).