Soutenance de thèse de DI NARDO Marie
Titre de thèse
Trois perspectives sur la construction de la RSE Politique
Three perspectives on the construction of Political Corporate Social Responsibility
Résumé de la thèse
Cette thèse explore le concept de RSE Politique (PCSR) qui est né au début des années 2000 avec les travaux de Scherer et Palazzo (2007 ; 2011) ainsi que ceux de Matten et Crane (2005). Ce concept émerge dans la littérature en gestion pour théoriser la politisation des acteurs privés qui, au-delà des attentes traditionnelles de la responsabilité sociale des entreprises (RSE), s'engagent à réguler des enjeux sociétaux en réponse aux lacunes institutionnelles dans la régulation publique. Les entreprises participent ainsi à la fourniture de biens publics, même pour des parties prenantes qui ne sont pas directement affectées par leurs décisions commerciales.
Depuis son apparition, la littérature en PCSR s'est considérablement développée, explorant divers cadres théoriques et contextes sociaux ou institutionnels. Le concept central de la PCSR est que les entreprises jouent un rôle politique en participant à la gouvernance des questions sociétales. Cependant, ce rôle politique suscite des débats : si certains soulignent son potentiel positif, d'autres mettent en avant les impacts négatifs possibles lorsque les initiatives ne répondent pas adéquatement aux problèmes locaux.
L'approche théorique dominante, celle de Scherer et Palazzo (2007 ; 2011), utilise la théorie Habermassienne de la démocratie délibérative pour expliquer cette politisation des entreprises. Cependant, cette approche est critiquée pour ses choix théoriques, notamment concernant la légitimité des entreprises à s'engager dans les affaires publiques, un rôle normalement réservé aux gouvernements démocratiquement élus. D'autres chercheurs critiquent également le manque d'efficacité pratique de cette théorie. Plus récemment, une perspective dynamique sur la PCSR a été développée, suggérant que les entreprises adaptent continuellement leur rôle politique en fonction de l'évolution de leur environnement. Comprendre la PCSR comme un processus évolutif permet d'analyser les mécanismes par lesquels elle se construit et évolue dans le temps, mais aussi de mieux cerner les comportements politiques des entreprises.
Cependant, bien que la PCSR soit vue comme un concept critique visant à résoudre des problèmes sociétaux, elle souffre encore de problèmes de définition et d'un manque de contributions empiriques solides. Ce manque limite son potentiel à apporter des changements réels dans les pratiques managériales et à améliorer les réalités sociales. Cette thèse cherche à combler ces lacunes en explorant la construction théorique et pratique de la PCSR à travers trois articles. Elle met en lumière les processus par lesquels les entreprises construisent leur identité et rôle politique et les mécanismes sous-jacents à cette construction pratique et conceptuelle. Cette thèse apporte des contributions théoriques, méthodologiques et pratiques à la littérature sur la PCSR, en insistant sur la nécessité de contextualiser les actions des entreprises pour qu'elles répondent aux besoins locaux et en renforçant la place de la légitimité dans la construction de la PCSR.
Thesis resume
This thesis explores the concept of Political CSR (PCSR), which emerged in the early 2000s with the work of Scherer and Palazzo (2007; 2011) and Matten and Crane (2005). This concept is emerging in management literature to theorise the politicisation of private actors who, beyond the traditional expectations of corporate social responsibility (CSR), are committed to regulating societal issues in response to institutional gaps in public regulation. In this way, companies participate in the provision of public goods, even for stakeholders who are not directly affected by their business decisions.
Since its emergence, the PCSR literature has developed considerably, exploring various theoretical frameworks and social or institutional contexts. The central concept of PCSR is that companies play a political role by participating in the governance of societal issues. However, this political role has given rise to debate: while some emphasise its positive potential, others highlight the possible negative impacts when initiatives do not adequately respond to local problems.
The dominant theoretical approach, that of Scherer and Palazzo (2007; 2011), uses Habermasian theory of deliberative democracy to explain this politicisation of companies. However, this approach has been criticised for its theoretical choices, particularly concerning the legitimacy of companies to engage in public affairs, a role generally reserved for democratically elected governments. Other researchers also criticise the lack of practical effectiveness of this theory. More recently, a dynamic perspective on PCSR has been developed, suggesting that companies continually adapt their political role in response to changes in their environment. Understanding PCSR as an evolutionary process makes it possible to analyse the mechanisms by which it is constructed and evolves over time and to gain a better understanding of companies' political behaviour.
However, although PCSR is seen as a critical concept aimed at solving societal problems, it still suffers from definitional problems and a lack of solid empirical contributions. This limits its potential to bring about real change in managerial practices and improve social realities. This thesis seeks to fill these gaps by exploring the theoretical and practical construction of PCSR through three articles. It highlights the processes by which companies construct their political identity and role, and the mechanisms underlying this practical and conceptual construction. This thesis makes theoretical, methodological and practical contributions to the literature on PCSR, emphasising the need to contextualise corporate actions so that they respond to local needs and reinforcing the place of legitimacy in the construction of PCSR.