Soutenance de thèse de AZIZ Aurore


Titre de thèse

Mécanismes de l'amblyopie dans le corps genouillé latéral

Mechanisms of amblyopia in the dorsal lateral geniculate nucleus

Date

10 juillet 2026 à 14h00

Adresse

Faculté de Médecine Nord 51 Bd Pierre Dramard, 13015 Marseille, Salle de thèse

Ecole doctorale

Sciences du Vivant

Specialité

SCIENCES DU VIVANT Neurosciences

Etablissement

Aix-Marseille Université

Mots clés

amblyopie,excitabilité,corps genouillé latéral,neurones,

Keywords

amblyopia,Excitability changes,dorsal lateral geniculate nucleus,neurons,

Jury

Jury de thèse
Qualité Nom Etablissement
Directeur de recherche M. DEBANNE Dominique LAI - Adhésion Cellulaire et Inflammation, Aix-Marseille Université
Professeure des universités - praticienne hospitalière Mme DARUICH Alejandra Service d'Ophtalmologie enfants et adultes, Hopital Necker - enfants malades
Maître de conférences - praticien hospitalier M. KHANNA Raoul Kanav Génomique et Pathophysio des troubles du Neurodéveloppement et du Motoneurone, Université de Tours
Professeur des universités - praticien hospitalier M. LEBRANCHU Pierre Laboratoire des Sciences du Numérique de Nantes, Université de Nantes
Maître de conférences - praticien hospitalier M. SMIRNOV Vasily PLEmara, CHU LILLE
Directeur de recherche M. ANIKSZTEJN Laurent INMED - Institut de Neurobiologie de la Mediterranée, Aix-Marseille Université
Professeur des universités - praticien hospitalier M. DAVID Thierry Institut FRESNEL - Sciences et Technologies de l'Optique, l'Electromagnétisme, et l'Image, Aix Marseille Université
Professeure des universités - praticienne hospitalière Mme DENIS Daniele CHU Marseille - Aix Marseille Université

Résumé de la thèse

La plasticité homéostatique de l'excitabilité intrinsèque (IE) permet aux neurones de stabiliser leur activité face aux variations d'entrées sensorielles. Si ce mécanisme est bien établi au niveau cortical, son existence dans le thalamus visuel, et en particulier dans le noyau géniculé latéral dorsal (dLGN), restait incertaine. Nous montrons ici qu'une privation monoculaire (MD) brève, induite à l'ouverture des yeux, déclenche une régulation homéostatique de l'IE dans les neurones relais du dLGN.

Après 4 jours de MD, les neurones situés dans la zone activée par l'œil privé présentent une excitabilité significativement augmentée par rapport à ceux activés par l'œil ouvert. Cette augmentation se traduit par une diminution de la rhéobase et s'accompagne notamment d'une différence du seuil de déclenchement du potentiel d'action, sans changement de la résistance d'entrée ni de la largeur du potentiel d'action, suggérant une régulation spécifique des conductances voltage-dépendantes. Cet effet n'est plus observé après 7 jours de MD, indiquant le caractère transitoire de cette réponse homéostatique.

L'augmentation d'excitabilité observée après 4 jours de MD s'accompagne d'une réduction de l'amplitude de la potentialisation à long terme de l'excitabilité intrinsèque (LTP-IE) dans les neurones du côté privé, alors que ceux du côté ouvert conservent une LTP-IE comparable aux contrôles. Après 7 jours de MD, la LTP-IE est diminuée des deux côtés, en l'absence de différence d'excitabilité basale. Ces résultats indiquent que les modifications homéostatiques de l'IE s'accompagnent d'une altération des mécanismes de plasticité intrinsèque dépendants de l'activité.

Les analyses électrophysiologiques révèlent, après 4 jours de MD, une diminution de la rampe de dépolarisation sous-seuil et une modification des intervalles interspike précoces dans les neurones du côté privé, compatibles avec une réduction de l'activité des canaux potassiques Kv1. Ces observations, en accord avec la diminution de la LTP-IE, suggèrent que la régulation négative des canaux Kv1 constitue un mécanisme central de l'augmentation homéostatique de l'IE, suggérant des mécanismes d'expression communs entre plasticités homéostatique et hebbienne.

Des approches d'immunohistochimie ciblant le segment initial de l'axone (AIS), identifié par le marquage de l'ankyrine G, mettent en évidence des modifications structurales et moléculaires associées à cette plasticité. Après 4 jours de MD, des variations statistiquement significatives de la longueur de l'AIS sont observées entre les neurones du côté occlus et du côté ouvert, associées à des variations de la densité des canaux Kv1.1 au niveau de l'AIS, suggérant une régulation conjointe de la structure axonale et de la composition moléculaire.

Par ailleurs, la privation monoculaire modifie le couplage électrique entre neurones relais du dLGN. Après 4 jours de MD, les neurones du côté privé présentent une augmentation de l'amplitude des potentiels hyperpolarisants transmis, indicative d'un renforcement du couplage électrique. Des modifications du couplage sont également observées après privation prolongée, suggérant une association entre augmentation de l'IE et renforcement des interactions électriques.

Ensemble, ces résultats démontrent l'existence d'une plasticité homéostatique de l'excitabilité intrinsèque dans le dLGN, induite précocement par la privation visuelle et reposant sur la modulation des canaux Kv1, du couplage électrique et de l'organisation de l'AIS. Ils révèlent une dynamique temporelle caractérisée par une réponse homéostatique transitoire suivie de modifications plus durables des propriétés de plasticité intrinsèque.


Thesis resume

Homeostatic plasticity of intrinsic excitability (IE) enables neurons to stabilize their activity in response to changes in sensory inputs. While this mechanism is well established at the cortical level, its existence in the visual thalamus, and particularly in the dorsal lateral geniculate nucleus (dLGN), has remained uncertain. Here, we show that brief monocular deprivation (MD), induced at eye opening, triggers a homeostatic regulation of IE in dLGN relay neurons.

After 4 days of MD, neurons located in the region activated by the deprived eye exhibit significantly increased excitability compared to those activated by the open eye. This increase is characterized by a reduction in rheobase and is associated with a difference in action potential threshold, without changes in input resistance or action potential width, suggesting a specific regulation of voltage-gated conductances. This effect is no longer observed after 7 days of MD, indicating the transient nature of this homeostatic response.

The increase in excitability observed after 4 days of MD is accompanied by a reduction in the magnitude of long-term potentiation of intrinsic excitability (LTP-IE) in neurons from the deprived side, whereas neurons from the open side exhibit LTP-IE comparable to controls. After 7 days of MD, LTP-IE is reduced on both sides, in the absence of differences in baseline excitability. These findings indicate that homeostatic changes in IE are associated with alterations in activity-dependent intrinsic plasticity mechanisms.

Electrophysiological analyses reveal, after 4 days of MD, a reduction in the subthreshold depolarizing voltage ramp and modifications of early interspike intervals in neurons from the deprived side, consistent with a decrease in Kv1 potassium channel activity. These observations, in agreement with the reduction in LTP-IE, suggest that downregulation of Kv1 channels represents a central mechanism underlying the homeostatic increase in IE, supporting the existence of shared expression mechanisms between homeostatic and Hebbian forms of intrinsic plasticity.

Immunohistochemical approaches targeting the axon initial segment (AIS), identified by ankyrin G labeling, further reveal structural and molecular changes associated with this plasticity. After 4 days of MD, statistically significant differences in AIS length are observed between neurons from the deprived and open sides, together with changes in Kv1.1 channel density at the AIS, suggesting coordinated regulation of axonal structure and molecular composition.

In addition, monocular deprivation modulates electrical coupling between dLGN relay neurons. After 4 days of MD, neurons from the deprived side display increased amplitude of transmitted hyperpolarizing potentials, indicative of strengthened electrical coupling. Changes in coupling are also observed following prolonged deprivation, suggesting an association between increased IE and enhanced electrical interactions between neurons.

Taken together, these results demonstrate the existence of homeostatic plasticity of intrinsic excitability in the dLGN, induced early by visual deprivation and involving modulation of Kv1 channels, electrical coupling, and AIS organization. They reveal a temporal dynamic characterized by a transient homeostatic response followed by more sustained alterations in intrinsic plasticity properties