Soutenance de thèse de MATHIS Noëlle
Titre de thèse
Je parle pas la langue, suivi de Désir et création entre les langues (incluant J'irai à Haida Gwaii)
I don't speak the mother language, followed by Desire and Creation between Languages (including I will go to Haida Gwaii)
Résumé de la thèse
Ce travail de recherche-création se penche sur la problématique de la langue maternelle et sa non-transmission à l'aide d'une écriture entre les langues. Il crée une jonction entre deux histoires. L'une porte sur la langue que je considère comme ma langue maternelle, quoique non-transmise, le francique ou le platt pour ses locuteurs, à la frontière franco-allemande de la Moselle. L'autre concerne Haida Gwaii, archipel canadien au sud de l'Alaska, où je suis partie sur les traces de la langue haïda, une langue menacée, mais en voie de revitalisation. Je questionne le devenir de la personne, dans sa chair, quand elle a vécu l'arrachement de la langue maternelle en prenant en compte les forces de domination et de pouvoir. Deux documents ont vu le jour : Je parle pas la langue est un texte poétique constitué de fragments qui portent sur la frontière, les langues, la quête intercontinentale, à la recherche de la langue maternelle. Il se caractérise par l'hétérolinguisme, dont le français, l'allemand, le platt, l'anglais et l'italien. Les fragments ont été, pour la plupart, écrits en ateliers d'écriture que j'ai animés au sein de l'association Les Mots Voyageurs. Désir et création entre les langues conceptualise les échanges fondamentaux lors des ateliers d'écriture plurilingue qui ont donné naissance aux fragments poétiques. Il met en relief la pensée des poètes et des penseurs qui ont contribué à l'élan créateur, notamment à une écriture hétérolingue, ainsi que les discussions que j'ai menées en tant qu'animatrice d'ateliers d'écriture sur l'écriture entre les langues. Il adopte un genre particulier puisqu'il s'agit d'une forme dialoguée autour de la table d'écriture. Il contient en dernier chapitre « J'irai à Haida Gwaii », un essai sensible selon une approche anthropologique et linguistique sur l'archipel des Premières Nations canadiennes, à la rencontre de locuteurs de langue haïda. Dans cet essai, je tente de tisser un lien improbable entre le francique et le haïda, pour élucider comment ma rencontre avec cette langue menacée d'extinction comme le peuple qui la parlait, la langue haïda, a joué sur l'écriture de mon propre récit poétique. Ce dernier est empreint d'un désir de langues au pluriel qui s'est traduit par un désir vital de mots dans quelque langue que ce soit. Les langues dites étrangères, qui apparaissent par bribes, sont considérées comme des trous ou des déchirures dans le corps du texte en français, mais aussi dans le corps de la narratrice. Il se traduit par un rapport organique à la langue se caractérisant par une extrême sensibilité à la résonance vibratoire faite d'échos que l'on entend ou ressent à l'intérieur d'un antre. La notion de passage est fondamentale car les bribes en langues dites étrangères forment des lieux de passage, ou des passerelles, compris comme des frontières physiques et psychiques qu'il s'agit de traverser. Au cœur du travail d'écriture, la notion de réparation donne corps à la recherche, en inscrivant notamment une histoire individuelle au sein d'une histoire collective. Ainsi, le sentiment personnel aigu de perte et le trauma qui l'accompagne, inscrits au sein d'évènements historiques en lien avec les guerres et la politique linguistique tournée vers le monolinguisme contribuent à libérer le silence qui se couple au vide. Mettre en mots une réparation a consisté à mettre en mots le vide ressenti lié à l'absence de transmission et la souffrance qui l'a accompagnée. Enfin, si le texte fait cas d'une poche trouée pour la langue perdue, le lien à Haïda Gwaii se manifeste par la rencontre de poches pleines de symboles.
Thesis resume
This research-creation project examines the issue of the mother tongue and its non-transmission through writing between languages. It creates a link between two stories. One concerns the language I consider to be my mother tongue, although it has not been passed on to me: Franconian, or Platt as it is known to its speakers, spoken on the French-German border in Moselle (France). The other concerns Haida Gwaii, a Canadian archipelago south of Alaska, where I went in search of the Haida language, a language that is endangered but undergoing revitalization. I question the the future of the individual, in their flesh, when they have experienced the uprooting of their mother tongue, taking into account forces of domination and power. The thesis comprises two documents: Je parle pas la langue is a poetic text made up of fragments about borders, languages, and the intercontinental quest to find my mother tongue. It is characterized by the use of several languages: French, German, Platt, English, and Italian. Most of the fragments were written in creative writing workshops that I myself led as part for the association Les Mots Voyageurs. Désir et création entre les langues conceptualizes the exchanges that took place during the multilingual writing workshops that gave rise to the poetic fragments. It highlights the thinking of the poets and thinkers who contributed to the creative momentum, particularly in heterolingual writing, as well as the discussions I led as a writing workshop facilitator on writing between languages. Generically it is unusual: it takes the form of a dialogue around the writing table. The last chapter contains “I will go to Haida Gwaii”, a “sensitive essay” based on an anthropological and linguistic approach to the Canadian First Nations archipelago, where I encountered speakers of the Haida language. In this essay, I attempt to weave an unlikely link between Franconian and Haida, to elucidate how my encounter with this language, threatened with extinction like as were the people who spoke it, influenced the writing of my own text. The latter is imbued with a desire for multiple languages, which translates into a vital desire for words in any language. The so-called foreign languages, which appear in fragments, are considered holes or tears in the body of the French text, but also in the body of the speaker. This translates into an organic relationship with language, characterized by an extreme sensitivity to the vibratory resonance made up of echoes that one hears or feels inside a cave. The notion of passing through is fundamental because the fragments in foreign languages form ways through or bridges, meaning physical and psychological boundaries that must be crossed. At the heart of the writing process, the notion of healing gives substance to the research, notably by inscribing an individual story within a collective history. Thus, the acute personal sense of loss and the accompanying trauma, embedded in historical events linked to wars and language policies geared towards monolingualism, help to break the silence that goes hand in hand with emptiness. Putting reparation into words meant putting into words the emptiness felt due to the lack of transmission and the suffering that accompanied it. Finally, while the text refers to a hole in the pocket for the lost language, the link to Haida Gwaii is manifested through the encounter with pockets full of symbols.