Soutenance de thèse de GRONDIN--EXBRAYAT Alodie
Titre de thèse
Effets fluides et cinétiques non linéaires de l'instabilité en arête de poisson dans les plasmas Tokamak
Fluid and Kinetic Nonlinear Effects of the Fishbone Instability in Tokamak Plasmas
Résumé de la thèse
Cette thèse porte sur l'étude de la dynamique non linéaire de l'instabilité en arête de poisson, un mode de particules énergétiques (EPM fishbone) déclenché par les gradients dans la distribution des particules énergétiques (EP) profondément piégées, dont la caractéristique est déterminée par la dynamique des EP en tant que fréquence. Cette instabilité entraîne un transport des particules énergétiques dans le tokamak, ce qui dégrade les performances de confinement et réduit l'efficacité globale de l'installation.
À l'aide d'un modèle hybride cinétique-MHD réduit, ce travail analyse l'effet les non-linéarités dans la dynamique des EP et la réponse thermique du plasma agissent sur l'évolution de la saturation et de la fréquence (évolution de la fréquence au cours du temps). Un modèle théorique simplifié est d'abord dérivé, réduisant l'espace de phase des EP à un couple angle/action en se concentrant sur la résonance avec la fréquence de précession toroïdale. Le modèle hybride traite les EP de manière non perturbative, permettant à la structure modale et à la fréquence d'émerger de manière cohérente. La mise en œuvre numérique est ensuite comparée, soulignant les différences fondamentales entre le mode de kink interne résistif et l'EPM fishbone : alors que le kink est entraîné par le profil de courant d'équilibre et résonne à la surface q = 1, le fishbone est un mode cinétique résonnant global déstabilisé par le gradient de la fonction de distribution des EP.
L'analyse non linéaire démontre que les non-linéarités cinétiques de l'EP sont essentielles pour la saturation dans le cas de l'EPM. Les non-linéarités MHD, en particulier la génération non linéaire d'un flux zonal, ont un impact important sur la dynamique du mode en modifiant la synchronisation entre la précession de l'EP et la fréquence du mode. Cet effet empêche la diminution de fréquence, prolonge l'interaction résonante et augmente le niveau de saturation. La redistribution EP qui en résulte aplatit la fonction de distribution à l'intérieur de la surface q = 1. Ces mécanismes semblent persister pour un entraînement EP plus élevé (loin du seuil), bien que tous les processus se produisent à des échelles de temps plus rapides.
Enfin, le mode de kink résistif interne est analysé en présence d'EP. À haute résistivité, le kink domine et sature par reconnexion magnétique, ce qui forme un îlot magnétique et aplatit le profil de courant. L'EP peut interagir avec le mode, mais ne modifie pas fondamentalement le mécanisme de saturation du kink. Cela contraste fortement avec l'EPM fishbone, qui ne repose pas sur la reconnexion, mais plutôt sur le transport EP.
Enfin, l'étude met en évidence les mécanismes de saturation non linéaires distincts, des modes kink entraînés par le courant et des modes fishbone entraînés par la pression, soulignant l'importance centrale du couplage cinétique-MHD non linéaire dans le comportement des EPM dans les tokamaks.
Thesis resume
This thesis investigates the nonlinear dynamics of the fishbone instability, an energetic particle mode (EPM) driven by gradients in the distribution of deeply trapped energetic particles (EP) having characteristic determined by the EP dynamics as the frequency. This instability leads to EP transport within the tokamak, thereby reducing overall confinement performance and operational efficiency.
Using a hybrid kinetic–reduced MHD model, the work analyzes how nonlinearities in both EP dynamics and the thermal plasma response act on the evolution of the saturation and the frequency (chirping).
A simplified theoretical model is first derived, reducing the EP phase space to an angle/action couple by focusing on the toroidal precessional resonance. The hybrid model treats EP non-perturbatively, allowing the mode structure and frequency to emerge self-consistently. The numerical implementation is then benchmarked, highlighting the fundamental differences between the resistive internal kink mode and the fishbone EPM: while the kink is driven by the equilibrium current profile and resonates at the q = 1 surface, the fishbone is a global resonant kinetic mode destabilized by EP distribution function gradient.
The nonlinear analysis demonstrates that EP kinetic nonlinearities are essential for saturation of EPM. MHD nonlinearities, in particular the nonlinear generation of a zonal flow, strongly impact the mode dynamics by modifying the synchronization between the EP precession and the mode frequency. This effect prevents down-chirping, extends the resonant interaction, and increases the saturation level. The resulting EP redistribution flattens the distribution function inside the q = 1 surface. These mechanisms seem to persist for higher EP drives (far from the threshold), although all processes occur on faster timescales.
Finally, the internal resistive kink mode is analyzed in the presence of EP. At high resistivity, the kink dominates and saturates through magnetic reconnection, which forms a magnetic island and flattens the current profile. EP can interact with the mode but do not fundamentally change the kink saturation mechanism. This contrasts sharply with the fishbone EPM, which does not rely on reconnection but rather on EP transport.
Finally, the study highlight the distinct nonlinear saturation mechanisms, of current-driven kink modes and kinetic resonant fishbone modes, emphasizing the central importance of nonlinear kinetic–MHD coupling in the study of EPM in tokamaks.