Soutenance de thèse de DUJARDIN Fanny
Titre de thèse
Ecrire avec les voix des autres : pratiques, poétiques et politiques du documentaire sonore
Writting with the voices of others : practices, poetics and politics of sound documentary
Résumé de la thèse
Depuis la fin des années 1960, le documentaire radiophonique s'affirme comme un art accordant une place privilégiée à la parole des anonymes. Qu'iels se définissent comme journalistes, créateur·ices, documentaristes ou artistes, des auteur·ices vont à la rencontre de personnes ordinaires et enregistrent leurs voix pour en faire un récit sonore. Cette « mise en ondes » soulève de nombreuses questions éthiques et esthétiques. En effet, la sociologie critique, les épistémologies féministes et les études post-coloniales ont mis en avant que la production d'un discours sur l'autre est traversée par des enjeux de pouvoir. Ainsi, les représentations documentaires, en particulier lorsqu'elles mettent en scène des personnes structurellement dominées, peuvent être interrogées sous l'angle de leur souci de responsabilité. Que signifie alors écrire avec les voix des autres, dans le cas spécifique des documentaires sonores et radiophoniques ? Dans une perspective matérialiste, cette thèse propose d'abord une généalogie de la captation et de la diffusion des voix ordinaires, depuis l'invention du phonographe à la fin du XIXe siècle, jusqu'à l'émergence du podcast au XXIe siècle. Puis, à travers une enquête par entretiens auprès d'auteur·ices contemporain·es, elle dévoile les pratiques concrètes qui permettent de « produire » la parole de l'autre sur le terrain, avant d'étudier les politiques de la représentation qui guident l'agencement des sons enregistrés au sein du « texte » radiophonique. Enfin, selon une méthode de recherche-création, les réalisations documentaires de l'autrice achèvent d'explorer de l'intérieur l'inquiétude éthique qui traverse l'écriture avec la voix d'autrui.
Thesis resume
Since the end of the 1960s, radio documentaries have emerged as a field art that gives a privileged place to the voice of the anonymous. Whether they define themselves as journalists, creators, documentary makers or sound artists, authors meet ordinary people and record their voices to create an audio narrative. The broadcasting of other people's voices raises numerous questions, both ethical and aesthetic. Indeed, critical sociology, feminist epistemologies and post-colonial studies have highlighted the fact that the production of a discourse on the other is affected by issues of power. Thus, documentary representations, particularly when they feature structurally dominated people, can be interrogated from the angle of their concern for responsibility. What does it means to write with the voices of others in the specific case of sound and radio documentaries ? From a materialist perspective, this thesis first proposes a genealogy of capturing and broadcasting ordinary voices, from the invention of the phonograph at the end of the 19th century, to the emergence of the podcast in the 21st century. Then, through a survey of interviews with contemporary authors, it reveals the concrete practices that enable them to “produce” the word of others in the field, before studying the politics of representation that guide the arrangement of recorded sounds within the radio “text”. Finally, using a research-creation method, the author's documentary productions explore from within the ethical concerns that run through writing with the voices of others.