Soutenance de thèse de KERMET Laurent


Titre de thèse

Arbitrage et droit pénal

Arbitration and Criminal Law

Date

3 juillet 2025 à 14h00

Adresse

3 avenue Robert Schuman, Bâtiment Pouillon, 13100, Aix-en-Provence, Salle du Conseil numéro 1 (Bâtiment Pouillon)

Ecole doctorale

Sciences Juridiques et Politiques

Specialité

Doctorat en droit spécialité Droit privé

Etablissement

Aix-Marseille Université

Mots clés

Droit pénal,Droit comparé,Droit de l'arbitrage,Procédure civile,Droit international,

Keywords

International Law,Criminal Law,Arbitration Law,

Jury

Jury de thèse
Qualité Nom Etablissement
Professeur agrégé M. MOURALIS Denis Aix Marseille Université
Professeur des universités M. CLAY Thomas Université Paris I Panthéon Sorbonne
Professeur des universités M. COURT DE FONTMICHEL Maximin Université Paris-Saclay
Professeure des universités Mme CLAVEL Sandrine Université Paris-Saclay
Professeur des universités M. BONFILS Philippe Aix-Marseille Université

Résumé de la thèse

La dialectique entre autonomie et contrainte explique les interactions entre arbitrage et droit pénal. La présente thèse s'attache à explorer les relations complexes, parfois paradoxales, entre deux disciplines juridiques a priori hétérogènes : l'arbitrage, justice privée contractuellement instituée, et le droit pénal, expression souveraine de la puissance répressive étatique. Au cœur de cette étude réside une tension fondatrice entre les aspirations autonomistes de l'arbitrage et les logiques contraignantes inhérentes au droit pénal. Si l'arbitrage se définit par une autonomie consubstantielle – tant institutionnelle que fonctionnelle –, le droit pénal incarne, en revanche, l'autorité de l'État dans sa plus pure expression. Cette opposition devient le lieu d'un dialogue fécond mais conflictuel, qui met en évidence des zones de frictions croissantes. La thèse s'inscrit dans une problématique centrale : jusqu'où l'arbitrage peut-il revendiquer une autonomie face au droit pénal ?

La première partie de la thèse consiste d'abord à rappeler une double autonomie de l'arbitrage à l'égard du droit pénal, tant sur le plan procédural que substantiel. Sur le plan procédural, les juridictions arbitrales conservent leur compétence et leur autonomie d'instance même en présence de procédures pénales parallèles. Sur le plan substantiel, bien que les arbitres aient, malgré une idée reçue, le pouvoir de caractériser des infractions, ils choisissent souvent d'analyser ces infractions – notamment la corruption – à l'aune de normes extra-pénales plutôt qu'au regard du droit pénal positif. Du reste, l'arbitre dispose d'instruments adéquats pour régler l'influence du droit pénal étranger à la lex contractus – notamment par le recours à la théorie des lois de police étrangères. L'arbitrage demeure également autonome à l'égard de toute règle pénale relative à la preuve, même dans un contexte où l'influence de ces règles semblerait légitime. Cette attitude générale traduit un refus assez méthodique de se soumettre aux règles ou méthodes du droit pénal.

Pour autant, la deuxième partie de la thèse vise à nuancer la force de l'autonomie de l'arbitrage. En effet, le droit pénal exerce plusieurs formes inévitables de contrainte sur l'arbitrage. D'abord, cette contrainte peut se manifester de manière frontale à travers la répression des acteurs de l'arbitrage. La répression des acteurs de l'arbitrage s'explique de deux manières. D'abord, elle frappe ceux qui portent atteinte à l'intégrité du processus arbitral (corruption d'arbitres, faux témoignages, escroquerie à la sentence). Les rares exemples tirés de la jurisprudence française et du droit comparé montrent la mobilisation de qualifications classiques du droit pénal. Ensuite, le droit pénal réprime aussi l'usage de l'arbitrage comme instrument de l'infraction (escroquerie à l'arbitrage, sentences simulées). Dans ces hypothèses, l'arbitrage n'est plus le cadre passif de l'infraction, mais l'outil actif de sa commission. Enfin, la contrainte du droit pénal peut aussi s'exercer sur le litige arbitral – les questions de l'influence de l'autorité du pénal et de la force probante des décisions pénales se posent en arbitrage. Les décisions pénales peuvent influencer la résolution du litige arbitral : l'arbitre se trouve alors, sinon soumis, du moins influencé par des décisions pénales extérieures à son ordre juridique. Cependant, cette influence grandissante ne devrait pas s'accomplir sans limites.

En conclusion, il y a donc une autonomie réelle de l'arbitrage : préservée en principe, elle peut être altérée dans les faits. Cette tension fondamentale entre liberté et soumission, autonomie et autorité, irrigue l'ensemble du raisonnement et doit servir à révéler, ou au moins rappeler, la complexité des interactions entre justice privée et ordre public pénal dans une société juridique globalisée.


Thesis resume

The dialectic between autonomy and constraint explains the interactions between arbitration and criminal law. At the heart of this study lies a foundational tension between the autonomous aspirations of arbitration and the constraining logic inherent in criminal law. While arbitration is defined by a form of autonomy—both institutional and functional—criminal law represents, by contrast, the purest expression of state authority. This opposition, far from being sterile, gives rise to a productive yet conflictual dialogue that highlights areas of increasing friction. The thesis addresses a central question: to what extent can arbitration, as a private justice mechanism based on contract, claim autonomy in the face of criminal law, an instrument of repressive public order?
The first part of the thesis recalls the double autonomy of arbitration with respect to criminal law, both procedurally and substantively. Procedurally, arbitral tribunals retain their jurisdiction and independence even when parallel criminal proceedings are underway. The negative effect of the compétence-compétence principle, in particular, shields arbitration from being challenged by a criminal judge handling the civil action. Substantively, although arbitrators do, contrary to common belief, have the authority to characterize criminal offences, they often choose to assess such offences—especially corruption—using extra-criminal standards (international public policy, international conventions, public morality) rather than referring to domestic criminal law. Moreover, arbitrators have appropriate tools to address the influence of foreign criminal law on the lex contractus, notably through the use of the theory of overriding mandatory rules. Arbitration also remains independent from criminal evidentiary rules, even in contexts where their application may appear legitimate. This overall approach reflects a relatively systematic refusal to submit to the rules or methods of criminal law.
Nevertheless, the second part of the thesis aims to qualify the strength of arbitration's autonomy. Criminal law does impose several unavoidable forms of constraint on arbitration. First, this constraint may appear directly through the prosecution of individuals involved in arbitration. Such prosecution operates in two ways. First, it targets those who undermine the integrity of the arbitral process (such as bribery of arbitrators, perjury, or fraud related to arbitral awards). The few examples drawn from French case law and comparative law show the use of traditional criminal law concepts to protect arbitration, even if that means resorting to potentially bold analogical reasoning. Second, criminal law also addresses cases where arbitration is used as a tool to commit offences (fraudulent arbitration, fabricated awards). In these situations, arbitration is no longer the passive setting of the offence but becomes an active means of its commission. Finally, criminal law may also affect the arbitral dispute itself. Questions arise regarding the influence of criminal court decisions and their probative value in arbitration. Such decisions can affect how an arbitral dispute is resolved: the arbitrator may find themselves, if not bound, at least influenced by criminal judgments issued outside the arbitral order. However, this growing influence should not be exercised without limits, and must remain compatible with the right to a fair trial and, more broadly, with fundamental rights.