Soutenance de thèse de GAD Nouran


Titre de thèse

Istanbul, capitale des oppositions arabes ?
Exils politiques, mobilisations et production d'une centralité en migration dans la Turquie de l'AKP (2011–2023)

Istanbul: Capital of the Arab Opposition ?
Political Exile, Mobilization, and the Emergence of a Hub for Migration in AKP-Ruled Turkey (2011–2023)

Date

24 juin 2026 à 14h00

Adresse

Espace Philippe Seguin. 31 avenue Jean Dalmas. 13100 Aix-en-Provence, A

Ecole doctorale

Sciences Juridiques et Politiques

Specialité

Doctorat en Science politique

Etablissement

Aix-Marseille Université

Mots clés

Istanbul (Turquie),Exil politique,Migration,Opposition,Mobilisations,

Keywords

Istanbul (Turkey),Political exile,Migration,Opposition,Mobilisations,

Jury

Jury de thèse
Qualité Nom Etablissement
Directrice de recherche Mme MASSICARD ELISE CNRS - Sciences Po CERI
Professeur associé M. LACROIX Stéphane Sciences Po Paris
Directeur de recherche Mme LARZILIERE Pénélope CEPED Université Paris Cité
Maître de conférences M. PEROUSE Jean-François Université Toulouse II
Chargée de recherche Mme VANNETZEL Marie CNRS Aix Marseille Université
Directrice de recherche M. LACROIX Thomas CNRS - Sciences Po CERI

Résumé de la thèse

Cette thèse de science politique porte sur la configuration oppositionnelle née de la coprésence d'exilés politiques en provenance des mondes arabes (principalement Syrie et Egypte) à Istanbul. Ce travail interroge les conditions d'émergence de cette configuration et les recompositions des formes d'engagement politique qu'elle produit en exil. A partir de 2011, et plus nettement après 2013, à la faveur d'une convergence conjoncturelle entre le positionnement idéologique et politique du gouvernement de l'AKP et des forces d'opposition arabes, Istanbul est devenu l'espace de coprésence et de réunion de populations contraintes à l'exil. L'ancrage de ces populations dans des mouvements migratoires sud-sud infra monde musulman sunnite influe sur leurs positionnements politiques. Dans ce contexte, la mobilisation de référentiels identitaires (arabe, musulman) et politiques (révolutions, islamisme, opposition) est un outil pour forger l'image d'Istanbul comme une centralité dans des réseaux plus importants d'oppositions transnationaux. Cette réunion est moins fondée sur un projet politique partagé que sur la condition commune d'opposition à la forclusion – soit le processus de fermeture des possibilités politiques et sociales ouvertes par les révolutions – dans les mondes arabes post 2011.

L'enquête repose sur un terrain mené à Istanbul entre Octobre 2018 et mars 2023, articulant ethnographie, observations et entretiens. Si la dominante idéologique de ce pôle apparaît de prime abord islamiste, la relative liberté d'expression politique en exil produit des dynamiques hétérogènes : désengagement des organisations partisanes, rejet des représentations politiques, et reconversions dans des carrières intellectuelles moins coûteuses que le militantisme. L'espace d'opposition arabe à Istanbul produit un effet de centralité et offre des ressources de légitimations aux acteurs dominants, sans pour autant générer de mobilisation unifiée. La tension entre effet de centralité et fragmentation des luttes nationales invite à penser le transnational comme une ressource de mise en visibilité et de recomposition des engagements en exil.


Thesis resume

This political science dissertation examines the oppositional configuration arising from the co-presence of political exiles from the Arab world (primarily Syria and Egypt) in Istanbul. This work explores the conditions under which this configuration emerged and the resulting transformations in forms of political engagement in exile. From 2011 onward, and more significantly after 2013, due to a convergence of circumstances between the ideological and political positions of the AKP government and Arab opposition forces, Istanbul became a space of co-presence and convergence for populations forced into exile. The embeddedness of these populations in South-South migration within the Sunni Muslim world influences their political stances. In this context, the mobilization of identity-based (Arab, Muslim) and political (revolutions, Islamism, opposition) frameworks serves to shape Istanbul's image as a central hub within larger transnational opposition networks. This meeting is based less on a shared political project than on the common condition of opposing foreclosure (that is, the process of closing off the political and social possibilities opened up by the revolutions) in the post-2011 Arab world.

The research is based on fieldwork conducted in Istanbul between January 2018 and March 2023, combining ethnography, observations, and interviews. While the dominant ideology of this group initially appears Islamist, the relative freedom of political expression in exile produces heterogeneous dynamics: disengagement from partisan organizations, rejection of political representation, and a shift towards intellectual careers less demanding than activism. The space of Arab opposition in Istanbul creates a centralizing effect and offers resources for legitimizing dominant actors, without, however, generating unified mobilization. The tension between this centralizing effect and the fragmentation of national struggles suggests considering the transnational as a resource for increasing the visibility and reshaping commitments in exile.