Soutenance de thèse de TORPOS Cédric


Titre de thèse

Modifier la perception de la justice procédurale des cadres intermédiaires par le recours à des ateliers participatifs : Le rôle intermédiaire de la « Voix » : Cas d'une association gestionnaire d'Ehpad

Changing middle managers' perception of procedural fairness through participatory workshops: the intermediary role of the “voice”: case study of a non-profit organization managing nursing homes

Date

1 décembre 2025 à 14h00

Adresse

Maison de la Recherche 29 Av. Robert Schuman 13100 Aix-en-Provence, Salle de colloque 1 (Bâtiment multimédia, en face de la MDR)

Ecole doctorale

Cognition, Langage, Education

Specialité

Psychologie

Etablissement

Aix-Marseille Université

Mots clés

Justice procédurale,Voix,Cadre intermédiaire,Espaces de discussion,Ehpad,

Keywords

Procedural fairness,Voice,Middle Manager,Discussion spaces,Nursing homes,

Jury

Jury de thèse
Qualité Nom Etablissement
Professeur des universités M. GIRANDOLA Fabien Aix Marseille Université
Professeure Mme GRENIER Corinne KEDGE Business School/CERGAM
Maîtresse de conférences Mme ARRAS-DJABI Melia IAE Paris-Sorbonne Business School
Professeur des universités M. STEINER Dirk Université Côte d'Azur
Professeure Mme MELKONIAN Tessa EM Lyon Business School
Professeur des universités M. SOUVILLE Marc Aix Marseille Université

Résumé de la thèse

Depuis la loi du 2 janvier 2002, le secteur médico-social a progressivement recentré son accompagnement autour du résident, entraînant une évolution notable du rôle et des responsabilités des directeurs d'établissement. Ces derniers occupent désormais une position charnière, confrontés à des enjeux multiples : mise en œuvre des politiques publiques, attentes croissantes des familles, orientations stratégiques de leurs structures, et gestion d'équipes souvent éprouvées. La crise sanitaire liée à la Covid-19 a accentué leur isolement, tout en fragilisant leur confiance envers une gouvernance parfois perçue comme distante, voire opaque.
Dans ce contexte, notre recherche s'inscrit dans le cadre d'une convention CIFRE (2022-2024) et porte sur l'expérimentation d'un travail en équipe projet entre directeurs d'établissements médico-sociaux (EHPAD et résidences autonomie) rassemblés en zones, animées par des directeurs de zone jouant un rôle d'intermédiaire entre le siège de l'association gestionnaire et les établissements. Cette dynamique collaborative est analysée à travers le prisme de la justice procédurale individuelle — entendue comme la perception d'équité des processus décisionnels — et de la voix organisationnelle, définie comme la capacité à s'exprimer et à peser sur les décisions collectives.
La recherche interroge d'abord la manière dont la participation à ces espaces de discussion peut renforcer la perception de justice procédurale chez ces cadres intermédiaires. Elle explore ensuite comment l'expression de la voix individuelle dans ces espaces contribue (ou non) à cette perception. Enfin, elle examine dans quelle mesure le rôle du directeur de zone et la qualité des échanges au sein de ces dispositifs permettent d'instaurer un climat propice à l'évolution de cette perception.
Méthodologiquement, l'étude repose sur un design de cas enchâssé, structuré autour de deux cycles d'ateliers menés dans quatre zones : un premier cycle consacré à la qualité de vie au travail (2022-2023), suivi d'un second sur le taux d'occupation des établissements (2023-2024).
Trois résultats principaux émergent de l'analyse :
1. La participation aux espaces de discussion, contrairement aux hypothèses issues de la littérature, n'améliore pas significativement la perception de justice procédurale individuelle.
2. L'expression de la voix reste limitée par la crainte d'inutilité ou de répercussions, empêchant un effet direct sur cette perception.
3. Cependant, ces espaces favorisent l'émergence de nouvelles formes de voix (critique, valorisante, diplomatique…) et la construction d'un sentiment de justice procédurale entre pairs, malgré une persistance du sentiment d'injustice vis-à-vis du siège.
En somme, notre recherche montre que face à une gouvernance perçue comme peu équitable, les directeurs tendent à se replier sur leur établissement, renforçant leur engagement local mais affaiblissant leur lien à la structure centrale. Si les espaces de discussion se révèlent être des outils pertinents de subsidiarité et de circulation de la parole, ils demeurent insuffisants, en l'état, pour transformer en profondeur la relation hiérarchique.


Thesis resume

Since the 2002-2 law, the French medico-social sector has placed residents at the heart of support and care practices, leading to a transformation in how facility directors perceive and exercise their roles. Today, they find themselves at the crossroads of major challenges: implementing public policy, meeting families' expectations, steering the strategic direction of their organizations, and managing teams. The Covid-19 crisis has intensified their sense of isolation and eroded their trust in the governance of their organizations, which is sometimes seen as distant and lacking transparency.
Our research, conducted as part of a CIFRE doctoral contract (2022–2024), examines the implementation of project-based teamwork among facility directors within an association managing nursing homes and assisted living residences. These establishments are grouped by zone, each coordinated by a zone director who serves as a liaison between the facility directors and the central office. The study explores how this collaborative dynamic influences directors' perceptions of individual procedural justice (i.e., the fairness of processes and decision-making rules) and their voice—their ability to express themselves and influence decisions. Voice is considered a key driver of innovation and engagement, whereas organizational silence, its opposite, tends to hinder collective dynamics.
We first examine how participation in discussion spaces contributes to strengthening facility directors' perceptions of procedural justice. We then analyze how the reinforcement of individual voice within these spaces affects those perceptions. Finally, we investigate how the role of the zone director and the nature of conversations within these spaces can help create a context that supports a more positive perception of procedural justice.
The study follows an embedded case study design, structured around two workshop cycles conducted in four zones: the first focused on quality of work life (2022–2023), the second on occupancy rates (2023–2024).
Three key findings emerge:
1. Contrary to expectations in the literature, participation in discussion spaces does not significantly improve individual perceptions of procedural justice.
2. The expression of voice has no direct impact, hindered by doubts about its effectiveness and fear of potential repercussions.
3. Nevertheless, the discussions facilitate the emergence of new forms of voice (constructive, critical, diplomatic, etc.) and the development of a climate of procedural justice among peers, even as vertical relations with headquarters remain perceived as unjust.
Ultimately, the research highlights that when facing perceived procedural injustice, facility directors tend to withdraw into their local establishments, strengthening local engagement but weakening their connection with central governance. While discussion spaces are useful tools for subsidiarity and sharing perspectives, they remain insufficient—on their own—to transform hierarchical relationships.