Soutenance de thèse de GOUTEUX Mathilde
Titre de thèse
Composer l'organisation alternative par la dissonance.
Étude des pratiques de commoning et de régénérescence coopérative au sein d'une friche culturelle constituée en SCIC.
Composing alternative organization through dissonance.
A study of commoning and cooperative regeneration practices in a multi-stakeholder cultural hub.
Résumé de la thèse
Ancrée dans une vision pragmatiste de l'organisation alternative, cette thèse contribue à l'étude des pratiques et processus de démocratisation des organisations à travers la gestion collective des ressources. Elle s'attache plus précisément à analyser les modalités de l'organizing alternatif, via la production et gestion collectives d'un espace culturel sur un territoire urbain.
Réalisée en Cifre, la recherche repose sur une étude de cas de la Friche la Belle de Mai, une friche culturelle constituée en SCIC, engagée dans la fabrique d'un commun urbain et culturel. En y étudiant les pratiques et processus à l'œuvre, la thèse apporte des éléments empiriques pour penser le rapprochement entre la SCIC, conceptualisée depuis la perspective de l'organizing alternatif, et le commoning. Le cas de la Friche permet un dialogue fécond entre ces deux corpus théoriques depuis une vision dynamique et critique. D'un côté, la littérature sur les SCIC éclaire les tensions inhérentes aux organisations multi-parties prenantes, les dynamiques de dégénérescence liées à l'hétérogénéité interne et aux pressions du système dominant, ainsi que les pratiques de régénérescence qui infléchissent cette trajectoire. De l'autre, les travaux sur le commoning cadrent l'analyse depuis les notions d'adaptabilité, de robustesse organisationnelle et de création collective des règles et usages dans une perspective de défense des droits fondamentaux et de réappropriation des ressources.
Le travail de périodisation de l'histoire de la Friche retrace en quatre séquences la trajectoire de la fabrique d'une alternative, dont le long processus d'institutionnalisation s'achève par un renouveau coopératif. L'identification des tensions d'appartenance dans la construction d'un commun par une SCIC amène à considérer la dissonance comme une dimension constitutive de l'organisation alternative, et comme enjeu central de sa gouvernance. En tant que plurivocalité, elle constitue une condition démocratique. En tant qu'usage actif de logiques contradictoires, elle permet à l'organisation de naviguer entre dégénérescence et régénérescence : c'est-à-dire entre affaiblissement et renouvellement des pratiques démocratiques et des idéaux politiques du projet. La thèse s'attache alors à l'étude des pratiques et processus de commoning permettant d'organiser la dissonance. Elle met en lumière l'outillage favorisant l'encapacitation à la participation et l'émergence de postures coopératives. Cette organisation de la dissonance suppose une gouvernance adaptative et introduit la notion de révisabilité démocratique.
À l'intersection des SCIC et des communs, cette thèse propose donc la dissonance comme principe structurant de l'organisation alternative, en tant que modalité de l'enquête collective. Elle en fait le garant de sa dimension démocratique, de sa robustesse organisationnelle et de son adaptabilité. Appliquée à chaque littérature, elle nourrit d'une part les réflexions sur les dynamiques de régénérescence et de gestion d'un multi-sociétariat au sein des SCIC, d'autre part, elle contribue à formaliser des principes régissant les pratiques de commoning dans les communs urbains. Elle ambitionne ainsi d'ouvrir la voie à l'étude des pratiques de réencastrement de l'économie pour observer les organisations alternatives dans l'Anthropocène.
Thesis resume
Embracing a pragmatist vision of alternative organizing, this thesis contributes to the study of practices and processes of democratization of organizations through the collective management of resources. More specifically, it analyzes the modalities of alternative organizing, via the collective production and management of a cultural space in an urban context.
The research was carried out within a Cifre research program and based on a case study of La Friche la Belle de Mai. La Friche is a cultural hub structured as a SCIC (French multi-stakeholder cooperative status), engaged in the creation of an urban cultural common. By studying the practices and processes at work there, the thesis provides empirical elements for bringing together the SCIC model, conceptualized from the perspective of alternative organizing, and the commoning practices. The case of La Friche enables a fruitful dialogue between these two literatures from a dynamic and critical perspective. The literature on SCICs sheds light on the tensions inherent in multi-stakeholder organizations, the dynamics of degeneration linked to internal heterogeneity and the pressures from the dominant system, and the practices of regeneration that bend this trajectory. The analysis of commoning practices is framed by notions of adaptability, organizational robustness and the collective creation of rules and practices, with a view to defending fundamental rights and reappropriating resources.
The periodization of La Friche is broken down into four sequences and traces the trajectory of an alternative organization, whose long process of institutionalization culminates in a cooperative revival. The identification of belonging tensions arising from the construction of a common by a SCIC leads us to consider dissonance as a constitutive dimension of the alternative organization, and as a central issue in its governance. As plurivocality, it constitutes a democratic condition. As the active use of contradictory logics, it enables the organization to navigate between degeneration and regeneration: in other words, between the weakening and renewal of democratic practices and the project's political ideals. This thesis examines the commoning practices and processes used to organize dissonance. It sheds light on the tools that enable empowerment, participation, and the emergence of cooperative postures. This organization of dissonance presupposes adaptive governance and introduces the notion of democratic revisability.
At the intersection of SCICs and the commons, this thesis therefore proposes dissonance as a structuring principle of alternative organization, as a modality of collective inquiry. It makes it the safeguard of its democratic dimension, organizational robustness and adaptability. Applied to each of these literatures, it feeds reflections on the dynamics of regeneration and management of a multi-stakeholders within SCICs, on the one hand, and contributes to formalizing the principles governing commoning practices in urban commons, on the other. The aim is to pave the way for the study of re-embedding practices as a way of observing alternative organizations in the Anthropocene.