Soutenance de thèse de JULIEN Cory


Titre de thèse

Etude des trajectoires psychopathologiques à partir d'un Trouble de Stress Aigu : rôle des (méta-)émotions dans la dissociation péritraumatique

Study of psychopathological trajectories from Acute Stress Disorder: role of (meta-)emotions in peritraumatic dissociation

Date

6 October 2025 à 9h00

Adresse

Faculté des arts, lettres, langues et sciences humaines d'Aix-Marseille 29 avenue Robert Schuman, 13100 Aix-en-Provence, Colloque 1

Ecole doctorale

Cognition, Langage, Education

Specialité

Psychologie

Etablissement

Aix-Marseille Université

Mots clés

Traumatisme psychique,Dissociation péritraumatique,Stress aigu,Compétences émotionnelles,Méta-émotion,

Keywords

Psychotrauma,Peritraumatic dissociation,Acute stress,Emotional skills,Meta-emotion,

Jury

Jury de thèse
Qualité Nom Etablissement
Professeur des universités M. BREJARD Vincent Aix Marseille Université
Professeur des universités - praticien hospitalier M. EL-HAGE Wissam Université de Tours
Maîtresse de conférences Mme SOUBELET Andrea Université Nice Côte d'Azur
Professeure des universités Mme BUNGENER Catherine Université Paris Cité
Professeure des universités Mme BONNET-SUARD Agnès Université Lumière Lyon 2

Résumé de la thèse

Introduction : La phase aiguë suivant un événement traumatique (dans les 30 jours post-événement) constitue une période transitoire, marquée par des symptômes intenses, et joue un rôle clé dans le risque de chronicisation du Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT). Parmi les réactions précoces, la dissociation péritraumatique — réaction brève vécue pendant ou peu après l'événement — est reconnue comme un prédicteur majeur du TSPT. Si elle peut représenter un mécanisme d'adaptation favorisant la survie psychique, sa trajectoire au fil du temps reste encore mal comprise. À la suite d'un traumatisme, les profils cliniques présentent une grande hétérogénéité, souvent compliquée par l'apparition de comorbidités fréquentes. Cette complexité rend la prise en charge difficile et souligne la nécessité d'explorer davantage certaines dimensions encore peu intégrées dans l'analyse clinique, notamment les aspects émotionnels et méta-émotionnels.
Objectifs : L'objectif principal de cette thèse est d'approfondir la compréhension de la dissociation péritraumatique, en particulier à travers les dimensions émotionnelles et méta-émotionnelles, afin de mieux cerner son rôle dans le processus de chronicisation des symptômes traumatiques et des comorbidités co-occurrentes.
Méthode : Trois études ont été menées au sein de l'Unité Psychotrauma de Marseille. La première, de nature transversale, explore les liens entre la dissociation péritraumatique et différentes compétences émotionnelles et méta-émotionnelles, telles que la tolérance à la détresse, la non-acceptation des émotions négatives, la clarté et la conscience émotionnelles. L'évaluation des profils des participants permet d'examiner de manière exploratoire les associations entre la dissociation péritraumatique et des symptomatologies fréquemment co-occurrentes au traumatisme, notamment les symptômes anxieux et dépressifs, ainsi que l'usage de substances. La deuxième étude, longitudinale, s'attache à retracer les trajectoires psychopathologiques dès la phase aiguë du traumatisme psychique, afin de mieux comprendre le rôle de la dissociation dans l'émergence ou l'aggravation des symptômes traumatiques, anxio-dépressifs, et dans le développement d'un usage problématique de substances. Enfin, la troisième étude adopte une approche qualitative à travers une analyse de discours, dans le but d'explorer l'expérience subjective de la scène traumatique, ainsi que l'impact de l'événement sur les croyances, les représentations et les dynamiques émotionnelles et méta-émotionnelles des victimes.
Résultats : L'étude transversale met en évidence une corrélation significative entre la dissociation péritraumatique, les difficultés de régulation émotionnelle et l'intolérance à la détresse. Ces difficultés apparaissent comme des modérateurs dans la relation entre la dissociation et la symptomatologie traumatique aiguë. Par ailleurs, les profils cliniques les plus sévères se caractérisent par un niveau élevé de dissociation, une symptomatologie anxio-dépressive marquée, ainsi que par la présence de TUS. Sur le plan longitudinal, l'analyse des trajectoires psychopathologiques confirme le rôle central de la dissociation péritraumatique, particulièrement comme prédicteur du développement des symptômes traumatiques et anxieux. Enfin, l'étude qualitative révèle que, loin d'être exclusivement saturé par la description de l'événement traumatique lui-même, le discours des victimes témoigne surtout de la présence d'un conflit cognitif majeur. Celui-ci s'exprime à travers l'émergence de croyances dysfonctionnelles, d'une difficulté à donner du sens à l'expérience, et de l'apparition de méta-émotions négatives dès la phase aiguë.
Conclusion : L'ensemble de ces résultats contribue à une meilleure compréhension des dynamiques à l'œuvre dans la dissociation péritraumatique, et permet d'identifier de nouvelles cibles thérapeutiques précoces, dans l'objectif de prévenir le développement du TSPT.


Thesis resume

Introduction: The acute phase following a traumatic event (within 30 days post-event) is a transitional period marked by intense symptoms, and plays a key role in the risk of chronic Post-Traumatic Stress Disorder (PTSD). Among early reactions, peritraumatic dissociation - a brief reaction experienced during or shortly after the event - is recognized as a major predictor of PTSD. While it may represent a coping mechanism supporting psychic survival, its trajectory over time remains poorly understood. Following trauma, clinical profiles are highly heterogeneous, often complicated by the appearance of frequent comorbidities. This complexity makes the psychological treatment difficult and highlights the need for further exploration, like certain dimensions of emotional and meta-emotional aspects still not fully integrated into clinical analysis.
Objectives: The aim of this thesis is to improve our understanding of peritraumatic dissociation. Focusing on the emotional and meta-emotional dimensions, in order to better identify its role in the chronicization process of traumatic symptoms and co-occurring comorbidities.
Method: Three studies were conducted at the Marseille Psychotrauma Unit. The first, cross-sectional in nature, explores the links between peritraumatic dissociation and various emotional and meta-emotional skills, such as distress tolerance, non-acceptance of negative emotions, emotional clarity and awareness. Evaluation of the participants' profiles enables exploratory examination of associations between peritraumatic dissociation and symptomatologies frequently co-occurring with trauma, notably anxiety and depressive symptoms, as well as substance use. The second study, a longitudinal one, tracing psychopathological trajectories from the acute phase of psychic trauma onwards, in order to better understand the role of dissociation in the emergence or aggravation of traumatic and anxiety-depressive symptoms, and in the development of problematic substance use. Finally, the third study adopts a qualitative approach through discourse analysis, with the aim of exploring the subjective experience of the traumatic scene, as well as the impact of the event on victims' beliefs, representations and emotional and meta-emotional dynamics.
Results: The cross-sectional study revealed a significant correlation between peritraumatic dissociation, emotional regulation difficulties and distress intolerance. These difficulties appear to be moderators in the relationship between dissociation and acute traumatic symptomatology. Furthermore, the most severe clinical profiles were characterized by a high level of dissociation, marked anxiety-depressive symptomatology, and the presence of SUD. Longitudinally, the analysis of psychopathological trajectories confirms the central role of peritraumatic dissociation, particularly as a predictor of the development of traumatic and anxiety symptoms. Finally, the qualitative study reveals that, far from being exclusively saturated by the description of the traumatic event itself, the victims' discourse testifies above all to the presence of a major cognitive conflict. This is expressed through the emergence of dysfunctional beliefs, a difficulty in making sense of the experience, and the appearance of negative meta-emotions as early as the acute phase.
Conclusion: Taken together, these findings contribute to a better understanding of the dynamics involved in peritraumatic dissociation, and help identify new early therapeutic targets, with the aim of preventing the development of PTSD.