Soutenance de thèse de GORIACHUN Daria


Titre de thèse

Le rôle de l'expérience sociale dans l'ancrage des concepts abstraits

The role of social experience in the grounding of abstract concepts

Date

30 September 2025 à 9h30

Adresse

Laboratoire Parole et Langage, 5 Av. Pasteur, 13100 Aix-en-Provence, B011

Ecole doctorale

Cognition, Langage, Education

Specialité

Sciences cognitives

Etablissement

Aix-Marseille Université

Mots clés

concepts abstraits,cognition incarnée,cognition sociale,traitement du langage,sémantique,

Keywords

abstract concepts,grounded cognition,social cognition,language processing,semantics,

Jury

Jury de thèse
Qualité Nom Etablissement
Directeur de recherche M. ZIEGLER Johannes Aix Marseille Université
Professeure des universités Mme GALA Núria Aix-Marseille Université
Professeure Mme BORGHI Anna Sapienza University of Rome
Professeure Mme PEXMAN Penny Western University
Professeure Mme VIGLIOCCO Gabriella University College London
Chargé de recherche M. STRIJKERS Kristof Aix-Marseille Université

Résumé de la thèse

La capacité humaine à comprendre des concepts abstraits, non directement liés à des expériences sensorielles et motrices, pose un défi aux théories psycholinguistiques. Alors que l'acquisition et le traitement des concepts concrets sont facilités par leur ancrage dans la perception et l'action, les concepts abstraits semblent mobiliser d'autres types d'informations. Des recherches récentes suggèrent que les expériences linguistiques, émotionnelles, intéroceptives et sociales pourraient contribuer à leur représentation, mais le rôle spécifique de l'expérience sociale reste relativement peu exploré.
Cette thèse examine l'influence de l'expérience sociale sur le traitement du langage à travers une série d'expériences psycholinguistiques. Elle s'appuie sur deux cadres théoriques soulignant l'importance de cette dimension dans la représentation des concepts abstraits : l'hypothèse des Words as Social Tools, qui met l'accent sur le rôle du contexte social et de l'interaction, et le cadre de la Social Semantics framework, qui définit la ‘socialité' (socialness) comme une propriété sémantique reflétant le degré de valeur sociale d'un mot.
La partie empirique présente une série d'études examinant l'influence de la socialité dans le traitement des mots abstraits et concrets à travers sept expériences : une tâche de décision lexicale à grande échelle, deux tâches de catégorisation sémantique, une tâche de décision lexicale avec amorçage sémantique, et deux tâches de catégorisation sémantique avec amorçage. Dans toutes les études, les effets de la socialité ont été systématiquement comparés à ceux de la valence émotionnelle — variable reconnue pour faciliter le traitement des mots abstraits.
Les résultats montrent que la socialité influençait les performances dans la tâche de décision lexicale à grande échelle, bien que cet effet ne soit pas spécifique aux mots abstraits. Dans les tâches sollicitant un traitement sémantique plus profond, aucun effet clair de la socialité sur le traitement des mots abstraits n'a été observé. Cela vaut tant pour les tâches explicites (ex. : ‘Ce mot est-il social ou non social ?') que pour les tâches implicites (ex. : ‘Ce mot est-il concret ou abstrait ?'). De plus, nos résultats questionnent les théories de l'ancrage emotionel des concepts abstraits, car les effets de la valence n'apparaissent que dans les tâches explicites (ex. : ‘Ce mot est-il affectif ou neutre ?'), mais pas dans les tâches implicites.
Le dernier chapitre empirique décrit une tâche de catégorisation sémantique en dyade, conçue pour examiner l'interaction entre socialité et contexte social dans le traitement des mots abstraits et concrets. L'analyse du comportement coopératif non verbal, à travers la fréquence des regards vers le partenaire, permet d'évaluer l'influence du contexte social.
Les résultats montrent que le contexte social, et en particulier le comportement coopératif, influence le traitement des mots abstraits sociaux. Dans la tâche explicite (socialness categorization task), la socialité a facilité le traitement des mots abstraits chez les participants adoptant un comportement coopératif. En revanche, dans la tâche implicite (concreteness categorization task), ces mots sont traités plus lentement et avec moins de précision chez les participants coopératifs. Cela pourrait indiquer que le contexte social augmente l'incertitude, rendant les mots abstraits sociaux plus concrets.
Dans l'ensemble, ces résultats suggèrent que l'expérience sociale, comprise à la fois comme socialité et comme contexte social, contribue au traitement des mots abstraits. Si la socialité seule ne produit pas d'effets robustes, la présence d'un contexte social influence la manière dont ces mots sont traités. Ces résultats soutiennent l'idée que l'expérience sociale peut servir d'ancrage aux concepts abstraits et influence la manière dont ils sont perçus et compris.


Thesis resume

The human ability to understand abstract concepts that are not directly linked to sensory and motor experiences remains a challenge for theories of language learning and processing. While the acquisition and processing of concrete concepts is facilitated by their grounding in perception and action, abstract concepts lack this direct grounding. Their processing must rely on different types of information. Recent research has suggested that linguistic, emotional, interoceptive, and social experiences may contribute to the representation of abstract concepts, yet the specific role of social experience remains relatively unexplored.
This thesis examines theoretical frameworks that emphasize the role of social experience in the representation of abstract concepts: the Words as Social Tools hypothesis, which highlights the role of social context and interaction, and the Social Semantics framework, which defines socialness as a semantic property reflecting a word's degree of social relevance.
The empirical part of the thesis presents a multi-study investigation into how socialness influences the processing of abstract and concrete words across seven experiments. These include a large-scale lexical decision task, two semantic categorizations tasks, a lexical decision task with semantic priming, and two semantic categorization tasks with semantic priming. Across all studies, the effects of socialness were systematically compared to those of emotional valence - a variable that is considered to facilitate the processing of abstract words.
The results show that socialness influences performance in the large-scale lexical decision experiment, although the effect was not specific to abstract words. In tasks requiring deeper semantic processing, such as semantic categorization tasks, we found no clear effects of socialness on the processing of abstract words. This was the case in both explicit tasks (socialness categorization task: ‘Is this word social or nonsocial?') and implicit ones (concreteness categorization task: ‘Is this word concrete or abstract?'). Furthermore, our results challenge theories of emotional grounding of abstract concepts. In the semantic categorization tasks, we found facilitatory effects of valence only in the tasks where the processing of valence was explicit (valence categorization task: ‘Is this word valenced or neutral?'), but not in the tasks where the processing of valence was implicit (concreteness categorization task ‘Is this word concrete or abstract?').
The final empirical chapter describes a joint semantic categorization task with eye-tracking, designed to examine how socialness and sociality interact in the processing of abstract and concrete words. By integrating eye-tracking into our experiment, we analyzed participants' nonverbal cooperative behaviour by calculating the number of gaze fixations directed towards their partner during the trials.
The results show that the social context, and particularly cooperative behaviour, influence the processing of abstract social words. In the socialness categorization task, socialness facilitated the processing of abstract words in participants who exhibited cooperative behaviour. In contrast, in the concreteness categorization task, abstract social words were processed more slowly and less accurately by cooperative participants. This might suggest that the social context increases uncertainty and makes abstract social words appear more concrete.
Overall, these findings suggest that social experience, including both socialness and sociality, contributes to the processing of abstract words. While socialness alone did not yield consistent effects, the presence of social context influenced how abstract social words were processed. These results provide new evidence that social experience can serve as a form of grounding for abstract concepts, shaping the way they are perceived and understood.