Soutenance de thèse de TROUSSELARD Marion


Titre de thèse

Délibération en éthique clinique et biais cognitifs : la pleine conscience, une ressource individuelle pour la délibération collective ?

Deliberation in Clinical Ethics and Cognitive Biases: Mindfulness as an Individual Resource for Collective Deliberation?

Date

3 July 2025 à 14h00

Adresse

Hôpital d'adultes de la Timone 264, rue Saint Pierre 13005 Marseille, Espace Éthique Méditerranéen - Hôpital d'adultes de la Timone

Ecole doctorale

Recherches Biomédicales

Specialité

RECHERCHES BIOMEDICALES Ethique, Sciences humaines et santé

Etablissement

Aix-Marseille Université

Mots clés

biais cognitifs,délibération,éthique clinique,pleine conscience,

Keywords

cognitive bias,deliberation,clinical ethic,mindfulness,

Jury

Jury de thèse
Qualité Nom Etablissement
Professeur des universités - praticien hospitalier M. MERROT Thierry AMU - AP-HM
Professeur des universités M. GAPENNE Olivier Université de Technologie de Compiègne (UTC)
Professeur des universités - praticien hospitalier Mme ISNARD BAGNIS Corinne Faculté de Santé Sorbonne Université
Professeur des universités M. LE COZ Pierre AMU, ADES / UMR 7268
Professeur des universités M. GZIL Fabrice Université de Paris Saclay, CESP Inserm,
Professeur agrégé M. CANINI Frédéric Université Savoie Montblanc - Laboratoire Universitaire de Psychologie

Résumé de la thèse

Cette thèse explore les biais cognitifs au sein de la délibération éthique en contexte clinique, en mettant en lumière le rôle du fonctionnement en pleine conscience (Mindfulness) comme ressource individuelle pour le discernement et la réflexion collective. La délibération éthique est un processus collectif, rationnel et structuré visant à un jugement moral acceptable par tous. Elle repose sur des règles formelles (e.g., composition du groupe, engagement au raisonnement, disposition à changer de point de vue) et cherche la meilleure décision dans un contexte clinique complexe. Ce processus peut néanmoins être entravé par des biais cognitifs, fondés sur des heuristiques susceptibles de fausser le raisonnement. Bien qu'étudiés en psychologie, ces biais restent peu explorés en délibération éthique clinique, alors qu'ils sont susceptibles de perturber la dynamique de la délibération, notamment en situation émotionnellement chargée ou sous contrainte temporelle. Il existe à ce jour un manque de données sur la manière dont ces biais interagissent avec la délibération en comités d'éthique clinique, tant du point de vue des profils individuels (personnalité, expérience) que des conditions de la délibération (type de dilemme, climat émotionnel) ou encore du collectif.
Un biais central étudié est le biais d'angle mort. Ce méta-biais consiste à ne pas reconnaître ses propres biais tout en les identifiant chez autrui. Deux études l'analysent : la première compare psychiatres et éthiciens sur leur propension au biais d'angle mort, leurs compétences en délibération, leur disposition à la pleine conscience et leur empathie. Les éthiciens — et non les psychiatres, pourtant formés à la réflexion clinique — présentent moins de biais d'angle mort, soulignant l'effet protecteur des compétences propres à la délibération éthique. La seconde étude montre que la fatigue mentale altère le fonctionnement cognitif des soignants, sans affecter directement le biais d'angle mort. La pleine conscience, notamment la présence attentive, pourrait jouer un rôle médiateur.
Un autre volet porte sur le biais de partage d'informations, étudié via un paradigme où la qualité de la décision collective dépend de la mise en commun d'informations uniques. Les résultats ne montrent pas d'avantage pour les experts en éthique par rapport aux sujets naïfs. En revanche, les groupes habitués à collaborer partagent mieux les informations et pourraient décider de façon plus efficiente, suggérant que l'expertise seule ne suffit pas et qu'il faut valoriser les dynamiques relationnelles.
Enfin, une étude en IRMf explore les liens entre pleine conscience, régulation émotionnelle et activité cérébrale au repos, dans les réseaux impliqués dans la délibération (flexibilité cognitive, métacognition). Ces résultats plaident pour l'intégration de la Mindfulness dans la formation des membres de comités d'éthique.
Malgré de nombreux biais méthodologiques, théoriques mais aussi épistémologiques, cette recherche interroge la rationalité dans la discussion en éthique clinique, en soulignant la complexité des facteurs influençant la qualité délibérative. Elle propose de mieux intégrer la connaissance des biais cognitifs et de promouvoir des approches comme la pleine conscience pour enrichir les pratiques et faciliter la délibération.


Thesis resume

This thesis explores cognitive biases within ethical deliberation in clinical settings, highlighting the role of mindfulness as an individual resource for discernment and collective reflection. Ethical deliberation is a collective, rational, and structured process aimed at reaching a morally acceptable judgment for all participants. It relies on formal rules (e.g., group composition, commitment to reasoning, openness to changing one's viewpoint) and seeks the best possible decision in complex clinical contexts. However, this process can be hindered by cognitive biases—mental shortcuts or heuristics likely to distort reasoning. Although well-studied in psychology, these biases remain underexplored in the field of clinical ethical deliberation, despite their potentially significant influence, especially under emotional strain or time pressure. There is a lack of data on how such biases interact with the specific dynamics of ethics committees, both in terms of individual characteristics (e.g., personality, experience) and deliberative conditions (e.g., type of dilemma, emotional climate).
A central bias examined is the bias blind spot: a meta-bias consisting in failing to recognize one's own biases while detecting them in others. Two empirical studies address this bias. The first compares psychiatrists and ethicists in terms of their susceptibility to the bias, their deliberation skills, mindfulness disposition, and empathy. Ethicists—unlike psychiatrists, who are nevertheless trained in clinical reasoning—showed fewer biases, highlighting the protective effect of competencies specific to ethical deliberation. The second study shows that mental fatigue impairs caregivers' overall cognitive functioning without directly affecting the bias blind spot. Mindfulness, particularly present-moment awareness, may play a mediating protective role.
Another section investigates the information-sharing bias, through an experimental paradigm where the quality of collective decision-making depends on the group's ability to share unique information. Results do not show any advantage for ethics experts over lay participants. However, groups with established collaborative habits performed better in information sharing, suggesting that formal expertise alone is insufficient, and that relational dynamics should be emphasized.
Finally, an fMRI study explores the neurophysiological correlates of mindfulness, examining links between mindfulness, emotional regulation, and resting-state brain activity, particularly in networks involved in deliberation (cognitive flexibility, metacognition). These findings support the integration of mindfulness into the training of ethics committee members.
Despite certain methodological, theoretical, and epistemological limitations, this research sheds light on the cognitive mechanisms underlying ethical deliberation in clinical settings and offers avenues for their improvement. It questions the notion of rationality in ethical discussion, revealing the complex factors that influence the quality of deliberation. It calls for greater integration of knowledge about cognitive biases and the promotion of approaches such as mindfulness to enrich ethical practices.