Soutenance de thèse de BASTIDE Agathe


Titre de thèse

Formules, opérations de langage dans et par l'art contemporain

Formulae, language operations in and trough contemporary art

Date

19 September 2024 à 14h00

Adresse

Turbulence (Pôle Arts), Université Aix-Marseille, 4 Pl. Victor Hugo, 13003 Marseille, Galerie

Ecole doctorale

Langues Lettres et Arts

Specialité

ARTS : Arts plastiques

Etablissement

Aix-Marseille Université

Mots clés

Art contemporain,Langage,Performatif,Opérations,Formules,Circulations,

Keywords

Contemporary Art,Language,Performative,Process,Formulas,Circulations,

Jury

Jury de thèse
Qualité Nom Etablissement
Professeur des universités M. FOURMENTRAUX Jean-Paul Aix Marseille Université
Professeur des universités M. MOUGIN Pascal Université Paris Cité
Professeure des universités Mme NACHTERGAEL Magali Université Bordeaux Montaigne
Maître de conférences Mme CORBEL Laurence Université Rennes 2

Résumé de la thèse

Cette thèse, écrite depuis la pratique de l'art, propose de mettre au jour des opérations faites de verbe, dont les effets tiennent à cette constitution, au sein d'œuvres accueillies par le monde de l'art contemporain. Avec la notion de formules, il s'agit d'articuler le performatif (de la visée à l'efficace) à l'opération plastique. Ces formules sont à la fois des énoncés et des manières d'élaborer des pièces, en partage dans les histoires des pratiques littéraires, discursives et artistiques. Nous les situons dans et par l'art contemporain, afin de montrer une circulation des idées, des pièces, des méthodologies et des personnes entre les mondes de l'art, de la littérature et de la recherche. À la suite des tournants linguistique et narratif, le cœur de la thèse se concentre sur les pratiques actuelles et montre une résurgence des relations entre art et langage au début du 21e siècle. À travers l'étude de ces modalités d'existence du langage, cette recherche vise à rendre compte de la spécificité de ces pratiques qui s'incarnent dans des pièces aux existences limites.
Un premier moment d'analyse met en exergue des opérations de langage récurrentes selon un large panorama qui s'étend du Moyen Âge aux années 1970. Il met en lumière l'histoire des influences mutuelles entre la théorie, l'art et la littérature, particulièrement à la fin du 20e siècle avec l'avènement de l'art contemporain. Ces contagions ont mené l'art à sa dé-définition et à l'instauration de pratiques littéraires et théoriques en son sein. Le déploiement de ces hybridations rencontre au début du 21e siècle les mouvements définitoires de la littérature et, dans une certaine mesure, de la recherche en sciences humaines et sociales, faisant finalement advenir une « zone d'indistinction » (Pascal Mougin, 2014) que l'on observe aujourd'hui.
Aussi, cette étude entend montrer les usages du langage qui caractérisent cet endroit de rencontre entre les pratiques, des années 1990 aux années 2020. Nous décrivons les différentes opérations de langage dont elles procèdent, de leur constitution interne dans et par le langage jusqu'à leur réception. Les formules — l'anecdote, l'ekphrasis, la citation, le copié/collé, les énumérations, le nom propre, les conférences-performées et le reenactment — nouent toutes un lien particulier au performatif. Il s'agit finalement de mettre en lumière des modes d'existence des formules (Étienne Souriau, 1943) permettant de préciser leur fonctionnement. Notre analyse s'intéresse ensuite à leurs objets d'immanence (Gérard Genette, 1994) et à leurs mises-en-pièces. Nous observons ainsi une tendance générale à l'allographisation, mais également des allers-retours avec le régime autographique en raison de la multiplication des objets d'immanence.
Enfin, cette recherche décrit les discours produits pour qualifier les relations entre art et langage au début du 21e siècle, ainsi que les effets produits par ces circulations. Elle révèle un revif des échanges d'idées entre ces mondes depuis environ 2010 et un renouvellement de la relation des artistes aux savoirs théoriques. La modification des topographies de l'art ; la circulation des acteurs et actrices montre une transformation de la figure de l'artiste, qui se fait chercheur, écrivain ou poète ; l'inverse étant aussi envisageable selon notre perspective. En dernière instance, cette thèse porte sur la terminologie employée pour décrire l'endroit de ces pratiques artistiques et textuelles, revenant sur différentes notions qui ont cherché à le désigner, sinon à le circonscrire : de la littérature hors du livre (Olivia Rosenthal et Lionel Ruffel) à la néo-littérature (Magali Nachtergael) jusqu'au contemporain littéraire comme art contemporain (Pascal Mougin). Nous proposons, par un retour aux opérations, c'est-à-dire au faire, de dépasser le dualisme qui semble persister par l'usage descriptif du mot « littérature » pour ces pratiques, en tant qu'il renvoie aux canons de la discipline.


Thesis resume

This thesis, written from the practice of art, aims to uncover operations made of words, whose effects are tied to this constitution, within works embraced by the world of contemporary art. With the notion of formulas, it seeks to articulate the performative (from the aim to the effective) to the plastic operation. These formulas are both statements and ways of developing pieces, shared within the histories of literary, discursive, and artistic practices. We situate them in and through contemporary art, to show a circulation of ideas, pieces, methodologies, and people between the worlds of art, literature, and research. Following the linguistic and narrative turns, the core of the thesis focuses on current practices and shows a resurgence of relationships between art and language at the beginning of the 21st century. Through the study of these modalities of language existence, this research aims to account for the specificity of these practices which are embodied in pieces with borderline existences.
A first moment of analysis highlights recurring language operations across a broad panorama extending from the Middle Ages to the 1970s. It sheds light on the history of mutual influences between theory, art, and literature, particularly at the end of the 20th century with the advent of contemporary art. These contagions led to the de-definition of art and the establishment of literary and theoretical practices within it. The unfolding of these hybridizations meets at the beginning of the 21st century the defining movements of literature and, to some extent, research in the humanities and social sciences, ultimately bringing about a "zone of indistinction" (Pascal Mougin, 2014) that we observe today.
Furthermore, this study intends to show the uses of language that characterize this meeting point between practices from the 1990s to the 2020s. We describe the different language operations they proceed from, from their internal constitution in and by language to their reception. The formulas—the anecdote, ekphrasis, citation, copy/paste, enumerations, proper name, performed lectures, and reenactment—all establish a particular link to the performative. Ultimately, it is about highlighting modes of existence of the formulas (Étienne Souriau, 1943) to specify their functioning. Our analysis then focuses on their objects of immanence (Gérard Genette, 1994) and their putting-into-pieces. We thus observe a general trend towards allographization, but also back-and-forth movements with the autographic regime due to the multiplication of objects of immanence.
Finally, this research describes the discourses produced to qualify the relationships between art and language at the beginning of the 21st century, as well as the effects produced by these circulations. It reveals a revival of the exchange of ideas between these worlds since around 2010 and a renewal of the relationship of artists to theoretical knowledge. The modification of the topographies of art; the circulation of actors and actresses shows a transformation of the figure of the artist, who becomes a researcher, writer, or poet; the inverse also being conceivable from our perspective. Ultimately, this thesis addresses the terminology used to describe the place of these artistic and textual practices, revisiting various notions that have sought to designate it, if not circumscribe it: from literature outside the book (Olivia Rosenthal and Lionel Ruffel) to neo-literature (Magali Nachtergael) to literary contemporary as contemporary art (Pascal Mougin). We propose, through a return to operations, that is to say, to doing, to overcome the dualism that seems to persist through the descriptive use of the word "literature" for these practices, as it refers to the canons of the discipline.