Soutenance de thèse de DERRIEN Marie


Titre de thèse

médiation chimique dans les grottes sous-marines : vers une meilleure compréhension du fonctionnement des écosystèmes dans l'océan

chemical mediation in underwater caves: towards a better understanding of how ecosystems function in the ocean

Date

1 January 1970 à h00

Adresse

Bâtiment 4 - Station Marine d'Endoume Chemin de la Batterie des Lions 13007 MARSEILLE, Salle de conférence

Ecole doctorale

Sciences de l'Environnement

Specialité

Sciences de l'environnement: Ecologie

Etablissement

Aix-Marseille Université

Mots clés

Ecologie marine,Médiation chimique,Paysage chimique,Grotte sous-marine,Biodiversité,Métabolomique

Keywords

marine ecology,chemical mediation,porifera,Underwater caves,Biodiversity,Metabolomics

Jury

Jury de thèse
Qualité Nom Etablissement
Directeur de recherche M. PEREZ Thierry Institut Méditerranéen de Biodiversité et d'Ecologie marine et continentale
Directrice de recherche émérite Mme BAGNèRES Anne Geneviève Centre d'Ecologie Fonctionnelle et Evolutive
Directeur de recherche M. CHEVALDONNé Pierre Institut Méditerranéen de Biodiversité et d'Ecologie marine et continentale
Maître de conférences Mme NUGUES Maggy Ecole Pratique des Hautes Etudes
Professeur des universités M. THOMAS Olivier National University of Ireland

Résumé de la thèse

La médiation chimique est un des langages de la Nature. Les organismes détectent et s'échangent des molécules présentes dans leur environnement pour chercher de la nourriture, des partenaires sexuels ou un habitat. Ce mode de communication contribue à la distribution de la biodiversité et au fonctionnement des écosystèmes. Tandis que les fonctions des médiateurs chimiques sont bien connues en milieu terrestre, il existe un manque de connaissances dans le milieu marin.
Les grottes sous-marines ont été choisies comme écosystème modèle car elles abritent des communautés très stables et permettent de s'affranchir de nombreuses sources de variation. L'objectif était de mieux comprendre le rôle fonctionnel des espèces composant les communautés benthiques et leur implication dans les interactions chimiques. Dans 4 grottes ateliers, on a combiné caractérisation de la biodiversité benthique et du paysage chimique de l'écosystème cavernicole à des expériences menées en laboratoire simulant des interactions biotiques potentiellement médiées par des signaux chimiques.
Ces travaux ont apporté une vision détaillée de deux types de communautés cavernicoles, les Grottes Semi-Obscures (GSO) et les Grottes Obscures (GO). Des patrons de biodiversité communs aux milieux cavernicoles ont été confirmés, mais ce travail a aussi révélé la singularité de chaque site étudié. La communauté GSO abrite toujours une plus forte biodiversité que la communauté GO, les éponges dominant ces assemblages. De nombreuses espèces sont retrouvées de grotte en grotte, mais leur occurrence varie énormément dans une communauté. Enfin ces travaux ont révélé une forte diminution du nombre d'espèces pour chaque grotte en seulement 5 ans, des changements de biodiversité liés à l'augmentation de la fréquence des vagues de chaleur marines.
L'instrument I-SMEL a été développé pour capter in situ les paysages chimiques à proximité des GSO et GO, et évaluer la contribution des organismes benthiques. Le traitement des données métabolomiques a ensuite révélé que l'eau de chaque communauté se distinguait par la présence de classes chimiques différentes : en GSO, les alcaloïdes et les terpènes et en GO, les acides gras et les polycétides. En GSO, ces composés pourraient dériver des métabolites spécialisés des espèces d'éponges dominant la communauté. En GO, ces molécules proviendraient plutôt du métabolisme bactérien ou bien correspondraient à des composés réfractaires à la biodégradation s'accumulant dans les parties les plus confinées des grottes. Par conséquent, les quatre grottes naturelles se distinguent plus par leur paysage chimique en GSO qu'en GO.
Les mysidacés de grotte (Hemimysis margalefi) sont des crustacés qui réalisent des migrations circadiennes entre l'intérieur et l'extérieur des grottes. L'influence de différents paysages chimiques de grottes sur le comportement de reconnaissance de l'habitat par les mysidacés a été étudiée. Les résultats ont démontré que chaque population reconnaissait l'eau de sa grotte, mettant alors en évidence un comportement de homing, probablement basé sur la détection de signaux spécifiques à chaque grotte. Dans la mesure où une population donnée de mysidacés ne reconnait pas le paysage chimique spécifique d'une grotte étrangère, on peut imaginer comment des changements de biodiversité benthique en GSO peuvent avoir des conséquences sur le fonctionnement de l'écosystème.
Les résultats de ces recherches devraient ainsi permettre de proposer rapidement un nouveau modèle de fonctionnement des grottes sous-marines, prenant en compte le rôle de la médiation chimique dans les interactions biotiques. Ces travaux ouvrent la porte à d'autres démonstrations du rôle fonctionnel de la médiation chimique dans l'océan. Ces études demeurent cruciales pour mieux comprendre le fonctionnement des écosystèmes, particulièrement dans un contexte où la biodiversité est fortement affectée par les changements environnementaux en cours.


Thesis resume

Chemical mediation is one of the Nature's languages. Organisms detect and exchange molecules present in their environment in order to find food, sexual partners or habitat. This mode of communication significantly contributes to the distribution of biodiversity and to the ecosystem functioning. While the functions of chemical mediators are relatively well known in terrestrial environments, there is a real lack of knowledge in the marine environment.
Underwater caves were chosen as model ecosystem because they are home to rather stable communities of organisms, and thus allow to avoid numerous sources of variation. The general objective was to better understand the functional role of species shaping the benthic communities and their involvement in chemical interactions. Four caves were selected as study sites for the thesis. This work combined the characterization of benthic biodiversity and of chemical seascapes of the water in these cave ecosystems, with laboratory experiments simulating biotic interactions putatively mediated by chemical signals.
These studies provided a detailed view of two types of cave communities: Semi-Dark caves (SD) and Dark caves (D). Their compositions were compared between 4 sites offering different environmental situations. While common biodiversity patterns in cave environments were confirmed, this work also revealed the uniqueness of each studied site. In each cave, the SD community harbors greater biodiversity than the D community, where sponges dominates the assemblages. Although many species are found in common in the different caves, their occurrence can vary greatly between communities. This research also demonstrated that sponge assemblages in SD showed a significant reduction in the number of species in a time frame of only 5 years. These changes in biodiversity are possibly linked to the increasing frequency of marine heatwaves over the last decade.
To record the chemical seascapes near SD and D communities and to assess the contribution of benthic organisms to this composition, the in situ capture instrument I-SMEL was developed. The processing of metabolomic data, obtained through mass spectrometry, revealed that the seawater from each community was distinguished by the presence of different chemical classes: in SD, alkaloids and terpenes, and in D, fatty acids and polyketides. In SD, these compounds may derive from specialized metabolites of sponge species dominating the community. In D, these molecules are likely to come from bacterial metabolism or may correspond to compounds resistant to biodegradation, accumulating in the most confined parts of the caves. Consequently, the four natural caves are more distinct in their chemical seascape in SD than in D.
Cave-dweller mysids (Hemimysis margalefi) are crustaceans performing circadian migrations between the inside and outside of the caves. The influence of different cave chemical seascapes on their behavior of habitat recognition was studied. The results demonstrated that each population recognized the seawater from its own cave, highlighting a homing behavior likely based on the detection of chemical signals specific to each cave. Considering that a given population of mysids does not recognize the specific chemical seascape of another cave, we can imagine how changes in the benthic biodiversity in SD could have consequences for the ecosystem functioning.
The results of this research should allow to the propose a new model of underwater cave functioning, which considers the role of chemical mediation in biotic interactions. This work opens the door to further demonstrations of the functional role of chemical mediation in the ocean. Such studies remain crucial for better understanding ecosystem functioning, especially in a context where biodiversity is heavily impacted by ongoing environmental changes.