Soutenance de thèse de OLIVE Anton


Titre de thèse

Entre le terrain et le musée :
Légitimation partielle du street-art et appropriation intermédiaire de l'espace.

Between the street and the museum: Partial legitimization of street art and intermediate appropriation of space.

Date

18 November 2024 à 14h00

Adresse

Maison méditerranéenne des sciences de l'homme 5 Rue Château de l'Horloge, 13090 Aix-en-Provence, salle Georges Duby

Ecole doctorale

Espaces, Cultures, Sociétés - Aix-Marseille

Specialité

Sociologie

Etablissement

Aix-Marseille Université

Mots clés

street art,institutionnalisation,légitimation,patrimonialisation,gentrification,

Keywords

street art,institutionalization,gentrification,

Jury

Jury de thèse
Qualité Nom Etablissement
Directeur de recherche Mme MAZZELLA Sylvie CNRS / Aix-Marseille Université
Directrice de recherche Mme NAUDIER Delphine CNRS - Université Paris 8
Professeure émérite Mme BACQUé Marie-Hélène Université Paris Nanterre
Directeur de recherche Mme SAPIRO Gisèle CNRS - EHESS
Professeur des universités Mme GIREL Sylvia Aix-Marseille Université
Professeur des universités M. AUTHIER Jean-Yves Université Lyon 2

Résumé de la thèse

Ce travail interroge l'accroissement spectaculaire des projets légaux de street-art dans les villes françaises et européennes dans la dernière décennie. Après une phase de retournement progressif du stigmate social et artistique associé au graffiti à partir des années 2000, on assiste en effet à une explosion de festivals et de parcours de street-art promus par les municipalités depuis la deuxième partie des années 2010.
L'enquête qui soutient cette recherche porte sur le suivi de différents projets de ce type, réalisés dans les villes de Paris, Marseille et Bruxelles. Elle repose sur un large volet qualitatif (entretiens, immersion auprès d'acteur·ices en charge des projets, observations directes dans les lieux concernés), complété à plusieurs reprises par des traitements quantitatifs (ACM, statistiques descriptives). L'objectif général est ainsi d'entrer en détail dans l'homologie entre dimensions sociales, symboliques et morphologiques de l'espace urbain, pour documenter empiriquement les processus menant à des tentatives d'appropriation symbolique de certains quartiers par l'art, et pour les confronter à leurs effets réels.
En revenant sur l'histoire de l'autonomisation d'une pratique spécifique du street-art, et en rendant compte de l'état actuel du champ du street-art français, la thèse s'attache dans un premier temps à identifier une nouvelle phase de la légitimation de cet art, caractérisée par sa prise en charge par les pouvoirs publics locaux dans le cadre de politiques de développement urbain. On montre comment se construisent des coalitions d'acteur·rices qualifiées de « développementalistes » au sens de Clarence Stone, qui se fédèrent autour d'une conception instrumentale du street-art et de ses effets dans la ville. Sans constituer l'unique manière de créer des projets de street-art, cette forme développementaliste acquiert une position hégémonique dans l'espace de la production des fresques murales, et tend à déterminer une modalité dominante de production de street-art dans l'espace urbain, marquée par une forte hétéronomie.
La deuxième partie du travail s'attache alors à identifier les effets esthétiques de cette hégémonie développementaliste, dans le type de fresques produites. En proposant une méthodologie d'analyse du contenu iconographique des œuvres, on met en lumière la manière dont s'impose une uniformité esthétique, caractérisée par la recherche constante de consensus formel, que l'on peut considérer comme la transcription esthétique de l'impératif de consensus qui préside à l'élaboration de ces projets. Cette iconographie développementaliste s'impose progressivement et s'élargit à un nombre croissant de paysages urbains différents, au point qu'elle semble être investie par les acteur·rices concerné·es d'une propension intrinsèque à opérer une transformation urbaine.
La dernière partie de la thèse tente alors de poser empiriquement la question de ce pouvoir transformateur des fresques de street-art. L'imposition dans l'espace de formes esthétiques investies d'un pouvoir symbolique de développement urbain conduit-t'elle nécessairement à un renouvellement effectif de la population des lieux concernés, et dès lors à des logiques de gentrification ? En s'appuyant notamment sur des méthodes issues de la sociologie de la réception, on propose ici d'objectiver le caractère plus ou moins marquant du street-art dans la ville en partant des usages concrets de l'espace urbain engagés par les (multiples) pratiques de visites liées au street-art. Puis on mobilise un cas particulier d'institutionnalisation d'un projet de street-art vandale dans la périphérie parisienne pour interroger l'évolution des usages urbains associés à ce processus. On conclut plutôt qu'à un inévitable phénomène de gentrification, à la structuration et au développement d'appropriations intermédiaires de l'espace urbain.


Thesis resume

This research investigates the remarkable rise in legal street-art projects in French and European cities over the past decade. Following a progressive reversal of the social and artistic stigma associated with graffiti since the 2000s, the second half of the 2010s has seen an explosion of street-art festivals and tours promoted by municipalities.
This study is based on the monitoring of several such projects in the cities of Paris, Marseille, and Brussels. It includes a substantial qualitative component (interviews, immersion with key stakeholders responsible for the projects, direct observations …), supplemented by quantitative analyses (Multiple Correspondence Analysis, descriptive statistics). The overarching objective is to delve into the homology between the social, symbolic, and morphological dimensions of urban space, to empirically document the processes that lead to attempts at symbolic appropriation of space through art, and to confront these processes with their real effects.
The first part of the thesis traces the history of the autonomization of a specific practice of street-art and offers an overview of the current state of the French street-art field. It aims to identify a new phase in the legitimization of this art form, characterized by its incorporation into local government-led urban development policies. The thesis shows how "developmentalist" coalitions of actors, in the sense used by Clarence Stone, coalesce around an instrumental view of street-art and its impact on the city. While not the only way to create street-art projects, this developmentalist form has gained a hegemonic position in the mural production space, becoming the dominant mode of street-art production in urban settings, marked by significant heteronomy.
The second part of the thesis focuses on identifying the aesthetic effects of this developmentalist hegemony in the type of murals produced. By proposing a methodology for analyzing the iconographic content of artworks, the research highlights how an aesthetic uniformity emerges, characterized by the constant pursuit of formal consensus. This can be considered the aesthetic translation of the consensus imperative that governs the development of these projects. This developmentalist iconography is progressively expanding and spreading to an increasing number of urban landscapes, seemingly invested by the relevant actors with an intrinsic capacity to drive urban transformation.
The final part of the thesis empirically addresses the question of whether these street-art murals possess transformative power. Does the imposition of aesthetic forms imbued with the symbolic power of urban development necessarily lead to an actual renewal of the local population and, consequently, to gentrification dynamics? Drawing on methods from the sociology of reception, this section seeks to objectively assess the impact of street-art on the city by examining the concrete uses of urban space shaped by the various practices of street-art tourism. Additionally, it explores a specific case of the institutionalization of a vandal street-art project on the outskirts of Paris to question the evolution of urban uses associated with this process. Rather than concluding with an inevitable phenomenon of gentrification, the thesis points to the structuring and development of intermediate appropriations of urban space.