Soutenance de thèse de DELFAVERO Sébastien
Titre de thèse
De l'urbanisme temporaire à l'urbanisme transactionnel pour une éducation à l'espace public par l'espace public. Un aménageur au jeu de la restitution des espaces publics
From temporary urbanism to transactional urbanism: educating public space through public space. An urban developer in the play of public space restitution
Résumé de la thèse
Marseille. Périmètre de l'EPA Euromediterranée: après plus de 20ans de travaux, les espaces publics livrés de la ZAC Saint Charles-Porte d'Aix à Marseille sont sujets à de multiples turbulences. Contraintes des chantiers, difficultés de gestion et d'entretien, appropriation exclusive par certains groupes et exclusion des personnes les plus vulnérables, comment « activer » et faire fonctionner les espaces publics de cette ZAC en fin de programme, porte d'entrée de Marseille à la charnière du centre-ville et des quartiers Nord ? Comment trouver du jeu pour que les dysfonctionnements ne se traduisent pas par des fermetures (de parc) ou des réponses sécuritaires ?
Cette thèse, emprunte des sciences de l'éducation (Dewey) tout autant que d'urbanisme et
d'aménagement, fait l'hypothèse que le jeu est un moyen de desserrer les contraintes liées à
l'espace. Dans une démarche de recherche-action, un des objectifs de la thèse était de proposer une action consistant à offrir une prise dans l'espace public pour que les pratiquants le saisissent et se l'approprient. Ce faisant, il s'est agi de penser les conditions de possibilité et les modalités de cette brèche ouverte dans l'espace. Empruntant à l'urbanisme temporaire,
l'expérience propose de réfléchir à ce que pourrait être un urbanisme transactionnel, soucieux d'une éducation à l'espace public par l'espace public. En effet, l'éducation ne pourrait-elle pas être mobilisée plus directement dans le projet urbain ? Dans quelle mesure et comment l'urbanisme pourrait-il faire « œuvre de pédagogie » ?
Si, d'un côté, l'éducation joue un rôle primordial dans le développement de la démocratie, et si, de l'autre, nous considérons la correspondance entre les espaces publics dans leur matérialité et l'espace public dans sa dimension politique, l'aménagement des espaces publics ne serait-il pas un moyen de promouvoir des espaces démocratiques ?
Pour ce faire, nous avons cherché à mettre en œuvre une méthode pour activer et
faciliter l'appropriation des espaces publics de la ZAC St-Charles-Porte d'Aix. Celle-ci s'appuie
sur un contre-dispositif léger et permet d'envisager le jeu comme un moyen d'activer un cycle « institution-destitution-restitution » pour se dégager des risques de neutralisations que font peser l'institutionnalisation des pratiques et les modalités classiques de concertation. Il s'agit alors de trouver le moment, dans le processus d'aménagement, où le logiciel top-down d'un aménageur comme l'EPAEM et les pratiques bottom up se croisent et s'alimentent. Cela revient à considérer l'activation de l'espace comme un moment de transmission, dont l'appropriation par les habitants et la restitution par l'aménageur et les collectivités gestionnaires constituent les deux faces d'une même pièce.
La première partie rassemble les éléments préparatoires à l'expérience. Nous avons d'abord
observé les interactions dans l'espace public en portant une attention particulière à la
distribution des groupes dans l'espace et aux rapports qu'ils entretiennent entre eux. Puis, pour mettre en perspective nos résultats, les enfants de deux classes de CE2 du secteur ont été associés à travers un dispositif original, les Ateliers de Découverte Urbaine.
La seconde partie relate la phase d'expérimentation. Le contre-dispositif ludique, léger et
appropriable, réalisé avec des enfants et des structures du quartier, est déployé dans l'espace
public. Il s'agit alors d'explorer les possibilités qu'offre le jeu en matière d'activation des
espaces publics. Peut-il constituer un moyen, pour l'aménageur, de se resituer dans le processus d'aménagement en prenant en compte sa position dominante ?
Thesis resume
Marseille's ZAC Saint-Charles-Porte d'Aix: Challenges and Opportunities in Public Space Activation
After more than 20 years of development, the public spaces delivered as part of the ZAC Saint-Charles-Porte d'Aix in Marseille face several persistent challenges. The ongoing construction, difficulties in management and maintenance, and the exclusive appropriation by certain groups—coupled with the exclusion of more vulnerable populations—have raised critical questions. How can we effectively "activate" these public spaces, ensuring they function well at the intersection of Marseille's city center and the northern districts? Moreover, how can we address dysfunctions without resorting to park closures or security-driven solutions?
This research draws from both the educational theories of John Dewey and the principles of urban planning and development. It posits that introducing elements of play into public spaces can alleviate spatial constraints. Using an action-research methodology, the project sought to create an intervention that would enable users to engage with and take ownership of public spaces. By doing so, it aimed to explore the conditions and frameworks necessary to open up these spaces for broader use. This approach draws on concepts from temporary urbanism but also pushes toward a new model—transactional urbanism—that focuses on educating public space through active engagement.
A central question emerges: Can education be more directly integrated into urban planning projects? How can urbanism itself become a tool for learning and democratic development? Education plays a critical role in fostering democracy, and public spaces, both in their physical and political dimensions, can reflect and reinforce democratic values. Thus, the design and activation of public spaces might serve as a means to cultivate democratic environments.
To explore this, we developed a method aimed at activating and encouraging the appropriation of public spaces within the ZAC Saint-Charles-Porte d'Aix. This method is centered on a lightweight counter-device that uses play as a mechanism to initiate an "institution-destitution-restitution" cycle. This cycle seeks to counteract the risks of neutralization that often accompany the institutionalization of public practices and traditional methods of public consultation. The challenge is to find the point in the planning process where top-down approaches, such as those employed by a developer like EPA Euroméditerranée, intersect with and inform bottom-up community practices. This intersection is viewed as a moment of transmission, where the activation of space leads to a dual process: appropriation by residents and restitution by the developer and managing authorities.
In the first phase of the project, we gathered preliminary data by observing interactions within public spaces, paying close attention to the spatial distribution of different groups and the relationships between them. To further contextualize these findings, we involved local third-grade students in a series of Urban Discovery Workshops.
The second phase involved the experimental deployment of a playful, lightweight counter-device within the public space. This intervention, developed in collaboration with children and neighborhood organizations, was designed to explore the potential of play as a tool for public space activation. The key question addressed was whether play could serve as a means for the developer to reassess and recalibrate their position within the broader planning process, particularly in light of their inherent power dynamics.