Soutenance de thèse de MARCHAND Bastien


Titre de thèse

Au crépuscule d'un mot d'ordre. Contribution à une théorie organisationnelle de la prise : le cas de l'attractivité territoriale

At the twilight of a concept of a slogan. A contribution to an organisational theory of 'prise': the case of territorial attractiveness

Date

16 September 2026 à 14h00

Adresse

Friche Belle de Mai, 41 rue Jobin, 13003 Marseille., -

Ecole doctorale

Sciences Economiques et de Gestion d'Aix-Marseille

Specialité

Sciences de Gestion- Aix-Marseille

Etablissement

Aix-Marseille Université

Mots clés

Attractivité territoriale,Anthropocène,Critique,Cifre,

Keywords

Territorial attractiveness,Anthropocene,Critique,Cifre,

Jury

Jury de thèse
Qualité Nom Etablissement
Professeure émérite M. PARAPONARIS Claude Aix Marseille Université
Associate Professor Mme OTTAVIANI Fiona Grenoble École de Management
Professeur M. BAZIN Yoann Université Paris Nanterre
Professeure Mme MAILHOT Chantale HEC Montréal
Professeur émérite M. COLLETIS Gabriel Université Toulouse Capitol
Enseignant-Chercheur M. LANDIVAR Diego Clermont School of Business
Professeur des universités Mme MOUNOUD Éléonore Central Supélec

Résumé de la thèse

L'Anthropocène épuise les êtres et les choses. Les agencements écologiques disparaissent ; les infrastructures vacillent ; les processus de production et de consommation turbulent ; l'écart se creuse entre les techniques, les stratégies et les finalités organisationnelles et les phénomènes auxquels elles sont censées répondre. Ce formidable mouvement de zombification touche aussi les entités idéelles qui nous régissent et nous façonnent : nos idées, nos concepts, nos catégories épistémologiques, nos mythes, etc.

Il en va ainsi des mots d'ordre de l'action publique territoriale (développement, compétitivité, etc.), dont cette thèse étudie l'un des avatars, l'attractivité. Effectuée en contrat Cifre avec Auxilia Conseil, une association qui aide les organisations territoriales (collectivités, syndicats mixtes, agences, pôles, etc.) dans la fabrique de leurs politiques écologiques, économiques et sociales, elle nous a permis d'enquêter sur une variété de terrains et auprès d'une multitude de personnes, praticiennes ou observatrices, critiques ou favorables aux politiques attractives. Cette thèse prend au sérieux l'obsolescence — bien sûr, contestée, soumise à discussion et en proie aux jeux de pouvoir — qui toucherait aujourd'hui l'attractivité territoriale. Elle permet de mieux cerner les enjeux relatifs à la question de recherche suivante : comment des organisations créées pour et régies par un mot d'ordre en cours d'épuisement tentent-elles de s'en défaire ?

Cette thèse discute des Critical Management Studies (CMS) et contribue aux discussions ayant trait à leur crise — autrement dit, à la critique de la critique. Constatant le peu d'effets positifs et décisifs que la critique gestionnaire produit sur l'expérience des travailleurs et des travailleuses, certains travaux estiment que cette dernière, loin de s'en tenir à dévoiler les mécanismes qui entravent l'émancipation, doit contribuer à l'élaboration, à l'expérimentation et à la diffusion d'améliorations concrètes. Si elle souscrit à une telle additivité de la critique, cette thèse défend la perspective d'une critique soustractive. Elle n'examine pas l'enrôlement des organisations territoriales dans des mots d'ordre alternatifs (habitabilité, hospitalité, robustesse, etc.) —, mais se préoccupe de la manière dont les organisations cherchent à se soustraire du mot d'ordre attractif. Elle se revendique en cela de la récente écologie du démantèlement.

Dans cette optique, elle mobilise la théorie de la prise, issue de la sociologie pragmatiste et forgée pour l'étude d'objets au statut ontologique incertain. Celle-ci n'a, à notre connaissance, pas encore été importée dans le champ organisationnel, malgré son élaboration il y a plus de trente ans. L'opération soustractive étudiée y trouve une formulation intermédiaire. Que signifie prendre un mot d'ordre et comment s'y atteler au plan organisationnel ? Au-delà de son intérêt théorique, c'est la puissance évocatoire qui nous intéresse dans le terme de prise : de la Bastille, d'escalade, de judo, etc. Cette générosité sémiotique renvoie, en retour, aux possibilités stratégiques à la main des organisations. Nous montrons ainsi que, pour se défaire du mot d'ordre attractif, les organisations étudiées cherchent à la fois à avoir prise sur lui, à réduire ses prises et à donner prise à des mots d'ordre alternatifs. Nous complétons la réciprocité préhensive identifiée dans la littérature — avoir prise sur, c'est toujours donner prise à — par une seconde : donner prise ici, c'est toujours laisser moins prise là.


Thesis resume

The Anthropocene is wearing people and things down. The ecological systems that sustained our lives are disappearing; infrastructure is faltering; production and consumption patterns are in turmoil; and the gap is widening between organisational techniques, strategies and objectives, and the phenomena they are supposed to address. This formidable wave of zombification also affects the abstract entities that govern and shape us: our ideas, our concepts, our epistemological categories, our myths, and so on.

This is true of the key themes of local public policy (development, competitiveness, etc.), one of whose manifestations—attractiveness—is examined in this thesis. Carried out under a Cifre contract with Auxilia Conseil, an association that assists local organisations (local authorities, agencies, clusters, etc.) in shaping their environmental, economic and social policies, it enabled us to investigate a variety of contexts and consult a wide range of people, including practitioners and observers, both critics and supporters of attractiveness policies. This thesis takes seriously and bears witness to the obsolescence—which is, of course, contested, open to debate and subject to power struggles—that is said to be affecting territorial attractiveness today. It helps to better identify the issues surrounding the following research question: how do organisations created for and governed by a watchword that is running out of steam attempt to move away from it?

This thesis discusses Critical Management Studies (CMS) and contributes to discussions concerning the crisis within the field — or, in other words, the critique of the critique. Given the limited positive and decisive impact that management critique has on workers' experiences, significant research suggests that, far from merely exposing the mechanisms that hinder emancipation, it must contribute to the development, testing and dissemination of concrete improvements. Whilst endorsing such an additive approach to critique, this thesis also advocates the perspective of a subtractive critique. In this sense, it does not examine the enlistment of local organisations in alternative watchwords (habitability, hospitality, robustness, etc.) — but focuses on the ways in which organisations seek to withdraw from the attractive slogan. In this respect, it draws on the recent ‘ecology of dismantling'.

Hence, the thesis draws on the theory of ‘prise' (seizure, grip, catch, hold), which originates from pragmatist sociology and was developed for the study of objects with an uncertain ontological status. To our knowledge, this theory has not yet been applied to organisation studies, despite having been formulated over thirty years ago. The subtractive operation examined in this thesis finds an intermediate formulation within it. What does it mean to ‘take hold' of a watchword, and how might this be approached at the organisational level? Beyond its theoretical interest, it is the evocative power of the term ‘prise' in the French language that interests us: the storming of the Bastille, the grip to climb a wall, judo hold, and so on. This semiotic richness points to the strategic possibilities available to organisations. We thus demonstrate that, in order to break free from the attractive watchword, the organisations seek simultaneously to gain a hold on it, to reduce its hold, and to give a foothold to alternative watchwords. We thereby supplement the prehensive reciprocity identified in the literature — to have a hold on something is always to give a foothold to something else — with a second principle: to give a foothold here is always to leave less of a foothold there.