Soutenance de thèse de CHEVALLIER Solène


Titre de thèse

LES SOCIÉTÉS PRÉHISTORIQUES AU MIROIR DE LA MOBILITÉ. Le cas de la fin de l'âge du Bronze dans le nord-est de la France à partir des analyses du strontium

Times of (Ex)Change: Mobility and land-management during the Middle and Late Bronze Age in north-eastern France

Date

17 June 2026 à 14h00

Adresse

5 Rue Château de l'Horloge, 13090 Aix-en-Provence, Germaine Tillion

Ecole doctorale

Espaces, Cultures, Sociétés - Aix-Marseille

Specialité

Préhistoire

Etablissement

Aix-Marseille Université

Mots clés

Mobilité,Âge du Bronze,Isotopes du strontium,Gestion du territoire,France,Crémation

Keywords

Mobility,Bronze Age,Strontium isotopes,Land-management,France,Cremated bones

Jury

Jury de thèse
Qualité Nom Etablissement
Directrice de recherche Mme HERRSCHER Estelle Aix Marseille Université - LAMPEA
Professeur des universités M. SNOECK Christophe Vrije Universiteit Brussel
Professeur des universités M. MADGWICK Richard Cardiff University
Professeur des universités M. DE MULDER Guy Ghent University
Responsable de recherches archéologiques, Inrap Mme PEAKE Rebecca Inrap
Professeure des universités Mme VESELKA Barbara Vrije Universiteit Brussel
Maître de conférences M. ORGEOLET Raphaël Aix Marseille Université

Résumé de la thèse

La transition entre le Bronze moyen et le Bronze final (env. 1400 – 1100 BCE) est marquée par d'importantes évolutions culturelles en Europe centrale et occidentale, notamment avec la large diffusion de la pratique de la crémation. Ces transformations ont depuis longtemps suscités des questions sur les processus qui les sous-tendent, la mobilité humaine étant souvent avancée comme un facteur clé. Ce travail constitue la première étude isotopique du strontium appliquée à une population de l'âge du Bronze en France, et vise à explorer les mobilités humaines et l'organisation des territoires, à partir de l'étude d'individus incinérés.
L'étude porte sur deux régions du nord-est de la France : la vallée de la Haute Seine (Bassin parisien) et le Haut-Rhin (Alsace). En combinant l'analyse isotopique du strontium sur des restes humains incinérés avec un référentiel local précis et les données archéologiques et anthropologiques, ce travail propose une approche fine de la mobilité passée et de l'organisation du territoire.
Aucune mobilité récurrente à longue distance n'a été mise en évidence, cependant les deux régions présentent des gestions du territoire local structurées. Dans la vallée de la Haute Seine, les données révèlent une micro-territorialité organisée autour de la Seine et de l'Yonne, avec deux groupes isotopiquement distincts. Des individus inhumés à moins d'un kilomètre de distance consomment des ressources qui proviennent de territoires distincts : la confluence Seine-Yonne ou la vallée de l'Yonne. Malgré cette division, quelques individus se distinguent isotopiquement et documentent une certaine mobilité entre les groupes. Dans le Haut-Rhin, une évolution diachronique est observée au sein de la population du site d'Ensisheim-Réguisheimer Feld. Au fil du temps, la population devient plus homogène isotopiquement, mais moins locale. La nécropole apparaît alors comme un espace funéraire régional qui marque le paysage et regroupe des individus qui viennent de loin, jusqu'à 30 à 50 km de distance.
Dans l'ensemble, la comparaison entre les deux zones d'étude met en évidence une forte variabilité régionale, en lien avec l'organisation des territoires plutôt qu'avec des déplacements de grande distance. Ce travail propose ainsi de repenser les études sur la mobilité humaine, trop souvent restreintes à l'identification d'individus « locaux » et « non locaux », vers une approche plus précise, centrée sur les relations entre les populations et leur environnement. Dans cette perspective, cette thèse contribue à une meilleure compréhension de la gestion des territoires et du rôle de la mobilité dans l'organisation sociale des communautés de l'âge du Bronze.


Thesis resume

The Middle to Late Bronze Age transition (circa. 1400 – 1100 BCE) is marked by major cultural evolution in Central and Western Europe, particularly with the spread of cremation practices. These changes have long raised questions about the processes underlying them, with human mobility often proposed as a key factor. As the first strontium isotope analysis conducted on a Bronze Age population in France, this work aims to explore human mobility and land-management during this period, through the study of cremated individuals.

The study focuses on two regions in north-eastern France: the Upper Seine Valley (Paris Basin) and the Upper Rhine (Alsace). By combining strontium isotope analysis on cremated human remains with detailed local isoscapes, and archaeological and anthropological data, this work provides a comprehensive approach to reconstructing past mobility and territorial organisation.

No evidence for recurrent long-distance mobility is observed, instead, both regions show structured land-management patterns. In the Upper Seine Valley, the data reveals a micro-territoriality organised around the Seine and Yonne river basins, with two isotopically distinct groups. Individuals buried less than one kilometre apart consumed resources from distinct territories, corresponding either to the Seine-Yonne confluence or the Yonne Valley. Despite this separation, some mobility between the groups is visible through isotopic outliers. In the Upper Rhine region, a diachronic shift is observed within the cremated population at Ensisheim – Reguisheimer Feld. Over time, the population becomes more isotopically homogenous but less local. The cemetery stands out as a long-lasting regional burial place, with individuals coming from distances up to 30-50 km away.

Overall, the comparison between the two study areas highlights strong regional variability despite a shared cultural background. Mobility appears to operate mainly at a regional scale, linked to territorial organisation rather than large-scale movements. This study therefore shifts the discussion away from identifying “local” and “non-local” individuals and instead focuses on population-landscape relation. In doing so, it contributes to a better understanding of how territories were managed and how mobility participated in the social organisation of Bronze Age communities.