Soutenance de thèse de HOLM-JENSEN Lea


Titre de thèse

Le partage d'objets au confluent du réel, du symbolique et de l'imaginaire :
Dynamiques psychiques du partage, objet-éprouvant et dispositifs d'arrimage.

Object sharing at the intersection of the Real, the Symbolic, and the Imaginary:
The psychic dynamics of sharing, the trying-object, and anchoring-devices.

Date

7 May 2026 à 14h00

Adresse

MEGA 424 chemin du viaduc 13080 Aix-en-Provence, MEGA

Ecole doctorale

Sciences Economiques et de Gestion d'Aix-Marseille

Specialité

Sciences de Gestion- Aix-Marseille

Etablissement

Aix-Marseille Université

Mots clés

partage d'objet,régulation sociale,psychanalyse,RSI,objet-éprouvant,dispositif d'arrimage

Keywords

object sharing,social regulation,Psychoanalysis,RSI,trying-object,anchoring devices

Jury

Jury de thèse
Qualité Nom Etablissement
Professeur Mme MIKKELSEN Elisaebth Naima Copenhagen Business school
Professeure Mme HAVARD Christelle Burgundy school of Business
Maître de conférences M. PETERSON Jonathan Aix Marseille Universite - CERGAM
Maîtresse de conférences Mme GASTALDI Lise UMR 7317 CNRS - Aix Marseille Université - LEST
Professeur des universités Mme KROHMER Cathy UMR 7317 CNRS - Aix-Marseille Université - LEST
Professeur des universités M. EL AKREMI Assad Toulouse Capitole Université - Toulouse school of management
Professeur M. TASKIN Laurent UCLouvain (Université catholique de Louvain)
Professeur des universités Mme RICHEBE Nathalie Aix Marseille Université - CERGAM

Résumé de la thèse

Cette thèse analyse les conditions de pérennisation du partage d'objets dans une organisation de type tiers-lieu, où l'on vit et travaille ensemble. À partir d'une ethnographie immersive et longitudinale conduite dans un tiers-lieu associatif anonymisé « La Traverse », elle étudie le partage non comme une valeur déclarée, mais comme une pratique ordinaire, située, réglée, répétée et parfois fragile. Elle répond à un double angle mort de la littérature : la focalisation sur les formes de partage médiatisées par le numérique, et la place encore secondaire des objets partagés ordinaires comme point d'entrée analytique pour comprendre, au plus près des pratiques, la fabrication du collectif. La question centrale porte sur les conditions organisationnelles, matérielles et psychiques permettant au partage de se maintenir dans la durée.
La thèse montre que le partage d'objets relève d'un travail organisationnel de régulation toujours en train de se faire et de se défaire. Elle articule la théorie de la régulation sociale (TRS) et la psychanalyse d'orientation lacanienne, en dialogue avec une attention sociomatérielle aux objets et aux pratiques. Sur le plan méthodologique, elle repose sur une ethnographie processuelle combinant observation participante au long cours, entretiens, étude photo-journal commentée et expérimentation située autour d'une machine à café en libre accès ; l'analyse a d'abord progressé de manière inductive, puis s'est structurée selon une logique abductive par allers-retours entre scènes empiriques et littérature.
Quatre propositions sont formulées. (1) Intégrer les objets et les « dispositifs d'arrimage » (post-it, affichages, gestes, rappels, supports matériels et organisationnels) à l'analyse des régulations sociales, car ils participent à rendre les conventions d'usage visibles, praticables et discutables. (2) Reconnaître l'indécidabilité constitutive des conventions d'usage, prises entre préservation de soi et appartenance au collectif : les tensions portent moins sur l'accès aux objets que sur les manières légitimes de les utiliser. (3) Concevoir les objets partagés comme des « objets-éprouvants », qui mettent à l'épreuve le rapport au collectif dans les registres symbolique, imaginaire et réel, et rendent intelligibles des affects intenses autour de situations apparemment triviales. (4) Mobiliser le cadre RSI comme cadre d'articulation et de lecture du partage dans les organisations, afin de relier régulations, matérialités et éprouvés, et de repérer des déséquilibres dans les conditions de tenue du commun.
Les résultats montrent que des objets ordinaires (frigo, machine à laver, machine à café, poêles, couteau, etc.) deviennent des révélateurs d'asymétries de maintien, de seuils de tolérance hétérogènes, de légitimités de rappel, de droits implicites et de retraits. Ils mettent en évidence la fragilité des conventions d'usage et la charge continue de leur maintien. La contribution centrale est de penser le partage non comme une valeur à proclamer, mais comme une pratique dont la pérennisation suppose des appuis organisationnels, matériels et symboliques. Sur le plan pratique, la thèse met en évidence trois conditions de mise en œuvre : rendre visible la charge de maintien (sans moraliser), doter les règles de supports concrets, et clarifier les régimes d'accès, afin de favoriser un partage soutenable et de traiter les objets problématiques comme des révélateurs des fragilités du commun plutôt que comme de simples incidents d'usage.


Thesis resume

The dissertation shows that object sharing involves an ongoing organizational work of regulation, constantly being made and unmade. It articulates Social Regulation Theory (SRT) and Lacanian-oriented psychoanalysis, in dialogue with a sociomaterial attention to objects and practices. Methodologically, it relies on a processual ethnography combining long-term participant observation, interviews, a commented photo-journal study, and a situated experiment involving a freely accessible coffee machine; the analysis first progressed inductively, then was structured abductively through iterative movements between empirical scenes and the literature.
Four propositions are advanced. (1) Objects and “anchoring devices” (post-its, signs, gestures, reminders, material and organizational supports) should be integrated into the analysis of social regulation, because they help make use conventions visible, practicable, and discussable. (2) The constitutive undecidability of use conventions should be recognized, as these conventions are shaped by a tension between self-preservation and belonging to the collective: conflicts concern less access to objects than legitimate ways of using them. (3) Shared objects should be conceptualized as “trying-objects,” (objet-éprouvant) which put one's relation to the collective to the test across the symbolic, imaginary, and real registers, and make intelligible the intensity of affects around seemingly trivial situations. (4) The RSI framework should be mobilized as a framework for articulating and interpreting sharing in organizations, in order to connect regulation, materiality, and lived experience, and to identify imbalances in the conditions that sustain the common.
The findings show that ordinary objects (fridge, washing machine, coffee machine, pans, knife, etc.) become indicators of asymmetries in maintenance work, heterogeneous thresholds of tolerance, legitimacy to remind others, implicit rights, and forms of withdrawal. They highlight the fragility of use conventions and the continuous work required to maintain them. The dissertation's central contribution is to conceptualize sharing not as a value to be proclaimed, but as a practice whose durability depends on organizational, material, and symbolic supports. In practical terms, it identifies three implementation conditions: making maintenance work visible (without moralizing), giving rules concrete supports, and clarifying access regimes, in order to foster sustainable sharing and to treat problematic objects as indicators of fragile zones in the common rather than as mere incidents of use.