Soutenance de thèse de THIERY Sarah


Titre de thèse

La poésie allemande à l'heure de la crise écologique

German Poetry in the wake of the ecological crisis

Date

12 February 2026 à 14h00

Adresse

Universität Trier Universitätsring 15 54296 Trier (Allemagne), B211

Ecole doctorale

Langues Lettres et Arts

Specialité

ETUDES GERMANIQUES

Etablissement

Aix-Marseille Université

Mots clés

poésie allemande,écopoétique,écocritique,crise écologique,éducation au développement durable,littérature et environement,

Keywords

german poetry,ecocriticism,ecological crisis,literature and environment,ecopoetry,Education for Sustainable Development,

Jury

Jury de thèse
Qualité Nom Etablissement
Professeur des universités Mme COLIN Nicole Aix Marseille Université
Full professor Mme SCHÖSSLER Franziska Université de Trèves / Universität Trier (Allemagne)
Professeur des universités M. LACHENY Marc Université de Lorraine
Full professor Mme LIEBRAND Claudia Universität Köln / Université de Cologne (Allemagne)
Professeure des universités Mme BÖHMISCH Susanne Aix-Marseille Université
Full professor M. REGELSBERGER Andreas Université de Trèves / Trier (Allemagne)

Résumé de la thèse

Cette thèse axée sur les études culturelles et l'interdisciplinarité, étudie cinq recueils de poèmes de différents poètes allemands qui abordent le rapport entre l'être humain et la nature face aux crises écologiques. Malgré l'actualité du sujet, les recherches sur la relation entre la littérature et l'environnement ne s'établissent que lentement dans les études germaniques, ce qui s'explique par l'idéologie « Blut und Boden » / « le sang et le sol ». C'est aussi la raison pour laquelle la poésie environnementale a été négligée, bien que ces dernières années, de nombreuses anthologies témoignent du regain d'intérêt des poètes pour les questions écologiques. Cette thèse vise donc à revitaliser ce champ de recherche tout en prenant en compte les implications politiques et idéologiques des poèmes. La thèse débute donc par ces poèmes environnementaux des années 1970 et 1980, écrits sous l'influence de la ‘révolution écologique' internationale, et opte pour une perspective diachronique en se penchant également sur les textes contemporains. Le projet part du constat que l'écopoésie allemande d'aujourd'hui, en abordant les questions sociopolitiques et environnementales liées à la crise climatique, sensibilise à la con-science écologique, mais privilégie d'autres styles d'écriture et stratégies esthétiques que la poésie des années 1970.
À l'aide de visions de mort et de destruction, la poésie écologique des années 1970 et 1980 (Günter Kunert, Sarah Kirsch) met surtout en question l'exploitation, la pollution et la destruction de la planète, associées à une critique de la technologie et à un scepticisme envers tout progrès axé sur la croissance. En revanche, les recueils de poésie (d'Ulrike Draesner, Silke Scheuermann et Marion Poschmann) publiés depuis le début du millénaire traitent davantage des catastrophes naturelles (potentielles ou passé), de l'extinction des espèces et des changements climatiques, qui sont mis en évidence par des formes sémantiques et des approches linguistiques expérimentales. Cette approche per-met de briser les modes de perception existants et d'inciter les lecteurs à réfléchir à leur comportement envers la planète. Face à la crise écologique, la poésie peut ainsi servir d'instrument de perception et de connaissance tout en assumant une fonction sismo-graphique.
Malgré des approches différentes, les recueils de poésie étudiés remettent en question l'hégémonie de l'homme et réclament une nouvelle éthique (de la nature) lorsqu'ils privilégient des perspectives écocentriques ou biocentriques (p. ex. celles des animaux ou des plantes). Pour cela, ils s'appuient souvent sur des programmes romantiques ou des théories et fantasmes prémodernes sur la nature (comme par exemple celui de Mère Nature). De plus, les textes sensibilisent aux enjeux écologiques en rendant visibles les interdépendances entre les êtres humains et les êtres non humains. La dissolution de la dichotomie nature-culture est donc inévitablement liée à une révision et à une correction des esthétiques littéraires ainsi que des connaissances anthropologiques et scientifiques. Cela s'accompagne souvent d'une réflexion (auto)critique sur les concepts de la nature, les traditions littéraires et les méthodes scientifiques qui sont étroitement liées à des questions technologiques, économiques et sociales.
À la suite des close readings, un modèle didactique de Critical Cultural Literacy est proposé pour enseigner la poésie orientée vers l'écologie, dans le cadre d'une éducation au développement durable (EDD). Comme le montre l'exemple du poème « Dodo » de Silke Scheuermann, la lecture « avec » et « contre » le texte peut inciter les élèves à mener une réflexion critique sur les perspectives anthropocentriques, les valeurs sociales et les traditions, la responsabilité écologique et les modes de vie durables.


Thesis resume

This thesis, which focuses on cultural sciences and interdisciplinary research, examines five collections of poems by different German poets addressing the interrelation between humans and nature in the face of ecological crises. Despite the topicality of the subject, research on the relationship between literature and the environment has been slow to establish itself in Germanic studies, which can be explained by the ideology of ‘Blut und Boden' / ‘blood and soil'. This is also the reason why environmental poetry has been neglected, although in recent years, numerous anthologies have witnessed a renewed interest in ecological issues among poets. Therefore, the thesis aims to revitalize this field of research while taking into account the political and ideological implications of poems. It starts with close readings of environmental poems from the 1970s and 1980s, written under the influence of the international ‘ecological revolution', and opts for a diachronic perspective by also looking at contemporary texts. The project begins with the observation that today's German ecopoetry, raises awareness of ecological consciousness by addressing the socio-political and environmental issues related to the climate crisis, but that contemporary poetry favors other writing styles and aesthetic strategies than the poetry of the 1970s.
Using visions of death and destruction, the ecological poetry of the 1970s and 1980s (Günter Kunert, Sarah Kirsch) primarily questions the exploitation, pollution, and destruction of the planet, combined with a critique of technology and skepticism towards any growth-oriented progress. In contrast, poetry collections (by Ulrike Draesner, Silke Scheuermann and Marion Poschmann) published since the beginning of the millennium deal more with natural (potential or past) disasters, species extinction, and climate change, which are highlighted by experimental semantic forms and linguistic approaches. These techniques challenge existing modes of perception and encourage readers to reflect on their behaviour towards the planet. In the face of the ecological crisis, poetry can thus serve as an instrument of perception and knowledge while also assuming a seismographic function.
Despite their different approaches, the five poetry collections call into question the hegemony of humankind and advocate for a new ethics (of nature) by privileging ecocentric or biocentric perspectives (e.g. those of animals or plants). To this end, they often draw on romantic programs or pre-modern theories and fantasies about nature (such as Mother Nature). In addition, the texts raise awareness of ecological issues by highlighting the interdependencies between humans and non-humans. The dissolution of the nature-culture dichotomy is therefore inevitably linked to a revision and correction of literary aesthetics as well as anthropological and scientific knowledge. This often involves a (self-)critical reflection of concepts of nature, literary traditions and scientific methods that are closely linked to technological, economic, and social issues.
Following these findings, a didactic model of Critical Cultural Literacy is proposed for teaching ecology-oriented poetry within the framework of Education for Sustainable Development (ESD). As the example of Silke Scheuermann's poem "Dodo" shows, reading ‘with' and ‘against' the text can encourage students to critically reflect on anthropocentric perspectives, social values and traditions, ecological responsibility, and sustainable lifestyles.