Soutenance de thèse de LABSIS ASSIA


Titre de thèse

L'école contre Elles. L'apartheid invisibilisé des mères.

School against Them. The invisibilized apartheid of mothers.

Date

16 December 2025 à 13h45

Adresse

52 Av. Escadrille Normandie Niemen, bâtiment INSPE, 13013 Marseille, Salle des thèses

Ecole doctorale

Cognition, Langage, Education

Specialité

Sciences de l'éducation

Etablissement

Aix-Marseille Université

Mots clés

inégalités scolaires,familles populaires,apartheid scolaire,mères,stratégies éducatives,sociologie critique

Keywords

educational inequalities,working-class families,school apartheid,mothers,educational strategies,critical sociology

Jury

Jury de thèse
Qualité Nom Etablissement
Professeure des universités M. SEMBEL Nicolas Aix Marseille Université
Professeur des universités M. AKKARI Abdeljalil FAPSE- Université de Genève
Professeur des universités Mme HEDJERASSI Nassira Sorbonne Université
Professeure des universités M. MARCEL Jean-François Université de Toulouse
Maîtresse de conférences Mme KARIMI Hanane Université de Strasbourg
Maîtresse de conférences Mme KAKPO Séverine Université Paris 8 Vincennes

Résumé de la thèse

Cette thèse interroge les inégalités scolaires à partir d'un point de vue subalterne : celui des mères issues des quartiers populaires de Marseille. À rebours des discours dominants sur la « démission parentale », elle objective la réalité d'un engagement maternel intense, souvent invisible, parfois délégitimé, toujours coûteux. Loin d'être passives face à l'institution scolaire, ces mères agissent, contournent, résistent, mais leurs efforts se heurtent à ce que cette recherche nomme une forme d'apartheid scolaire, perçue depuis leur point de vue comme : un système de tri social, spatial et symbolique, structurellement inégalitaire et silencieusement racialisé. Mobilisant une méthodologie qualitative rigoureuse (entretiens approfondis, observation participante, ancrage territorial), l'échantillon comprend 252 mères, rencontrées principalement dans les quartiers nord de Marseille (Frais Vallon, La Viste, La Castellane, L'Estaque, etc.). Leurs récits, oscillent entre l'intime et le politique, révèlent les mécanismes systémiques de relégation scolaire : affectations par défaut, orientations précoces, stigmatisations, violence symbolique, défaillances institutionnelles. Ils montrent aussi les stratégies déployées pour y faire face : choix du privé, instruction en famille, déménagements tactiques, recours aux réseaux, soutien scolaire informel, vigilance maternelle permanente. Cette enquête s'inscrit dans une épistémologie située : la chercheuse, engagée et concernée, assume une posture réflexive qui se nourrit de l'ensemble du travail.
Inspirée par, la sociologie critique de Bourdieu, et les travaux contemporains sur la racialisation en contexte scolaire et les Subaltern Studies, la thèse montre que les mères interrogées ne sont pas de simples « usagères » de l'école, mais des productrices de savoir, dont la parole constitue une contre-expertise politique précieuse. Au fil des chapitres, la thèse explore les désillusions éducatives (du rêve méritocratique à la défiance), les limites des stratégies parentales (coûts, épuisement, isolement), les violences scolaires invisibles (diagnostics différés, racisme ordinaire, soupçon institutionnel), jusqu'à l'impact de la scolarité sur la sphère familiale (tensions conjugales, précarité accrue, transmission d'un rapport ambivalent à l'école). En conclusion, l'école, loin d'émanciper, fracture les familles, tout en ignorant, voire méprisant, la résilience des mères.
En donnant à entendre les voix de ces femmes globalement disqualifiées, cette recherche renverse la focale habituelle : elle analyse l'école non comme un levier d'égalité, mais comme un dispositif de relégation systémique. Elle appelle à une reconnaissance institutionnelle et scientifique des savoirs issus des marges, et à une remise en cause profonde du fonctionnement scolaire tel qu'il persiste aujourd'hui en France, dans certains quartiers.


Thesis resume

This thesis examines educational inequalities from a subaltern perspective, that of mothers from working-class neighborhoods in Marseille. Contrary to dominant discourses around « parental disengagement », it objectively reveals the reality of intense maternal involvement, often invisible, sometimes delegitimized, and always costly. Far from being passive in the face of the school institution, these mothers act, circumvent, resist, yet their efforts run up against what this research terms a form of school apartheid, experienced from their point of view as a system of social, spatial, and symbolic sorting, structurally unequal and silently racialized. Grounded in a rigorous qualitative methodology (in-depth interviews, participant observation, territorial anchoring), the sample includes 252 mothers, most of whom live in Marseille's northern districts (Frais Vallon, La Viste, La Castellane, L'Estaque, etc.). Their narratives, situated between the intimate and the political, reveal systemic mechanisms of educational relegation: default school assignments, early tracking, stigmatization, symbolic violence, and institutional failures. They also expose the strategies mobilized to resist: private schooling, homeschooling, tactical relocation, reliance on networks, informal tutoring, and constant maternal vigilance.
This research is rooted in a situated epistemology: the researcher, both engaged and concerned, adopts a reflexive stance that informs the entire investigation.
Inspired by Bourdieu's critical sociology and contemporary work on racialization in education and Subaltern Studies, the thesis argues that these mothers are not mere « users » of the school system, but knowledge producers whose voices constitute a valuable form of political counter-expertise. Throughout its chapters, the thesis explores educational disillusionment (from meritocratic dreams to institutional distrust), the limits of parental strategies (costs, exhaustion, isolation), invisible school violence (delayed diagnoses, everyday racism, institutional suspicion), and the impact of schooling on family life (marital tensions, increased precarity, transmission of an ambivalent relationship to school). In conclusion, rather than emancipating, school fractures families, while ignoring, or even dismissing, the resilience of mothers.
By amplifying the voices of women generally disqualified in public discourse, this research shifts the analytical lens: it examines school not as a driver of equality, but as a mechanism of systemic relegation. It calls for institutional and academic recognition of knowledge produced at the margins and for a profound rethinking of the way the school system functions in France today, particularly in certain neighborhoods.