Soutenance de thèse de FIEVE Justine


Titre de thèse

Écarts de performance entre filles et garçons en mathématiques et en littératie au CE2 : Contributions de facteurs psychosociaux et cognitifs

Gender gaps in mathematics and literacy performance in third grade: Contributions of psychosocial and cognitive factors

Date

17 December 2025 à 13h30

Adresse

Centre de Recherche en Psychologie et Neurosciences (CRPN) 3 place Victor Hugo 13003 Marseille, Salle des voûtes

Ecole doctorale

Cognition, Langage, Education

Specialité

Sciences cognitives

Etablissement

Aix-Marseille Université

Mots clés

différences de genre,estime de soi scolaire,buts d'accomplissement de soi,perception de l'implication académique parentale,fonctions exécutives,performance scolaire,

Keywords

gender gap,academic self-esteem,achievement goals,perception of parental academic involvement,executive functions,academic performance,

Jury

Jury de thèse
Qualité Nom Etablissement
Professeure Mme COLE Pascale Aix Marseille Université, Centre de Recherche en Psychologie et Neurosciences (CRPN, UMR 7077, AMU, CNRS)
Professeure Mme MARTINOT Delphine Université Clermont Auvergne, Laboratoire de Psychologie Sociale et Cognitive (LAPSCO, UMR 6024, CNRS)
Professeure Mme REGNER Isabelle Aix Marseille Université, Centre de Recherche en Psychologie et Neurosciences (CRPN, UMR 7077, AMU, CNRS)
Professeur M. TRICOT André Université Paul Valéry Montpellier, Laboratoire de psychologie Epsylon (EA 4556)
Professeur des universités M. PANSU Pascal Université Grenoble Alpes, Laboratoire de Recherche sur les Apprentissages en Contexte (LaRAC)

Résumé de la thèse

Les écarts de performance entre filles et garçons en mathématiques et en littératie apparaissent dès l'école primaire et contribuent à la reproduction d'inégalités scolaires et sociales. S'ils sont bien documentés à l'adolescence, leurs mécanismes explicatifs restent encore mal compris chez les plus jeunes. Cette thèse a visé à mieux comprendre ces écarts en classe de CE2, en examinant conjointement le rôle de facteurs psychosociaux — liés à l'estime de soi scolaire, aux buts d'accomplissement et à la perception de l'implication parentale — et de facteurs cognitifs, tels que les fonctions exécutives.
Une étude réalisée auprès de 185 élèves de CE2 (98 filles, 87 garçons) durant plus 6 mois, a permis de recueillir, à différents points de mesure, des données sur leurs performances à des tests standardisés de mathématiques et de littératie, leurs réponses à un questionnaire ciblant les facteurs psychosociaux, et leurs performances à une batterie de tests adaptée à leur âge pour évaluer quatre fonctions exécutives (inhibition, flexibilité, mémoire de travail, et planification). Une première série d'analyses a confirmé l'existence d'un écart de performance en mathématiques en faveur des garçons et en littératie en faveur des filles au sein de notre échantillon. Ces différences s'expliquaient par le rôle médiateur de l'estime de soi scolaire en mathématiques et du but de maîtrise-évitement en littératie. Des analyses de modération ont précisé ces relations : en mathématiques, les buts d'approche ont renforcé l'estime de soi des filles uniquement lorsque les buts d'évitement étaient faibles, tandis qu'ils ont protégé celle des garçons lorsque l'évitement était élevé. En littératie, la perception de l'implication parentale a modulé la relation entre genre et but de maîtrise-évitement : un encadrement parental élevé l'a réduite chez les garçons mais l'a accrue chez les filles, suggérant des interprétations différenciées du soutien parental.
Une seconde série d'analyses, fondées sur une approche centrée sur les personnes et spécifiquement focalisées sur les buts d'accomplissement de soi, a permis d'identifier quatre profils motivationnels communs aux deux disciplines : Mastery-Oriented, Approach-Oriented, Moderate Multiple-Goals et High Multiple-Goals. Le profil Approach, combinant volonté de progresser et désir d'exceller, a été associé à de meilleures performances, tandis que les profils multiples se sont révélés moins favorables. Les filles ont été plus nombreuses dans les profils multiples intégrant la peur de « mal apprendre », et les garçons davantage dans le profil d'approche, confirmant la construction précoce d'écarts motivationnels selon le genre.
Enfin, une série d'analyses plus exploratoires, conduites sur le sous-échantillon d'élèves ayant passé la batterie de tests sur les fonctions exécutives (32 filles, 29 garçons), a permis de montrer que ces variables cognitives prédisaient une part de variance dans les performances au-delà de celle prédite par les variables psychosociales. Un autre résultat important est le rôle médiateur du contrôle inhibiteur dans les écarts de performances filles-garçons à la fois en mathématiques et en littératie : les filles présentaient une inhibition moins efficiente, associée à des performances plus faibles.
Pris ensemble, ces travaux ont montré que les écarts de performance entre filles et garçons au CE2 ne s'expliquent pas par une catégorie unique de facteurs, mais par une complémentarité de déterminants psychosociaux et cognitifs, et soulignent la nécessité d'examiner leurs effets conjoints dès les premières années de scolarité afin de mieux comprendre la genèse des inégalités entre filles et garçons.


Thesis resume

Gender gaps in mathematics and literacy performance emerge as early as primary school and contribute to the reproduction of educational and social inequalities. Although well-documented in adolescence, their underlying mechanisms remain poorly understood in younger children. The present dissertation aimed to shed light on these early gaps among Grade 3 students by jointly examining the role of psychosocial factors—related to academic self-esteem, achievement goals, and perceived parental involvement—and cognitive factors, such as executive functions.
A study conducted with 185 third-graders (98 girls, 87 boys) over more than six months collected data at multiple time points on their standardized test performance in mathematics and literacy, responses to a psychosocial questionnaire, and results from an age-appropriate battery assessing four executive functions (inhibition, cognitive flexibility, working memory, and planning).
A first series of analyses confirmed the presence of a gender gap favoring boys in mathematics and girls in literacy within our sample. These differences were accounted for by the mediating role of academic self-esteem in mathematics and mastery-avoidance goals in literacy. Moderation analyses further refined these associations: in mathematics, approach goals enhanced girls' self-esteem only when avoidance goals were low, whereas for boys they buffered self-esteem when avoidance was high. In literacy, perceived parental involvement moderated the relationship between gender and mastery-avoidance goals: high parental involvement reduced mastery-avoidance among boys but increased it among girls, suggesting gender-differentiated interpretations of parental support.
A second set of analyses, adopting a person-centered approach and focusing on achievement goals, identified four motivational profiles common to both domains: Mastery-Oriented, Approach-Oriented, Moderate Multiple-Goals, and High Multiple-Goals. The Approach-Oriented profile—combining a desire to improve and to excel—was associated with higher academic performance, whereas the Multiple-goals profiles were less adaptive. Girls were more frequently represented in Multiple-goals profiles involving fear of “learning poorly,” whereas boys were more numerous in the Approach-Oriented profile, highlighting the early development of gendered motivational patterns.
Finally, a series of exploratory analyses conducted on the subsample of students who completed the executive function battery (32 girls, 29 boys) showed that these cognitive variables accounted for additional variance in performance beyond that explained by psychosocial variables. Another key finding was the mediating role of inhibitory control in gender differences in both mathematics and literacy performance: girls showed less efficient inhibition, which was associated with lower academic outcomes.
Taken together, these findings indicate that the performance gaps between girls and boys in Grade 3 cannot be explained by a single category of factors but rather by the interplay of psychosocial and cognitive determinants. They underscore the importance of examining their combined effects from the earliest years of schooling to better understand the developmental origins of gender inequalities in education.