Soutenance de thèse de HENRIQUEZ-SALMAN Ricardo
Titre de thèse
Trois essais sur l'évaluation empirique des actifs et la matérialité ESG
Three essays in empirical asset pricing and esg materiality
Résumé de la thèse
La finance durable s'est imposée comme un champ de recherche à la croisée des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) et de la performance financière (Starks 2023 ; Edmans et Kacperczyk 2022). D'uner part, l'essor de la finance durable, lié à l'intensification des risques climatiques, caractérisés par une hausse des températures, une fréquence accrue des catastrophes naturelles et des désordres écologiques croissants, a révélé l'exposition des systèmes économiques et financiers à
ces aléas, tant physiques que de transition (Allman 2022). D'autre part, les préférences des investisseurs ont évolué (Zerbib 2022). Particuliers et investisseurs institutionnels expriment une volonté croissante d'orienter leur capital vers des activités alignées avec les objectifs climatiques et sociaux, tout en respectant les exigences de rendement et de gestion du risque. Ce changement de paradigme a été renforcé par l'intervention des régulateurs, qui imposent progressivement l'intégration des critères ESG dans les processus d'allocation du capital et de gestion des risques. De nombreux cadres réglementaires et organismes internationaux ont introduit des obligations de reporting et de transparence extra-financière (telles que la taxonomie verte européenne, le SFDR, l'ISSB,
l'EFRAG ou la TCFD) afin d'harmoniser la communication sur les impacts environnementaux et sociaux des entreprises et des portefeuilles d'investissement (Petersenet al. 2022). Parallèlement, la croissance rapide des actifs sous gestion intégrant l'ESG, la multiplication des indices responsables et des actifs "verts" témoignent d'un an-
crage durable de ces préoccupations dans les pratiques de marché. Ainsi, la finance durable ne relève plus d'un simple positionnement éthique ou marketing, mais s'impose comme une réponse structurelle aux risques systémiques contemporains, ainsi qu'à une transformation profonde des attentes des parties prenantes. Cependant, malgré cet enthousiasme, la littérature académique et la pratique financière peinent à établir un consensus sur la matérialité financière de l'ESG, c'est-à-dire sur la capacité des critères ESG à influencer durablement la valorisation des actifs
et la performance des portefeuilles. Plusieurs facteurs expliquent cette incertitude persistante. D'une part, la diversité des méthodologies de notation ESG, la faible corrélation entre les scores des différents fournisseurs, et la variabilité des résultats selon les régions, les secteurs ou les périodes, rendent difficile l'identification de relations robustes entre ESG et performance financière (Berg et al. 2019; Friede et al. 2015;
Billio et al. 2021). D'autre part, la question de l'endogénéité, des biais de mesure et des choix méthodologiques (pondération, fréquence de rebalancement, ajustement sectoriel, etc.) complexifie l'interprétation des résultats empiriques et alimente le débat sur la réalité de la « prime ESG ». Dans ce contexte, cette thèse s'attache à lever plusieurs verrous méthodologiques empiriques qui freinent la compréhension des liens entre ESG, performance financière et gestion des risques climatiques. Elle s'articule autour de trois axes complémentaires, chacun abordant une facette spécifique de la matérialité de l'ESG dans la valorisation des actifs financiers.
Thesis resume
The rapid growth of sustainable investing has placed Environmental, Social & Governance (ESG) criteria at the center of financial decision-making (Starks 2023; Edmans and Kacperczyk 2022), shaping regulations (Eckhart 2020), and guiding investor behavior (Pástor et al. 2020; Pedersen et al. 2020; Zerbib 2019; Schmiedeknecht 2022). However, empirically determining the impact of ESG on asset prices involves numerous challenges. Many studies on ESG draw inconclusive results, indicating the difficulty in accurately measuring its true impact (Eskildsen et al. 2024). The general consensus on ESG remains elusive, as the influence of ESG varies depending on the context, region, period, and providers of ESG (Revelli and Viviani 2015; Friede et al. 2015; Atz et al. 2023; Khan 2022; Kräussl et al. 2023a). Moreover, the problem of disagreement among ESG ratings (a source of uncertainty) is equally significant, with low correlations in ESG scores from different providers, making ESG a noisy measure (Berg et al. 2023; Berg et al. 2021; Gibson Brandon et al. 2021; Avramov et al. 2021). A similar issue arises with climate indices, which show low correlations when estimating physical or regulatory risks, due to differences in methodologies and data sources. In this dissertation, I address these challenges by exploring the impact of ESG scores on asset prices and sustainability-related information in three self-contained chapters. These chapters contribute to the literature by assessing the role of ESG information in equity and corporate bond pricing, examining portfolio construction decisions, exploring long-horizon effects, and measuring uncertainties in climate beta estimation. The results show that ESG information has a significant and actionable effect on financial markets. Although the relationship is complex, careful and rigorous analysis enables sustainable investors to interpret ESG information more accurately and make informed decisions.