Soutenance de thèse de BERNARD Laure-Emeline


Titre de thèse

Bien-être social et usages des médias: études qualitatives des interactions interpersonnelles dans les jeux vidéo multijoueurs en ligne et sur les réseaux sociaux numériques.

Social well-being and media use: qualitative studies of interpersonal interactions in online multiplayer video games and on social networking sites.

Date

13 November 2025 à 9h00

Adresse

: Aix Marseille Université - EJCAM IRSIC, 21, rue Virgile Marron - 13005 Marseille - France, Salle du conseil

Ecole doctorale

Cognition, Langage, Education

Specialité

Sciences de l'information et de la communication

Etablissement

Aix-Marseille Université

Mots clés

Santé mentale,Usages et gratifications,Bien-être,Jeux vidéo multijoueurs en ligne,Réseaux sociaux numériques,Communication interpersonnelle,

Keywords

Mental health,Uses and gratifications,Well-being,Multiplayer Online Video games,Social networking sites,Interpersonal communication,

Jury

Jury de thèse
Qualité Nom Etablissement
Professeure des universités M. COURBET Didier Aix Marseille Université
Professeure des universités Mme FRAU-MEIGS Divina Université Sorbonne Nouvelle Paris 3
Professeur des universités Mme JEHEL Sophie Université Paris 8
Professeur des universités M. BONFILS Philippe Université de Toulon
Professeure des universités M. VON PAPE Thilo Université de Fribourg

Résumé de la thèse

Utilisés par plus de 5 milliards de personnes dans le monde, dont 52 millions en France, les médias sociaux font désormais partie du quotidien et suscitent des préoccupations importantes en matière de santé mentale et de bien-être. Or, les recherches, nombreuses, mettent en évidence à la fois des liens délétères et bénéfiques avec la santé mentale. S'intéresser au bien-être, considéré du point de vue de la santé mentale comme la capacité à réaliser les fonctions essentielles de l'existence humaine, permet de comprendre les usages, souvent diversifiés et complexes, des médias sociaux.
Cependant, dans les recherches, les liens entre usages des médias sociaux et bien-être sont envisagés sous un angle essentiellement intrapersonnel à travers les composantes hédonique et psychologique du bien-être. Conceptualiser une composante sociale du bien-être permet d'apporter une lecture plus contextualisée des usages des médias sociaux.
En portant notre étude sur les interactions interpersonnelles, au cœur des usages des médias sociaux, notre approche associe les dynamiques relationnelles du cadre conceptuel interactionniste, la composante microsociale et la théorie des usages et gratifications. Si les « usagers » cherchent à satisfaire des besoins individuels, nous les considérons avant tout comme des acteurs sociaux cherchant à satisfaire des besoins sociaux, notamment relationnels, dans les usages des médias.
Dès lors, notre problématique porte sur le bien-être social comme conséquence des interactions interpersonnelles et collectives sur les médias sociaux.
Épistémologiquement, nous nous inscrivons dans la recherche de significations des phénomènes sociaux par les acteurs en adoptant une démarche compréhensive. À partir du modèle de Keyes (1998), nous avons élaboré un cadre interprétatif du bien-être social adapté aux usages interactionnels des médias sociaux, intégrant les dimensions sociales et communicationnelles.
Pour conceptualiser le bien-être social dans ces interactions et puisque ces pratiques sont massives, nous avons choisi d'interroger deux contextes communicationnels différents : les jeux vidéo multijoueurs en ligne (JVML) et les réseaux sociaux numériques (RSN). Ainsi, nous avons mené deux études qualitatives par entretiens en profondeur (1) auprès de 27 jeunes adultes usagers des RSN et (2) auprès de 17 jeunes adultes joueurs de JVML.
Les résultats montrent que, dans les JVML comme sur les RSN, les interactions constituent une source majeure de bien-être en favorisant des relations sociales positives, le soutien social et la valorisation de l'identité sociale. Le bien-être social, bien que mobilisé différemment suivant les contextes, apparaît ainsi incontestable. Par ailleurs, les interactions dans les JVML et les RSN favorisent, à travers les liens sociaux ainsi renforcés, les composantes hédonique et psychologique du bien-être. À l'inverse, dans les situations conflictuelles, les dynamiques relationnelles peuvent affecter ces deux composantes. Le bien-être social entretient donc des liens étroits avec les deux autres composantes du bien-être.
Enfin, dans les JVML comme sur les RSN, les modalités de la communication en ligne, notamment à travers la divulgation de soi, l'authenticité, le partage émotionnel et les normes sociales d'expression, jouent un rôle clé dans le bien-être social, qu'elles peuvent favoriser ou renforcer selon les contextes. En conséquence, nous présentons un modèle intégré et adaptable à différents contextes du bien-être social. Ce modèle met aussi en lumière les tensions entre les dimensions individuelles, hédonique et psychologique, et sociale du bien-être. Sa lecture originale et nuancée est concordante avec les résultats souvent contradictoires de la littérature des liens entre bien-être et usages des médias sociaux. Nous discutons enfin des limites et des perspectives nouvelles de recherche ouvertes pour le champ des Sciences de l'information et de la communication.


Thesis resume

Used by more than 5 billion people worldwide, including 52 million in France, social media have now become part of everyday life and raise significant concerns regarding mental health and well-being. Numerous studies highlight both detrimental and beneficial links with mental health. Focusing on well-being—understood from a mental health perspective as the capacity to accomplish the essential functions of human existence—makes it possible to better grasp the often diversified and complex uses of social media.
However, in existing research, the links between social media use and well-being are mainly approached from an intrapersonal perspective, through the hedonic and psychological components of well-being. Conceptualizing a social component of well-being offers a more contextualized understanding of social media uses.
By focusing our study on interpersonal interactions, which lie at the heart of social media practices, our approach combines the relational dynamics of the interactionist conceptual framework, the microsocial component, and the uses and gratifications theory. While “users” are often seen as seeking to fulfill individual needs, we consider them above all as social actors striving to satisfy social—particularly relational—needs through their media practices.
Accordingly, our research question addresses social well-being as a consequence of interpersonal and collective interactions on social media.
Epistemologically, we situate our work within an interpretive approach, seeking to uncover the meanings of social phenomena as constructed by actors themselves. Building on Keyes' (1998) model, we developed an interpretative framework of social well-being adapted to the interactional uses of social media, integrating both social and communicational dimensions.
To conceptualize social well-being within these interactions—and given the massive scale of these practices—we chose to investigate two different communicational contexts: online multiplayer video games (OMVGs) and social networking sites (SNSs). We therefore conducted two qualitative studies based on in-depth interviews: (1) with 27 young adult SNS users, and (2) with 17 young adult OMVG players.
The results show that in both OMVGs and SNSs, interactions are a major source of well-being, fostering positive social relationships, social support, and the affirmation of social identity. Social well-being, although mobilized differently across contexts, thus appears undeniable. Moreover, interactions within OMVGs and SNSs also contribute—through the reinforcement of social ties—to the hedonic and psychological components of well-being. Conversely, in conflictual situations, relational dynamics can negatively affect these two components. Social well-being therefore maintains close connections with the other two components of well-being.
Finally, in both OMVGs and SNSs, the modalities of online communication—particularly self-disclosure, authenticity, emotional sharing, and social norms of expression—play a key role in social well-being, which they may foster or reinforce depending on the context. Consequently, we propose an integrated model of social well-being adaptable to different contexts. This model also highlights the tensions between the individual (hedonic and psychological) and social dimensions of well-being. Its original and nuanced perspective is consistent with the often contradictory results in the literature on the links between well-being and social media use. We conclude by discussing the limitations of our study as well as new research avenues for the field of Information and Communication Sciences.