Ecole Doctorale

ESPACES, CULTURES, SOCIETES - Aix Marseille

Spécialité

Histoire

Etablissement

Aix-Marseille Université

Mots Clés

guerre de guérilla,médecine militaire,guerre d'indépendance espagnole (1808-1814),

Keywords

guerilla warfare,military medecine,peninsula war,

Titre de thèse

Soigner en temps de guérilla :la prise en charge médicale des soldats français blessés dans la péninsule ibérique (1808-1814).
Healing during guerilla warfare : the medicalization of french soldiers during the Peninsula War (1808-1814)

Date

Mardi 4 Juin 2024 à 14:00

Adresse

31 avenue jean delmas salle 101 de l’espace Phillipe Seguin

Jury

Directeur de these M. Walter BRUYERE-OSTELLS Science Po Aix
Rapporteur Mme Claire FREDJ Université de Paris Ouest-Nanterre La Défense
Rapporteur M. Pedro RúJULA LóPEZ Universidad de Zaragoza (UNIZAR)
Président M. Jacques-Olivier BOUDON Sorbonne Université
Examinateur M. Benoît POUGET Science Po Aix

Résumé de la thèse

Cette thèse se propose d’étudier la singularité et l’évolution de la prise en charge médicale des soldats français au cours de la guerre dans la péninsule ibérique (1808-1814) et dans les années qui suivent. L’occupation napoléonienne de l’Espagne est en effet un objet d’étude particulier, au croisement des historiographies britanniques, portugaises, françaises et espagnoles, véritable matrice des transformations des pratiques d’insurrections et de contre-insurrection, de maintien de l’ordre mais aussi de médecine en temps d’occupation. Il s’agit d’étudier comment les choix militaires, les décisions politiques, les efforts administratifs et les savoirs médicaux évoluent en réponses aux difficultés successives rencontrées par l’armée française dans la péninsule : climat, soulèvement populaire, milices pratiquant la petite guerre, isolement des troupes, présence britannique sur les côtes. Autant d’éléments qui, combinés, donnent naissance au sens moderne du concept de guérilla. A mesure que la conquête de la péninsule s’achève, l’empire s’efforce d’établir durablement son occupation face à la persistance des formes de résistance, des plus violentes aux plus diffuses. L’entrée par les soins permet de questionner la capacité d’un empire à forcer l’adhésion d’une grande variété d’individus issus de cultures différentes—classes populaires et élites locales espagnoles, soldats, administrateurs et officiers de santé de l’armée, personnels religieux ou soignant civils—à un projet commun : l’établissement et le fonctionnement d’un réseau de santé impérial, infrastructure essentielle de l’occupation militaire et administrative d’un territoire conquis. En tant qu’espace d’interactions entre occupants et occupés, l’hôpital constitue par ailleurs un cadre de configurations et de renversement des rapports de forces, les dominants y étant affaiblis et dépendant des ressources locales. Ce cadre fait alors office d’observatoire privilégié des formes de collaborations et de résistances qui s’enchevêtrent au sein des diverses relations entre les membres de ce réseau de santé. Ces résistances protéiformes, couplées aux efforts militaires des guérillas, des armées régulières et des difficultés logistiques d’un empire à projeter et administrer une puissance militaire loin de son centre de gravité, alimentent un processus de réflexion des pouvoirs publics et militaires français sur la santé des soldats et leur prise en charge médicale, en Espagne comme en France.

Thesis resume

The aim of this thesis is to study the singularity and evolution of medical care for French soldiers during the war in the Iberian Peninsula (1808-1814) and in the years that followed. Napoleon's occupation of Spain is a special subject for study, at the crossroads of British, Portuguese, French and Spanish historiographies, a veritable matrix of transformations in the practices of insurrection and counter-insurrection. The aim is to study how military choices, political decisions, administrative efforts and medical knowledge evolved in response to the successive difficulties encountered by the French army in the peninsula: climate, popular uprisings, militias practising small-scale warfare, isolation of the troops and the British presence on the coast. All these factors, combined, gave rise to the modern meaning of the concept of guerrilla warfare. The Napoleonic empire sought to establish a lasting occupation in the face of persistent forms of resistance, ranging from the most violent to the most diffuse. By looking at health care, we can examine the empire's ability to force a wide variety of individuals from different cultural backgrounds - the Spanish working classes and local elites, soldiers, army administrators and health officers, religious personnel and civilian nurses - to work together on a common project: the establishment and operation of an imperial health network, an essential infrastructure for the military and administrative occupation of a conquered territory. As a space for interaction between the occupiers and the occupied, the hospital also provided a setting for the configuration and reversal of power relations, with the dominant power weakened and dependent on local resources. This resistance, coupled with the military efforts of the guerrillas, the regular armies and the logistical difficulties of an empire projecting and administering a military power far from its centre of gravity, fuelled a process of reflection by the French public and military authorities on the health of soldiers and their medical care, both in Spain and in France.